Mon père me tenait par la main chapitre 18 suite

Publié le par Marie-Laure

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L'heure approche.
La plupart des personnes présentes décide de se rendre une dernière fois au salon mortuaire.
Dernière visite,dernier adieu.
Pupitres de bois à l'entrée du salon.
Les registres attendent,couverture de velours vert.
Plus de cent familles déjà ont griffonné un petit mot,un au revoir sur les pages couleur crème.
Je ne peux les accompagner.
Impossible,toujours impossible.
Papa debout,un peu de dos,dans un champ de jonquilles,un bouquet d'or dans ses mains.
Je ne veux rien d'autre.
Je me suis repliée autour de cette image.
Je n'ai pas le courage,je fuis.
Et puis Papa n'aurait certainement pas apprécié d'être dévisagé ainsi.

Je suis la dernière à partir.
Maman a essayé de m'entrainer.
On dirait qu'il  dort,m'a t elle dit.
Non!
Non et non!
Illusion.

Je ferme la maison.
Une petite brise se faufile dans les brances grumeleuses de fleurs des hauts sapins.
Des volutes de pollen qui scintillent sous le soleil.
Poudre fine d'ocre clair.
Pluie d'or pleurant des arbres dans le jardin de Papa.
La voiture de Papa m'attend devant le perron.
Vieille Peugeot 405.
Papa est present partout dans cette voiture.

Gris métallisé recouvert de poussière de fleurs.
Le port clés avec une petite figurine en acier représentant ue pin up toute nue.
Les seins de la minuscule statuette sont usés par le contact et le frottement contre le support du volant.
Bulletins du Loto,stylo sans capuchon,un jeton de caddy,un vieux torchon,une carte routière écornée,le constat d'assurance,une enveloppe avec une facture télécom,un gratte vitre en plastique,les papiers du véhicule dans une pochette simili cuir avec une ancienne photo d'identité de Papa et maman,sa carte de grouppe sanguin et sa carte d'électeur,un rubrique du journal"Le Progrès",une boite d'ampoules de rechange,un paquet de bonbons entamé,une clé de portail,une peau de chamois,un bout de ficelle,tout ce bric à brac occupe le vide poche et les rangements dans les portières.
La poussière,des parcelles de terre,des brindilles d'herbe et quelques grains de blé parsèment les tapis de sol.
Dans le coffre,un vieux journal,des sacs pour sugelés,une serpière aux motifs géométriques,une veste de laine,un parapluie.
Elle a besoin d'un bon nettoyage et surtout de passer le controle technique,j'ai vu que la date était dépassée.

Je me gare sur la place de la salle des fètes.
Le terrain du jeu de boules est désert.
Les platanes aux feuillages encore épars.
L'église est à une cinquantaine de mètres.
Le parvis est noir de monde.
La voiture noire de l'entreprise Métras attend près des jardinières vomissant des géraniums écarlates.
Une cloche tinte.
Glas sinistre.
Mes beaux parents me font signe,m'embrassent.
Ils viennent de Champier,plus particulièrement d'un petit hameau,Flevin.
Havre de tranquilité aux odeurs de vaches,d'herbe fraiche et de résine des grands sapins.
Le pays des vacances de Serge pendant son enfance.

