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  • : 28/10/2006

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aperçus

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Avec sa grand mère Elise,elle cueillait et déposait avec précaution dans une corbeille les fruits d'un superbe pècher bien agrippé à la terre par ses grandes griffes de racines.
Il dispensait sans compter durant chaque été ses fruits qui tenaient du miracle.

C'est le père de Lise,étant enfant,qui avait planté un simple noyau.
Un jour de marché,un paysan lui avait fait don d'un beau fruit rouge orange vif,gros comme poing d'un homme,parce qu'il l'avait aidé à descendre et charrier ses paniers depuis sa charette.
Pour le planter,le père de Lise avait choisi le fond du jardin,à l'ombre d'une cabane de pisè abritant d'un coté les clapiers des lapins et de l'autre les petits coins.
Tout près,adossé à un des murs,le compost du grand père Raymond où litières souillées et déchets inutilisables du jardin s'ammoncelaient et pourrissaient en strates inégales.
C'est sous cet agglomérat que son grand père et son père par la suite venaient déterrer à la bèche d'énormes vers de terre bien grassouillets lors des parties de pèche au bord de la Chalaronne.
Est ce la proximité de ces sources d'engrais,mais l'arbre fruitier avait forçi et profité on ne peut mieux.
Depuis de nombrueuses années il récompensait petits et grands de sa généreuse récolte.

La grand mère Elise savait accommoder les fruits charnus et rubiconds de toutes sortes de façon,et l'hiver,en ouvrant un pot de confiture ou un bocal de fruits au sirop,le parfum de l'été enchantait la cuisine et les palais des gourmands.
Lise avait une tendresse particulière pour sa grand mère.
Petit bout de femme,toujours coiffée d'une maigre natte tortillée en chignon sur la nuque où il tenait par miracle par un peigne de corne de vache.
Lorsque sa grand mère peignait ses longs cheveux le matin,Lise s'étonnait qu'une telle longueur donne une aussi pauvre tresse.
Elle avait les cheveux si fins,si doux,si blancs.
Un petit  bout de femme,mais si dure,si tétue à l'ouvrage.
Levée tôt,couchée tard,jamais assise,sauf le soir à la veillée.
Le nez surmonté de petites lunettes,elle reprisait sans relache,ou bien installée devant sa machine à coudre,le seul luxe de la maison,elle pédalait des deux pieds,une main sur la roue qui entraine la courroie,l'autre sur le tissu,au ras l'aiguille.
Lise frémissait chaque fois que la main s'en approchait de trop près.
Petit bout de femme qui vous négociait un lapin avant que vous vous en rendiez compte.
Un coup derrière les oreilles et sa grand mère devenait sanguinaire en faisant sauter un oeil de la pauvre bète.

A cette époque,le grand père était sabotier et la grand mère tenait une épicerie dans la même pièce,celle où le père de Lise travaillait aujourd'hui.
Il y avait un bric à brac hétéroclite qui allait du pavé de  savon de Marseille aux pastilles de Vichy,en passant par les baleines de corset,les crayons mine et les bouteilles d'apéritif.
Lise adorait trainer devant les grands casiers qui étalaient à la vue de tous leurs trésors aux étiquettes colorées et étonnantes,et d'où d'échappaient des effluves diverses et entetantes qui planaient à longueur d'année dans la boutique.
Dés qu'un client rentrait pour l'épicerie,le grand père avertissait:
-Elise,y a du monde,et sa femme arrivait en trottinant,s'essuyant invariablement les mains dans son tablier.
Après le "bonjour" obligatoire et souriant,on entendait le "et qu'est ce que ce sera"traditionnel.
Même si l'épicière tardait un peu à venir,ayant les bras dans la lessive,ou tournant une sauce qui ne voulait en aucun cas qu'on l'abandonne,le sabotier était là pour faire patienter le ou la cliente en lui faisant un brin de causette.

