Mon père me tenait par la main chapitre 18

Publié le par Marie-Laure

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6 mai 2003.
Le temps est beau.
Vent léger,ciel bleu.
Cet aprés midi,à 16heure,Papa nous quittera une seconde fois.
Aujourd'hui, débute son séjour en terre.

Ce matin,je suis allé avec mon onle Dédé faire quelques courses à Super U.
Heureusement qu'il a pensé à ce genre de détails.
C et aprés midi,la villa accueillera beaucoup de monde,il fait chaud,nous achetons des boissons et des bricoles à grignoter.
Nous avons disposé des tables de jardin et leurs sièges sur la terrasse derrière la maison.
L'ombre des forthisias et d'un cerisier tachent de gris les dalles de petits galets.

Sentiment de noyer notre désarroi dans l'actiité.
Tentative pour s'échapper quelques minutes.

Mois de mai,joli mois de mai.
Il existe une chanson,je crois.
Elle parle des cerisiers en fleurs,de la douceur du temps.
Nous accompagnerons Papa sous la légéreté des rayons d'un soleil de printemps.

Peut-être son esprit vagabonde t il au dessus de la maison?
Peut-être suit il nos moindres faits et gestes?
J'aime à penser qu'il nous observe.
Un regard tout simplement,sans réflexion,sans déduction.
Une sorte d'accompagnement,sans à priori,impartial,détaché,immatériel déjà!
Pourquoi l'esprit ne resterait il pas un peu près de ses proches,le temps de s'adapter à sa nouvelle condition,le temps d'assimiler la séparation.
Après tout?
Je me prète à réver.
Pourquoi pas,on ne sais rien.
Je ne suis pas la seule à avoir ce genre de délire.
Délire exactement!
Orgueil démesuré.
L'homme n'est qu'un primate évolué.
Pourquoi aurait il un destin supérieur lors de sa disparition terrestre?
L'esprit ne vit que par la matière.
Le cerveau,receptacle et carburant de l'esprit.
Rien d'autre.
Fatuité de terrien!
Mais le délire demeure.

Le souffle qui traverse la terrasse,carressant les nappes blanches.
Les pétales d'une rose précose qui soudain s'éparpillent au sol.
Est ce lui qui en passant s'est amusé à froler la réalité?
Délire encore!

Ce matin,de très bonne heure,un couple de tourterelles.
Il était perché dans le tamaris en face d'une des portes fenètres du salon.
Tourterelles turques aux colliers noirs au travers des rameaux de duvet rose.
Je les observais en sirotant un thé.
L'une d'elles a voleté vers la baie vitrée.
Vol de colibri,sur place.
Ailes déployées,velours gris du plumage.
Elle a fait plusieurs tentatives pour entrer,tapant de son bec les carreaux.
Son manège a persisté.
Elle s'est éloignée,hésitante.
Est revenue et ce va et vient à durer de longues minutes.
J'étais à un mètre d'elle,de l'autre coté du vitrage,de l'autre coté du miroir.
Au bout de plusiurs essais,elle a cessé et regagné sa branche.

Petit signe?
Bien sur,divaguer ainsi n'a rien de rationnel,de scientifique.
Je sais que je m'égare,mais cet égarement me plait.
Supposer ou espérer?
Déjà lors du départ de ma grand mère cette idée d'errance de l'esprit au sessus de nos tètes m'avait séduite,réconfortée enquelque sorte.
La même pensée s'incruste dans mon esprit.
C'est une idée plaisante rassurante.
Elle ressemble à un gros chat rond et ronronnant,assis pattes repliées sous son ventre soyeux.
Je l'apprivoise,la caresse,la range dans un tiroir de mon cerveau.
La ressort de temps à autre.
C'est pueril,mais si réconfortant.
On évite la rupture,seule la présence physique de l'absent manque.
On l'imagine en voyage.
J'ai des facettes de ma personnalité très enfantines et je revendique cet état d'esprit.
L'enfance permet des curiosités,des fantasmes,des rèves et des certitudes.
C'est oux,agréable,un nid douillet pour se vautrer dans l'insouciance dont on a pas conscience.
Un régal!
Une gourmandise!
Je me moque de ce que l'on pense de moi.
Seul l'avis de Serge m'importe.