Je reconnais des visages,serre des mains,tend la joue pour recevoir un baiser d'une tante,d'un oncle,des anciens clients ou amis de mes parents.
Je me laisse porter.
Jamie,l'autre grand mère de Geoffroy et son mari Thomas,les enfants Gotte,Monique et Gérard.
Le curé en aube violet et chasuble blanche immaculée patiente devant le seuil de l'église aux portes grandes ouvertes.
Des enfants de choeur et deux servants l'accompagnent.
Pascal,l'ex mari de Véro tient les mansde maman,réelle douleur dans ses yeux.
C'est l'heure!
Le prètre tel un chef d'orchestre donne le signal.
Maman me cherche des yeux,me fait signe d'approcher.
Thomas à sa gauche,moi à droite.
On entre.
La nef,larges dalles de pierres dorées,usées et luisantes.
Rangées de bois.
Le choeur dans la clarté tremblante due aux bougies qu'un souffle fait tressaillir.
Des fleurs,touches de blanc surtout.
Le bois au reflet de miel blond et chaleureux.
Le bois du cercueil!
Au centre.
Devant l'autel.
Image figée.
Maman qui sanglotte puis se reprend en se mouchant.
Premier rang.
On peut toucher le bois doré du bout des doigts si on veut.
Mon regard parcourt l'assemblée.
Moncel,petit sourire crispé,des visages conus,petits signes de tète.
Merçi à tous d'être là,si proche.
Merç pour Papa.
Mon dieu,il est là,dans cette boite,juste devant moi.
Immobile,inerte,muet,aveugle,invisible,derrière l'écran de bois.

De temps en temps maman frissonne,porte son mouchoir à son nez,à ses yeux
Une plainte,une seule,Véro qui flanche,Fred la soutient,la berce.
C'est passé.
Le prètre résume 71 années.
Son ton est égal,aucune aspérité dans son intonation,manque d'émotion.
Il ne le connait pas,il ne l'appréciait pas,il ne peut en parler autrement

J'ai gardé mes lunettes de soleil.
Les larmes encombrent mes paupières.
Toujours cette pudeur à se dévoiler.
Je ne veux pas pleurer,je ne veux pas que l'on me voit,c'est aussi bète que cela.
J'ai un mouchoir en papier serré entre mes doigts au fond de ma poche.
Je suis vétue de blanc,mais ai endossé un long manteau noir aux poches profondes.

La musique résonne contre les murs ocre.
Requiem,lequel,je ne me rappelle plus.
Odeur d'encens.
Un enfant de choeur balance l'encensoir autour de l'autel.
Volutes pales et diaphanes montant vers la voute.
Fumée d'un sacrifice paien.

Fin de l'office.
J'ai traversé ce laps de temps,ces quelques minutes sans vraiment m'en rendre compte.
Bruits de pas,de tissus froissés,raclements de gorge,chuchotements.
Commence l'interminable.
Chaque personne présente vient assurer maman de sa présence,de sa compassion.
Défilé de mains tendues,embrassades furtives ou appuyées.
Réconfort et gène mélés.
Hypocrisie?
Non je ne pense pas à ce moment.
Parfums qui vous effleurent,souffles contre la tempe.
Je reconnais de nombreuses personnes maintenant qu'elles passent tout près.
Les amis des bals masqués et des réveillons,les anciens clients,presque amis.
Certains visages me sont familiers,amis impossible de trouver  nom qui les accmpagne.
Maman chavire par instant,se laisse aller contre une épaule,s'accroche aux doigts.
J'ai l'impression d'être seule au milieu de ce déluge de compassion.
Serge,si loin et si présent pour moi.
Merde et merde!
Il sait,ressent ce que nous endurons aujourd'hui et il ne peut être là.
Il subit un désarroi identique,6000 kilomètres plus à l'ouest,de l'autre coté du grand bleu.
Tenir nos doigts emmélés.
Il a envoyé à maman une très belle lettre,tendresse et gentillesse.
Maman sait qu'elle peut compter sur nous.
Papa a compris que nous serions là quand il m'a serré la main,allongé entre les draps blancs.
Pour nous cest impératif.
Comment se regarer dans un miroir si nous n'épaulons pas maman maintenant et surtout après.
L'après?
Incertitude.
Mman,comment va t elle réagir,comment va t elle vivre?
Vivre tout simplement,seule,sans Papa?












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antgresan 16/09/2007 00:14

nous avons et nous vivons la meme peine

paola 19/05/2007 12:29

Ton post est très émouvant.Je trouve ton blog très sympa.Je te dis à bientôt.