Lise adorait sa grand mère et c'était réciproque,même si cette dernière n'était pas expensive.
Tout était dans le yeux,le sourire.
Comme Lise avait eu mal quand elle était tombée malade.
Une boule de pain s'était logée au fond de sa gorge et elle ne parvenait pas à la faire descendre.
Sa grand mère ne pouvait pas mourrir,c'était impossible.
Jamais au grand jamais,Lise n'aurait pu imaginer un avenir sans elle.
Bien sur que non,l'évidence même,une grand mère c'est toujours là.
C'est nécessaire,précieux,vital.
Oh,comme elle avait pleuré quand son père était venu lui parler.
Une brulure ardente dans la poitrine accompagnant l'explosion de douleur
Sa grand mère comprenait,tout,sans exception,il suffisait de lui parler,l'amour faisait le reste.
Comme son départ vers cette destination inconnue avait été pénible.
Son petit bout de grand mère s'en était allée,mais surement pas dans ce cimetière,sous cette butte de terre,comme tous avaient voulu l'en persuader.
Non,elle n'était pas là,impossible,certitude.
Elle était partout,sauf là.
Lise était certaine que chaque qu'elle discutait avec elle dans sa tète,elle entendait.
Elle était partout.
La nuit dans les étoiles,les jours de pluie dans les gouttes d'eau fraiche,dans le souffle du vent quand ce dernier se levait,dans les plumes blanches de la neige,dans l'air chaud des jours d'été,dans le chant des oiseaux au printemps,dans la danse des feuilles en automne.
Le soir,près de son lit et le matin aussi juste avant son réveil.
Lise en était convaincue,sa grand mère la suivait partout,comme ombre bienveillante.

Même tout à l'heure,au bord de l'étang,mon dieu,comme elle avait du souffrir elle aussi.
Quand sa petite fille avait pu s'échapper,quel air buté,outragé,dédaigneux avait elle pris en fixant l'autre débile,pensait Lise.
Oh oui,elle était bien partout,même si parfois Lise avait les larmes aux yeux et la gorge nouée de la savoir si proche et si inaccessible pourtant.
De ne pouvoir la sentir,la toucher,lui parler vraiment et non comme à un fantome,entendre sa voix,le son de sa voix,la vraie,pas celle dans son cerveau,humer son odeur de lavande.
Comme elle lui manquait,comme elle la désirait,surtout à cet instant.

Etouffant son chagrin,la jeune fille enfouit son visage et sa peine dans son oreiller de plumes,laissant glisser la pèche de ses doigts,qui en touchant le parquet renvoya un léger son mat.
Elle aurait voulu mourrir à cet instant précis,mourrir pour enfin la rejoindre,la tenir dans ses bras et lui avouer tout l'amour qu'elle n'avait pas pensé lui dire quand elle était encore présente et éternelle.
Elle pleura longtemps à gros sanglots,puis peu à peu,la source de ses yeux se tarit et elle se calma sous les attaques sournoises du sommeil.
La peur l'avait épuisée
Son corps brisé d'émotion réclamait le repos.
Bientot,la jeune fille s'endormit,laissant échapper encore de temps en temps un gros soupir.

De petits coups tapotés contre la porte parvinrent à lui faire reprendre conscience.
-Qu'est ce ,demanda t elle en s'asseyant sur le bord de son lit,passant ses doigts dans s achevelure.
-C'est moi ma douce,Margot
D'un bond,elle fut à la porte qu'elle ouvrit en grand.
-Oh Margot,je me suis endormie,je suis désolée.
-C'est rien,je t'ai laissée tranquille,reprit la brave femme,mais tu devrais descendre.On va faire la soupe,continua t elle en riant deavnt l'air ébahi de Lise.
-Tu as fait un gros dodo,ma belle,mais tu en avais bien besoin,ça a  chassé beaucoup de vilaines choses.Le sommeil ça décrasse le cerveau et après on va mieux,les idées sont plus claire.Allez viens,rattache tes cheveux et en avant ma fille.

Parvenue dans la grande salle,le premier travail de Lise fut de tirer un seau d'eau.
Non du puits de la cour,mais de celui  qui se trouvait dans la souillarde,dans l'épaisseur d'un coin de mur.
On ouvrait un épais volet de bois et d'un coup le souffle du vide,noir et froid prenait son élan pour envahir la pièce.
Quand Margot lui avait fait découvrir ce recoin,Lise avait senti l'haleine mystérieuse.
La respiration de la terre était perceptible et son fluide frais et limpide tout au long de l'année en était le don généreux.
En été,il suffisait de laisser la paupière de bois grande ouverte pour vous rafraichir la salle,si bien que malgré la chaleur dégagée par la cuisinière à bois,l'atmosphère de la cuisine demeurait respirable.
Dans ce puits qui communiquait avec le mystère de la terre,on descendait dans un seau,les bouteilles et denrées que l'on désirait garder très frais.
Une manne ce puits à la Dame Noire,pas besoin de courrir dans le froid en hiver pour tirer de l'eau,et l'été,un garde manger irremplaçable.
Rares étaient les fermes qui possédaient une telle merveille.

