Mon père me tenait par la main Chapitre 17 suite

Publié le par Marie-Laure

(pour lire le début du livre "Mon père me tenait par la main",cliquez sur la cette catgorie et retournez au chapitre 1)

Nous partions souvent en foret,grandes ballades sous le feuillages.
Armés d'un baton pour écarter les branches,nous respirions à plein poumon la'odeur des sous bois.
Moisissure des feuilles,humidité des mousses,acidité de l'humus,transpiration des troncs recouverts de lierre,douceur acre des champignons,fragrance sucrée des baies trop mures.
On guettait le moindre bruit,espérant la rencontre d'un chevreuil gracieux,craignant un face à face avec un sanglier grognon.
Chaque crotte,chaque déjection était inspectée et on tentait de repérer les traces de leur propriétaire.
Le martelement d'un pic vert ou d'un pic épeiche frappant un tronc nous faisiat dresser l'oreille.
Les enfants couraient à doite ,à gauche,s'imaginant en trappeur,en Tarzan,en indien sur le sentier de la guerre.
Les grands comme les petits,nous rentrions les joues roses et le sourire aux lèvres,affamés,un peu grisés par le grand air.

La première année,succession de petits ennuis.
Tout d'abord,crainte dêtre obligé de partir!
Nous avions emménagé sans savoir que la commune avait un droit de préemption
Si elle faisait valoir ce dernier,nous n'avions plus qu'à faire nos bagages.
Fin mai,soulagement,nous sommes bien chez nous.
En juillet,énorme orage,grèle,dégats.
Le toit d'ardoise a souffert,le cumulus a grillé.
Attente du décret de commune sinistrée.
Attente de la prise en charge de l'assurance.
Septembre apporte la bonne nouvelle.

Hiver très rigoureux,moins trente pendant plusieurs jours.
Nous sommes bloqués,isolés.
Dans la cave la tuyauterie gèle,plus d'eau.
Route impraticable.
Le congélateur est plein,no problème.
Je remplis de grands faitoux de neige que je fais bouillir sur la grosse cuisinière à bois.
Nous avons du bois en quantité,de la neige à profusion,quarante centimètres.
Nous sommes au chaud et la neige fondue nous permet d'avoir de l'eau.
Le plombier est venu plusieurs jours de suite réchauffer les tuyaux au chalumeau.
Nous avons installé un convecteur electrique dans la cave pour maintenir une température minimale et empècher la glace de se former.
Par chance,les cables électriques des lignes EDF ont resisté au poids de la neige glacée.

Imensité blanche.
Paysage irréel,figé,silencieux.
Féerie translucide,immaculée.
Pas un bruit,sensation ouatinée ,douceur de coton.
Les animaux se terrent,se mettent en boule pour garder la chaleur de leur corps.
Les oiseaux restent au nid,se cachent dans les crevasses des arbres,les trous dans les murs,les greniers.
En sortant pour chercher du bois,on remarque malgré tout les traces genre brindille des rongeurs.
La respiration trouble la vision par le nuage blanchâtre qui s'échappe des lèvres à chaque expiration.
Seule la fumée s'effilochant au dessus des cheminées relie les maisons les unes aux autres.
Parfois le croassement d'un corbeau brise la tranquilité.
L'écho de son cri semble absorbé par cette étendue de crème fouéttée eten resortir amorti.
Carte postale en noir et blanc.
Blanc de la couette duveteuse qui recouvre prés,forèts,routes et toits.
Noir réglisse du sous bois et dessous des branches.

En 91,nous avons vendu "Les Grands Genets".
Les enfants grandissaient.
Nous étions éloignés de tout.
20km pour aller au collège,autant pour leurs activités sportives,voir les copains qui habitent dans les fermes ou villages environnants.
Ils avaient envie de plus d'autonomie.
Nous aussi.
Prochaine destination,la Corse.
Départ.