Aujourd'hui que j'écris ces mots,trois ans ont passé.
Trois ans et le deuil n'est pas fait.
Besoin d'écrire,comme une thérapie à la douleur.
J'ai suivi le chemin de beaucoup d'autres.
Difficulté de ranger les mots sur le papier.
Les mots!
Où trouver ceux qui reflètent,dessinent,appréhendent votre vision.
Je n'ai pas accepté!
Rien accepté!
Rien consenti!
Il est là encore et encore.
Douloureusement présent.
Je voulais que l'on fasse sa connaissance.
En trompe l'oeil,comme caché derrière un voile.
Papa.
Besoin de reconnaissance.
Besoin qu'il soit connu par procuration,par défaut.
Nécessité,demande.
Que d'autres,les gens frolent sa disparition.
Le vide qui devient présence.
L'absence qui devient quotidien.
Et pourtant!
Cette absence a un je ne sais quoi d'intemporel.
Si Papa franchissait à l'instant le seuil de la maison et bien je trouverais cela tout à fait normal.
Normal et rassurant.
Assurement.

Lorsque la mairie nous a confirmé l'emplacement de la tombe de Papa,nous nous y sommes rendues maman et moi.
Pour voir,reconnaitre les lieux,une visite pour se rendre compte.
Maman peut se familiariser avce l'environnement,repérer les prochains voisins de Papa.
C'est dans la partie ancienne du cimetière.
Parcelle derrière celle réservée aux enfants.
Elle m'est familière,mon arrière grand père et mon oncle Henri y reposaient.
C'est cette tombe que ma grand mère venait fleurir si fréquemment.
Mon oncle a rejoint ses parents.
Un long rectangle a été dégagé dans le centre des rangées de pierres dressées.
La moitié gauche.
Rectangle de terre argileuse et collante.
Lorsque le temps est à la pluie la terre est amoureuse.
Elle vous colle aux semelles pour vous suivre jusque chez vous.
Les vieilles sépultures ne bénificiant plus de la perpétuité et la famille des personnes qu'elles protègent n'ayant pas renouvelé le bail,elles ont été rasées tout simplement.
Le manque de place engendre cette pratique.
Personellement cela m'indiffère.
Le corps n'est qu'écorce qui s'anéantit quand l'esprit disparait.

L'enveloppe,le cocon de l'esprit n'est rien.
Il ne nécessite aucun traitement particulier.,sauf celui d'être détruit le plus proprement possible.
Le feu,purification par le feu.
Je m'égare.

La maison s'est remplie.
Thomas et Thérèse,detresse.
Véro,cernes mauves sous les yeux tristes,Vanille qui a exigé d'être là et Fred avec son chapeau de cow boy.
Seigneur ce chapeau de cow boy!
Il en a sucité des reflexions!
Bref!
Mon oncle Maxence,sa femme Raymonde,une soeur de maman,ils viennent de la frontière suisse,une de leur fille Clara.
Chantal,la plus jeune soeur de maman et son mari.
Mon cousin Jean -Marc est là.
J'ai toujours eu pour lui une grande tendresse.

C'est un fils,le troisième de ma tante Hélène la soeur de Papa.
L'enfant qui arrive alors que déjà deux petits s'accrochent à vos jambes.
Fatigue.
Jean-Marc,un enfant fantasque,esprit aiguisé.
Curieux jusqu'à la moelle.
Envie de tout connaitre,tout voir.
Touche à tout,instable.
Avide de reconnaissance,incompris.
Timie et peureux.
Ses amis l'avait surnommé "Pétoche",mas sans méchanceté,pour rire.
Fantasque donc original et difficile à comprendre.
Il me tenait au courant de ses passions successives.
La guitare et Marcel Dadi,la géographie,il tenait ses profs en échec,les modèles réduits,les avions radiocommandés,la photographie,les montages électriques,la radio.
Il apprenait tout,tout seul,allait à fond dans ses recherches,puis passait à autre chose.
Grand garçon un peu déguingandé,un peu emprunté,mais tellement touchant.
A Curis il venait en vacances et lorsque j'étais chez mes grands parents,il partageait mes jeux,mes ballades en vélo.
A Villars il était tres souvent chez nous.

L'heure approche.
Les regards sont brillants de larmes contenues.
On chuchotte,on se tient les mains.
Contact des doigts,chaleur de quelques mots.
Maman est le centre des attentions.
Besoin de l'entourer,de lui dire nous sommes là,près de toi.
On ne peut te consoler,mais on peine auprès de toi.













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jean-marie 17/05/2007 19:14

bonjour, Marie-Laure...quand on aime la poésie, on croit aux signes, faute de croire à autre chose... et tes textes sont émouvants et poétiques.je viendais relire celui-ci, il me plaît beaucoupà bientôtbisesjean-marie
 

Marie-Laure 17/05/2007 20:16

Ia OranaLes signes....Qu'est ce qui devient un signe,en fait on interprète,on s'imagine,et souvent on se leurre.Mais bon si cela est rassurant pendant quelques instants,c'est toujours bon à prendre.Nostalgie,nostalgie quand tu nous tiens!Merçi pour tes commentsAmitiésMarie-Laure