Bientot,la suite de LISE Chapitre 3...........


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Vendredi 14 décembre 2007
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En ce début d'aprés midi de fin aout,le soleil semait à pleines poignées ses rayons brulants.
A la Dame Noire,tout semblait dormir.
C'était l'heure de la sieste suite au repas de midi qui avait drainé vers la grande salle tous les habitants de la ferme à la recherche de la fraicheur des épais murs de pisè.
Depuis,chacun se reposait les muscles que la chaleur avait gorgés de douleur.
Lise avait choisi les bords de l'étang tout proche de la ferme.
Elle s'était assise sous le saule pleureur.
Un de ses pieds nus baignait dans l'eau trouble de la berge.
Appuyée contre le tronc noueux et sous les branches odorantes de la chevelure végétale,la jeune femme révassait,un peu assomée par l'air étouffant de l'après midi qui pesait telle une chape sur la campagne dorée comme poire mure.
Elle repensait à sa visite chez ses parents pour le 15 aout.

Tous les pensionnaires de la Dame Noire,sauf le Mathieu qui avait disparu lors du départ,étaient montés dans la charette tirée par deux pommelés dont le beau Louis tenait les rènes.
Le maitre et le vieux Dominique étaient partis depuis la veille pour Chalamont où des courses de chevaux devaient se dérouler sur l'hippodrome du grand étang pour l'inauguration du téléphone.
De nombreuses personnalités seraient présentes.
Le sous secrétaire d'état des Postes et des Télégraphes,le Préfet,les sénateurs et députés du département et bien d'autres encore de moindre importance.
Mr d'Angers connaissait beaucoup de ces figures de la vie locale
Dominique et lui étaient excités depuis un mois par cet évènement et toute la famille de la Dame Noire se rendait aux courses en ce 15 aout,toute,sauf Lise que l'on déposerait chez ses parents à Villars les Dombes.
Sa première visite depuis son arrivée à la ferme en avril.
La cariole l'avait arrétée sur la grand place qui séparait l'église de l'école.Elle n'avait eu qu'à traverser pour franchir la porte de sa demeure.
L'atelier de son père donnait sur la grand rue et sur cette place où se tenait le marché.

La chèvre,sorte d'établi du sabotier,lui servant à donner forme et parfaire ses sabots,tronait en son milieu,les pieds dans un ammoncellement de copeaux,frisettes de bois fines et parfumées qui jonchaient le sol tel tapis épais et moelleux.
Il y avait des sabots partout!
Ceux,qui étaient terminés,pendaient au mur,suspendus,bien rangés sur des barres de bois comme cavaliers sur leurs montures.
Les sabots ébauchés,reliés par un fil de chanvre montaient à l'assaut d'un coin de mur.
Chaque paire portait une étiquette de carton où s'inscrivait en belles lettres arrondies,le nom du futur propriétaire.
Sur une longue table,en fait deux planches affaissées sur deux tréteaux,s'étalait toute la collection des outils du père Raymond,le père de Lise.
Sous la table,des caisses emplies à vomir de brides de cuir de toutes tailles que les douillets ou élégants faisaient clouer sur le rebord de leurs sabots pour protéger le coup de pied.
Il régnait un parfum boisé et animal,odeurs de cuir et de sapin mélées,dans cette piece qu'éclairaient deux vitrines ouvrant leurs grands yeux sur la rue.
La porte,à son entrée avait laissé échapper le cri aigrelet de sa cloche fixée au-dessus de la partie vitrée qu'une paupière de bois venait fermer la nuit.

