Mon père me tenait par la main chapitre 18 suite et fin

Publié le par Marie-Laure

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La musique s'emplifie légérement.
Quatre hommes hissent sur leurs épaules la boite de chène clair.
Papa sort,porté à bout de bras,entre deux rangées de visages aux yeux rougis.
Silence à l'extérieur.
Recueillement respectueux.
Tout le monde aimait Papa.
Gentil,conciliant jusqu'à parfois en paraitre faible.
Attentif,honnète,consciencieux et serviable.
Suceptible,mais regrettant toujours ses sautes d'humeur.
Papa,odeur de pain chaud,bon comme son pain.
Papa,sa moustache qui picote la joue quand on l'embrasse
Merde,où est il maintenant?
Où trouver son âme à défaut d sa présence?
Peut il nous faire un signe?

Maman est de nouveau entourée.
Certains l'embrassent,mouillant leurs joues de ses larmes.
D'autres serrent ses mains froides.
Paroles chuchotées.
On a peur de faire du bruit,soudain.
Sensation de valser.
C'est fini?
Et maintenant?
Vertige.

Le grand portail de fer est ouvert.
Portail peint en vert.
Grand ouvert.
Des traces de pneus strient le fin gravier des allées du cimetière.
Vertige.
Trou rectangulaire.
Tranchée hunide.
Saignée dans la glaise sabguine.
Monticule de terre grasse.
Monceaux de fleurs,profusion chatoyante.
Arc en ciel multicolore au bord du gouffre.

Descente.
Chutte au ralenti.
Cordes retenant la boite de bois blond.
Descente dans les entrailles de la terre.
Une motte s'effrite.
Bruit de cascade
Dégringolade.
Choc d'un caillou.

Le vide!
Le trou semble vide.
Se pencher pour voir?
Non!
Il repose maintenant sur la terre froide.
Froid.
Humidité glacée au sein de la terre.
Le doux soleil de printemps ne peut caresser si profond.
Deux mondes.
Séparation.
Abandon,soudain,sensation du vide.

L'impression de regarder un film tout en étant acteur en même temps,par instant.
Film qui passe au ralenti ou s'accélère subitement.
Temps de pause.
Déchirement,la conscience s'efface.
Je reprends mes esprits en sentant bien que j'ai manqué une image,une séquence.
Il me reste de flaschs,des vidéos de quelques secondes.
Je me souviens,mais....de quoi réellement?
Manque de netteté,tout est flou par moment.
La conscience s'évapore.
Pourtant j'assure,j'essaie.

Comme à l'hopital de Flériat,sensation d'ubiguité.
Dédoublement.
Impression d'être doble.
Une qui avance,qui agit,qui assume.
L'autre qui se laisse porter.

Vide.
Attirance pour ce trou béant qui saigen l'allignement des pierres dressées.
Envie de s'asseoir,là,sur le tas de terre jaune et grasse et d'attendre.
Le calme,le départ de tous ces gens.
Même maman!
Seule,rester seule au bord du gouffe et attendre.
Repos,désir d'oublier.
Attendre.
Veiller le corps de Papa.


Peu à peu,les employés des pompes funèbres recoivrent la boite blonde.
Je ne vois rien,mais j'entends le ruissellemnt de terre et de cailloux mélés qui atterrissent en pluie sur le couvercle.
Glas funeste.
La poitrine me serre.
Manque d'air.
Merde et merde,ça ne va pas du tout!
Nécessité de bougr.
Bouger pour ne plus penser,essayer de ne plus penser.
Besoin,nécessité impérieuse.
Quelques minutes,quelques secondes d'amnésie.

L'autre moi s'active.
Je réponds à quelqu'un,qui?
Je ne sais pas ,à l'instinct.
Quoi,aucune idée,je ne me souviens pas.
Je tiens les clefs de voiture tellement serrées dans ma main que le fer marque ma paume.
Hureusement la foule qui s'agglutinait sur le parvis de l'église n'a pas suivi jusqu'au cimetière.
Seuls les proches sont présents.
Pas de défilédans l'allée emplie de corbeilles de fleurs,de presentations,de gerbes,de bouquets.
Aucune plaque,Papa les avait en horreur.

C'est la fin de l'après midi.
Le soleil s'enfuit.
Lueurs roses et turquoises s'unissent à l'horizon.
Lumière rasante posant un film vaporeux miroitant sous les rayons déclinants.
Odeur capiteuse.
Une gerbe de grands lys diffuse ses parfums.
Vent léger.
Frolement sur les calices délicats.
Frissons des pétales de soie blanche.
Douceur del'air.
Un héron cendré se dirige vers les couchant.
Vol ample et fluide.

Je ferme les yeux.
Longue respiration.
Toute petite,fragile et desespérée.

Papa nous a abandonné.

 





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Vero 09/06/2007 18:45

A quoi sert de commenter. J'ai lu ton texte jusqu'au bout et je j'espère  que l'écrire a été pour toi une aide. Véro

paola 23/05/2007 19:51

Ton texte est très touchant et fait passer plein d'émotions.

jackline :059: 23/05/2007 01:00

Que c'est triste ....on ne peut pas exprimer par les mots la douleur qu'on ressent lorsque l'on perd ses parents...je te fais de grosses bises et reviendrai te voir et prendre un peu de soleil de ton ile superbe..à bientpot :0010:

jean-marie 22/05/2007 11:22

Bonjour, Marie-Laure,réaliste, sobre mais très émouvant... ce sont  évocations de souvenirs cruels dont on conserve la marque si longtemps...à bientôtamicalement jm

Mimisan 22/05/2007 02:20

Oui, ce sont des étapes importantes dans la vie. Moi, papa, ça fait maintenant 40 ans; maman est toujours là, elle a 90 ans dans quelques jours; elle à Paris, moi coincée à Tokyo... ça me donne un peu le cafard d'y penser...

Marie-Laure 22/05/2007 09:26

Ia OranaJe suis navrée d'avoir fait ressurgir ton chagrin.Excuse moi,mais on a toujours l'impression d'être seul à souffrir.La douleur rend aveugle et égoïste aussi.AmitiésMarie-Laure