La Corse,une merveille.
Les paysages éblouissants,d'un bout à l'autre de l'île.
On passe de la mer à la montagne en quelques kilomètres,quelques dénivelés.
Couleurs,éclaboussures de couleurs.
Au détour d'une route on se retrouve face à une baie aux nuances antillaises.
Eau transparente,limpidité caribeene,turquoise,sable blond,vert des chènes lièges,odeur d'écorce chauffée .
Plus loin,désert à l'infini,paysage tourmenté,aride,rouge et brulé.
Maigres buissons,roche blanche d'être martelée par les rayons solaires.
Sites de haute montagne,grands sapins aux troncs de mat de navires,torrents agressifs griffant les berges déchiquetées d'où ressortent,tel des os,des rochers anguleux éclaboussés d'écume.
Calanques tranquilles,des barques se balancent dans la houle.
Plages blondes à l'infini sur la cote orientale,bordant des hectares de vergers abritant mandarines,pèches,citron et kiwis.
Bocages aux routes sinueuses et étroites,domaines des cochons sauvages aux poils noirs et roses,des anes,chevaux et vaches vagabondants aux bords des lanières de routes escaladant les pentes veloutés d'arbousiers,de myrthes et d'oliviers.
Villages silencieux,comme endormis,assommés de soleil,perchés,accrochés à flanc de montagne,posés au bord de mer ou pris de vertige au dessus des flots.
Maquis,odeurs envoutantes,capiteuses,enivrantes.
Odeurs des charcuteries.
Délice.

Papa et maman sont venus passer un mois auprès de nous.
Nous habitions une villa à Biguglia,près de Bastia.
On les a promenés de long en large et de haut en bas.
La
Corse est une île et la vie chère est donc une de ses particularité.

Notre séjour a été de courte durée,deux ans à peine.
Serge était menacé  de mort,surveillé,suivi.
Un jour,sur la plage seule avec les garçons,un homme s'est approché
Bonjour.
Très poli.
En une phrase,il m'a dit qui nous étions,où nous habitions,depuis quand,la marque de notre voiture,puis il m'a souhaité une bonne après midi
Il est reparti.
Nous étions en Corse depuis un mois et demi environ.
Premier avertissement?
Certainement,puisque Serge a reçu les suivants!
Le téléphone qui sonne,le jour,la nuit.
On décroche,on raccroche.
Une fois,deux fois,dix fois.
Serge prévient qu'il va mettre son téléphone sur écoute par l'intermédiaire de Télécom pour connaitre la provenance de ces appels anonymes.
Les appels cessent aussitôt!!!!
Envoi de cercueil,envoi de liste de personnes qui vont être éliminées.
Tu es le dernier pour le moment,mais les premiers vont disparaitre!
Rapatriement.

Retour sur le continent.
Dommage!
On avait acheté un bateau.
Pèche en mer,balade,tour de l'île.
Un régal.

Nouvelle destination.
Marseille,Carry le Rouet.
Une belle et grande maison à Barqueroute.
Plaisir de la mer,senteurs d'iode et de résine mélées.
Papa et maman sont venus à plusieurs reprises.
Hospitalisation.
Papa a une pneumonie.
Il est revenu trempé de Marseille
Le mari d'une soeur de maman habitant Chateauneuf le Martigues lui avait demandé de l'accompagner pour prendre des places pour un match de foot.
Gros orage,Papa est rentré trempé,frissonnant.
Plusieurs jours d'hospitalisation.
Fragilité.

Nous sommes restés cinq ans dans cette région.
Serge faisait de temps en tempsun demande pour partir aux Antilles.
Un jour,la nouvelle est tombée.
Décembre.
Juste avant Noël.
Il n'avait rien demandé cette fois ci,mais on avait besoin  d'une personne de son profil.
Ses demandes répétées ont laissé pensé qu'il ne refuserait pas cette proposition intempestive.
Pourquoi partir?
Pourquoi rester?
Besoin d'évasion.
L'envie de changer d'air a,une nouvelle fois,fait pousser des ailes à nos semelles.
Nous connaissions la Guadeloupe pour avoir effectué des séjours de vacances.
L'avion nous attendait.










Commenter cet article

jean-marie 12/05/2007 13:31

que de sensations tellement bien décrites...la perspective de la découverte de nouveaux lieux... mais l'arrachement du départ...j'ai connu et je crains encore... le vrai, le définitif...lol, parlons pas de ça...bisesj'm