Son père apparut contre le chambranle qui donnait sur la cuisine.
Un homme sec et d'aspect sévère,aux yeux de billes de verre,sombres,vifs,les cheveux déjà mélés de paille blanche,la dévisageait d'un air bienveillant en lissant sa fine moustache poivre et sel.
Sa mère,Alice,surgit presque aussitôt à ses cotés,essuyant ses mains fines dans un torchon de drap.
_Voila ma grande"s'exclama t elle,"mon dieu,que tu as bonne mine" et attrapant la jeune femme par la main,elle la fit s'assoir sur une chaise cannée .
_Alors ma Lise"reprit son père en s'asseyant en face d'elle"y parait que tu te plais à la Dame Noire.Mr d'Angers est passé plusieurs fois nous voir les jours de marché pour nous donner des nouvelles.
Tu lui fais très bonne impression.Une brave petite qu'il a dit,toujours le sourire,toujours prète à rendre service.Ca fait plaisir à ta mère et moi.
A cet instant,Marion,sa jeune soeur,déboula comme un jeune chien,revenant du jardin.
_Oh,Lise,regarde!
Dans un bocal de verre,elle avait attrapé un papillon dont on pouvait admirer à loisir les ocelles de ses ailes d'arc en ciel.
_Je l'attrappe"continua l'enfant"et quand je l'ai bien regardé dans tous les sens,je le relache et j'en capture un autre.Pour bien faire,Lise,y faudrait les dessiner pendant que je les retiens prisonniers,comme ça,je pourrais toujours les contempler.
L'enfant passait le bocal devant ses yeux de turquoise,en le faisant osciller doucement pour voir l'insecte sous toutes ces positions.
_Hein,Lise"reprit elle",un jour j'aurai des milliers d'insectes,rien que dans mes cahiers.
Elle éclata de rire et Lise riant elle aussi,déposa un baiser sur les joues roses de sa soeur.
_Ah Marion,que je suis contente de te voir.Vous me manquiez.Je m'ennuyais de ne pas savoir comment vous alliez.Oh maman,ça sent si bon,qu'est ce que tu as fait,une tarte à la crème?
Sa mère se penchait devant sa grosse cuisinière de fonte brodées d'éclats d'émail qui dessinaient des guirlandes de roses.
Elle sortit du four une grosse tarte à la crème et au sucre.Un véritable luxe chez les Raymond.
L'arome de cette patisserie vous giclait à la figure en bouffées sucrées et aigrelettes.

Tout à coup,la rèverie de Lise fut interrompue par un bruit insolite provenant de la forèt de joncs qui bordait l'étang.
La jeune fille se releva lentement sur un coude et dressa l'oreille.
Quelque chose tentait de traverser la muraille végétale en cherchant à faire le moins de bruit possible.
Cela s'arrètait souvent quelques secondes,puis reprenait son imperceptible cheminement dans sa direction.
Lise sentait son coeur battre un peu plus vite.
"Benette" se dit elle,ce doit être le chien du beau Louis qui chasse pour son compte,ou bien un rat musqué qui batifole à la recherche de quelques graines,ou encore une poule d'eau qui récure les berges.
Cependant,elle essayait de deviner l'auteur de ce bruit singulier
Qu'est ce que cela pouvait être?
A ce moment,elle eut l'impression que les frolements dans les joncs avaient pris fin.
Elle ne percevait plus rien.
Silence.

Elle allait se caler de nouveau contre le tronc du saule lorsque le Mathieu se planta droit devant elle.
Elle ouvrit la bouche de stupeur,mais aucun son n'en put sortir.
Le Mathieu lui lançait un regard plein d'envie cruelle,sa bouche aux lèvres minces s'entrouvrait sur ses dents jaunes,un peu de salice lui coulait au menton.
Il se jeta sur Lise comme une buse sur sa proie,lui écrasant la bouche d'une main sale et caleuse.
Lise ferma les yeux de terreur et de dégout.
Le garçon lui soufflait son haleine de fosse d'aisance en plein visage.Une envie de vomir lui monta d'un coup à la gorge.
La jeune fille gémit sous la poigne du Mathieu,il passait son autre main sous sa jupe,remontant sur ses cuisses,vers son ventre.
Elle se débattait,mais le simplet était fort comme un boeuf et pesait de tout son poids sur ses jambes.
Elle ouvrit les yeux,mais les referma aussitot en prenant en pleines pupilles le facies ravagé par la convoitise du garçon.
Elle serra les paupières à s'en faire mal.
Le Mathieu enleva sa paume crevassée par les travaux des champs des cuisses de Lise et ouvrit son pantalon,tout en poussant de petits cris d'excitation.
Dans sa tète la jeune femme s'efforçait au calme.
Il fallait réfléchir,que faire,mon dieu,que faire.
Des deux mains,elle griffait les bras du Mathieu sans parvenir à atteindre sa face rouge de haine et de plaisir
Trouvant à taton un de ses sabots contre sa jambe,elle lui tambourina maladroitement le dos.
La main toujours plaquée sur ses lèvres ne pouvait lui permettre d'appeler de l'aide.
Soudain,elle sentit un corps froid sur sa cuisse.
En jetant un regard,elle crut mourrir de terreur à cet instant,tant la douleur dans sa poitrine fut aigüe,palpable.
Le Mathieu en souriant d'un air débile,posait sur sa chair un couteau dont la lame d'acier lui brulait la peau.
_Mon dieu,il est fou,fou"hurlait elle muette de désespoir.
Sa gorge était enflammée par une nausée qui venait par accoup comme marée mantante et descendante.
Seule,elle était seule.
Personne,du chemin tout près,ne pouvait se douter de ce que cachait la longue chevelure du saule dont les branches caressaient nonchalamment l'herbe.
Le Mathieu se redressa un peu pour mieux parvenir à posséder la fille.
Pour descendre davantage son pantalon,il dut se soulever et tirer à deux mains sur sa ceinture afin de faire glisser le vètement sur ses cuisses piquetées de crasse et de poils noirs.
Dans un réflexe,Lise lui enfonça son sabot dans les parties.
Le garçon,sous la lame de la douleur,se tétanisa,portant ses mains que son bas ventre,la bouche ouverte comme carpe sortie de l'étang,cherchant à aspirer la goulée d'air qui prolonge la vie.
Lise lui enfourna alors une grosse poignée d'herbe dans le gosier et relevant ses jupes,elle partit en courant vers la ferme,hurlant:
_Margot,Margot,Jean!

En traversant la cour,ses pieds nus butèrent sur une dalle disjointe.
Elle s'affala de tout son log sur les pierres gorgées de soleil,s'écorchant un coude,mais aussitot fut debout,les yeux aveuglés de larmes,elle trébucha enfin sur le seuil de la salle.
_Margot,Margot
La voix enrouée,le coeur cognant à sortir de sa poitrine,elle éclata de soulagement en un hoquet de sanglots qui l'éttouffait par sa violence.
Margot apparut,sortant de la souillarde,les yeux blancs de surprise.
Voyant Lise,ses bras s'ouvrirent comme deux ailes et entourèrent la jeune fille.
_Ma fille,ma douce,calme,calme,"fredonnait la voix berçante de la grosse femme.
Elle déposait de petits baisers dans les cheveux de cette femme enfant et reprennait sa mélopée.
_Allons,allons,tout va bien maintenant.Qu'est ce que c'est,qu'est ce qui se passe ma jolie.Quel gros chagrin,calme,calme,ma belle.
Mais Margot dut patienter plusieurs minutes avant que Lise puisse emettre le moindre son.

Au fur et à mesure de son récit,la physionnomie de la brave Margot se durcissait.
Les muscles de ses joues se serraient et se relachaient,et une veine de son cou se mit à battre juste sous la peau,près de l'oreille.
_Ah c'est donc ça!"s'écria t elle dés que Lise eut terminé.
_Tu vas dans ta chambre "reprit elle doucement,moi je vais voir le maitre.Enferme toi.Je te jure que ça va barder.Tu peus être certaine que dés demain,ce mauvais,ce fou,ce dégénéré,ce possédé du diable sera plus là.J'en veux plus chez moi,ça c'est sur.Crénom de nom,un vicieux pareil,ma caille.
Va te reposer et t'en fais pas,la Margot va remettre de l'ordre.
La dessus,oubliant de masquer ses cheveux de son éternel foulard rouge,elle disparut dans la lumière crue et avide de la cour.

Aussitot,Lise grimpa l'escalier et s'enferma dans sa chambre.
Elle saisit le broc de terre cuite,versa de l'eau dans une bassine de faience et s'aspergea le visage,le cou,les bras,releva ses jupes et se lava les jambes,les cuisses.
Puis s'essuya lentement et s'assit sur son lit.
Elle avait les jambes aussi solides que celles d'un nourrisson apprenant à marcher.
Elle se sentait épuisée comme si une énorme sangsue l'avait entièrement vidée de son sang,de sa force.
Elle se reelva une nouvelle foid pour boire un verre d'eau,se frotta les mains et les joues avec l'eau de lavande que sa mère lui avait donné et s'étendit sur son lit.
Mais chaque fois qu'elle fermait les yeux,le visage grimaçant de Mathieu lui sautait au visage.
Elle se releva encore et prit une pèche sur la petite table.
Margot lui donnait un ou deux fruits le soir.
Lise aspirait,en gonflant le plus possible ses poumons,le fruit duveteux et gorgé de soleil qui emplissait sa main.
Elle se noyait dans cette odeur de l'été.
C'est alors que surgit de sa mémoire,par lambeaux,par petites éclaircies,un souvenir de son enfance.

Bientot,la suite de Lise chapitre 3......

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Vendredi 16 novembre 2007
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frise-3.jpg

Le jardin était le domaine de Margot,son domaine réservé.
Son mari béchait et ratissait,mai son intrusion s'arrètait là.
Margot se chargeait du reste,des semis,du repiquage,de l'arrosage et naturellement de la récolte.
Grace à ses efforts et ses soins,depuis fin mars où cette année le printemps précoce avait réveillé la terre,elle passait tous ses moments de liberté dans cet écrin de verdure où les fleurs qu'elle affectinnait particulièrement éclataient en taches colorées et parfumées.

Par ses attentions quotidiennes,le jardin regorgeait d'une multitude de légumes divers qui faisaient le régal des habitants de la Dame Noire et de Mr d'Angers lorsque l'envie lui prenait de déjeuner avec Margot et Dominique.

Lise trouvait qu'une affection particulière liait le vieux couple à leur maitre.Elle était bien jeune,mais elle n'avait jamais rencontré ce genre de rapport entre maitre et fermier.
La vie dans les campagnes était dure,très dure.
Combien de fois,lorsqu'elle aidait sa mère dans son travail de couturière,n' avait elle entendu,pour ne pas dire surpris,les valets ou servantes,tous ces petites gens des fermes,se plaindre à son père d'un maitre trop sévère,trop rude ou trop pressant auprès des filles.
Ils se confiaient en le regardant travailler à la réparation de leurs paires de  sabots.

C'est pourquoi elle avait eu cette appréhension en apprenant que son père l'avait mis servante.
Faut dire qu'il avait guère le choix,le brave homme.
Sa femme ,Alice,la mère de Lise était couturière.Cela permettait de payer le loyer de leur modeste logement.
Le père,avec ses sabots et ses petits travaux de bricolage en menuiserie faisait bouillir la marmitte.Mais il fallait qu'il aide le grand père Raymond et son oncle le Claudius,qui étaient plus très jeunes et comptaient sur lui pour ne pas manquer du nécessaire.
Bref,les gages de Lise permettraient peut-être de mettre un peu d'argent de coté,au cas où!
Peut-être que sa soeur Marion,pourrait aller à l'école plus longtemps qu'elle.

Lise se rappelait ce jour de souffrance.
Un beau jour d'Avril,elle avait du rendre ses livres en disant à son institutrice:
_Aujourd'hui,je vous quitte!
Comme tant d'autres l'avaient fait avant elle et tant d'autres le devraient encore.
Le désarroi avait envahi sa maitresse.Une enfant si douce,si spontanée et si intelligente,quel gachis!
Mais que faire,que dire.
Lise en avait encore les larmes aux yeux lorsqu'elle pensait à son école.Elle aimait tellement connaitre,comprendre.
Son amour des livres la prenait à bras le corps.Et maintenant,dorénavant,plus rien!
Un livre prété par Madame d'Angers,"Paul et Virgine",lui avait fait découvrir des mondes inconnus,l'avait fait rire,espérer,souffrir en même temps que ces deux héros.
Mais Madame d'Angers avait repris l'ouvrage et étant d'humeur maussade,elle n'avait pas confié d'autre lecture à la jeune femme.

Comme tout est bizarre à la Dame Noire pensait elle.Rien ne semble comme ailleurs.
Elle avait l'impression d'être entrée dans un autre univers en venant vivre dans cette grande ferme.
Elle avait quitté un monde et,tel Alice passant de l'autre coté du mirroir,elle avait trouvé une atmosphère spéciale,très particulière,on se sentait accueilli dans une grande famille.
Lise réflechissait à tout cela en suivant la silhouette massive de Margot vers la cabane à lapins.

Dans chacune des cages,un gros père ou mère lapine,couché de tout son long contre le mur de pierre à la recherche de quelque fraicheur,les regardaient s'approcher.
Ils connaissaient bien les deux femmes qui leur dispensaient tous les jours leur pitance et renouvelaient leur litière de foin.
Ce n'est qu'en sentant l'arome dégagé par les déchets de légumes et l'herbe épaisse ramassée dés la rosée du matin évaporée qu'ils commencèrent à tendre leurs petits nez roses et frémissants.
Pendant que Margot ouvrait chaque cage une à une,Lise lui présentait le grand panier d'osier dans lequel la brave femme puisait à pleines mains ce qui faisait le délice des lapins. 

_Dis Margot,osa Lise.Peux tu m'expliquer pourquoi le maitre est comme ça.
_Comme ça quoi s'étonna la cuisinière en fronçant des sourcils et marquant un temps d'arrèt.
_Et bien,je sais pas comment dire,reprit Lise.Mais depuis que je suis arrivée,je n'arrive pas à croire que je suis employée dans une ferme.
Margot s'étira et dévisagea la jeune femme à ses cotés.
_Mais qu'est ce que tu veux dire?
Lise semblait chercher ses mots
_On dirait plutot que je suis en visite dans une partie de la famille.Il y a le père Dominique,la mère,toi,et des grands frères ou des cousins,à part Mathieu bien sur qui me fait penser au canard noir d'une couvée de cygnes blancs et qui s'est trompé de nid.
Elle éclata de rire et Margot se mit à glousser elle aussi.

_Ah,tu me fais plaisir,ma douce,lui lança Margot avec un franc sourire.Vois tu,j'ai beau être la maitresse de par ici,je peux pas me conduire comme font les autres qui sont propères,qu'ont un peu de bien.
Elle caressa d'une main distraite le pelage d'un beau lapin couleur de miel qui grignotait nonchalamment une fane de carotte.
_Il faut que ça marche droit,c'est sur ,reprit elle en continuant sa distribution d'épluchures.Mais où irait le monde si chacun faisait à sa tète et si personne tenait les rènes.Hein ma jolie,où irait le monde,tout de travers,je te le dis,tout de travers,continua t elle en enfournant une grosse brassée de pissenlits dans une des cages.
_Oui bien sur,dit Lise,mais le maitre la dedans,il est maitre ou pas,
_Ca ma fille c'est plus compliqué,rétorqua Margot en se grattant la nuque.

Vois tu ma douce,le Dominique et moi on est chez nous ici.La maison,les terres sont pas à nous bien sur,on l'a pas acheté,mais on est chez nous.
Lise la fixait d'un air étonné.
_Oui,oui chez nous répéta Margot.Vois tu,personne peut nous mettre dehors,personne ne peut nous faire partir si on veut pas.
Elle secoua son tablier et s'appuya contre les cages.
_Bon,je t'explique.C'est le père de notre maitre qui nous a pris à son service Dominique et moi.Mon dieu que j'étais jeunette quand je suis arrivée ici,ton age,peut-être moins.Mon dieu,ça fait bien longtemps déjà!
La brave femme s'arreta en regardant au loin,par dessus la palissade de rondins,puis elle s'assit sur un banc contre le mur qui gémit sous son poids.
Elle reprit son récit d'une voix chargée de graviers,pleine d'émotion.
_Vois tu,c'est moi qui ai accueilli notre maitre,le jeune,en ce monde quand il est né.Et oui,son père avait voulu que sa femme finisse sa grossesse au domaine,au grand air,au calme.Quand notre maitre est né,quel braillard c'était à c't heure.Toujours affamé,jamais satisfait.Sacré dieu,quelles nuits il m'a fait passer.Et c'est moi qui me suis occupée de lui quand sa mère est morte un an après.

Elle soupira en dodelinant de la tète et ses yeux s'embuèrent.
_C'est encore moi et mon homme qui l'avons gardé jusqu'à l'age de sept ans,ici,à la Dame Noire.Le père d'Agers était notaire à Lyon et le pauvre a été complètement retourné quand sa femme a passé.
En attendant de trouver quelqu'un à la ville pour élever son fils,il nous l'a laissé et comme le gamin,enfin le jeune maitre semblait heureux comme un roi avec nous,et bien il a pas été pressé de chercher une brave femme à la ville pour l'éduquer.
La grosse cuisinière suspendit son récit quelques secondes,retournant entre ses doigts boudinés une fleur de pissenlit.
_Mon dieu,quand j'y pense,reprit elle.Qu'est ce qu'il a pu rager et tempeter quand son père est venu le reprendre pour de bon.C'était pitié de le voir.On en avait le coeur retourné Dominique et moi.Mais il fallait bien qu'il aille à l'école,fallait bien qu'il devienne notaire comme son père.Seigneur dieu!Il était pas commode le petit,quel caractère.La nounou qui nous remplacé,elle a pas du avoir la vie rose.Tu penses,y pensait qu'à revenir ici.Combien de fois son père l'a surpris avec son baluchon,prèt à prendre la route pour la Dame Noire!
Bref,et bien quand le père d'Angers a senti qu'il devenait vieux,il a pris des dispositions comme y disait.Le domaine est au jeune d'Angers,mais il pourrait jamais nous faire partir,enfin lui c'est sur il ferait jamais une horreur pareille,mais le vieux Monsieur d'Angers pensait surtout à  la jeune madame d'Angers.On a l'usufruit que ça s'appelle.On est chez nous,mais chez lui.

Margot étira ses jambes devant elle et sembla contempler le bout de ses sabots pendant quelques secondes.Lise n'osait interrompre cet instant,attendant la suite de l'histoire.
_Remarque ma Lise,continua enfin Margot.Notre maitre nous aime Dominique et moi,un peu comme si on est de sa famille.Tu comprends,ce petit,il a connu que nous.Son père était trop occupé avec ses affaires et déjà d'un bon age,tu penses,presque cinquante ans.Il l'a eu trop tard cet enfant.Ca a tué sa femme et le pauvret a connu que son père.
Elle tendit son visage couleur de pomme mure vers la jeune fille debout près d'elle tenant son panier.
_Tu penses,presque cinquant ans,c'est tard pour avoir un gosse.On l'a nourri,on l'a soigné et surtout bécoté à tour de bras cet enfant.Le Dominique et moi,il nous a fait un don du ciel le père d'Angers avec ce gamin.Nous qui pouvions pas en avoir,il nous en donne un!
La dessus,Margot,l'oeil humide,se retourna brusquement comme si elle avait entendu un bruit,puis regarda Lise et sourit.

_Je suis une grosse betasse,tu me fais m'attendrir et notre jeune monsieur me fait tourner en bourrique avec ses idées farfelues.
La jeune fille avait écouté le récit de Margot avec interet et presque avidité.
_Je comprends mieux maintenant,laissa t elle échapper.La famille,c'est toi ,Dominique qui l'avez créé,et c'est pour ça que l'on se sent bien.
Margot sourit,ses yeux pétillant fixaient la jeune fille.
_Ah ma jolie,tu es curieuse de tout.Ma foi,dans ta petite cervelle,tu t'en poses des questions!Et bien,la bonne Margot sera toujours là et fera ce qu'elle pourra pour te répondre.Et maintenant au travail.Il faut bien les semer ces haricots,ils vont pas venir tous seuls.On reviendra tout à l'heure estourbir le gros noir,dit elle en parlant d'un superbe lapin qui n'avait pas reçu sa ration d'épluchures et d'herbe tendre.
Prenant Lise par la main,elle l'entraina vesr le fond du jardin.
_Là,ils seront à leur aise les haricots.Ce sera parfait.Tu verras,y vont se plaire ici.Y a pas,faut choisir le bon endroit et arroser quand il faut et juste ce qu'il faut,et alors on récolte tranquillement,hein ma belle.
Le sourire de Margot illuminait son visage rond et rose.
Lise se sentit fondre de bien être et de sécurité aux cotés de cette forte femme.

Prochainement la suite de "Lise",chapitre 3.........





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Samedi 6 octobre 2007
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