Mon père me tenait par la main Chapitre 17

Publié le par Marie-Laure

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1984,nous avons acheté une maison.
Le Morvan.

Garry était né en aout l'année d'avant.
Nous avions envie de changer d'air,envie d'espace,de nature.
Nous habitions un pavillon en banlieue parisienne.
Joinville le Pont sur le bords de la Marne.
Petite villa,petit jardin,deux gros chiens,un berger belge,Nounours et un grand danois,Nessy,un petit chien,Prunelle.
Un bébé tout neuf,désir d'évasion.
Serge et moi avons déplié une carte de France sur la moquette du salon.
Serge a fermé les yeux,pointé son doigt en décrivant des cercles au dessus de la grande feuille plastifiée.
Son index est descendu.
Un nom,Le Morvan.
Nous avons acheté un journal d'annonces immobilières de particuliers et ciblé celles qui correspondaient à nos moyens financiers.
C'était en février,nous avons emménagé à la main avril.

Villeboeuf.
Petit hameau au coeur du Morvan.
Une route qui monte,quelques maisons accrochées de chaque coté.
Une vingtaine d'habitations,une douzaine de personnes résidant toute l'année.
Notre maison est une ancienne ferme sur un hectare de terrain.
Terrain dont la moitié est envahie par les genets aux fleurs jaune d'or.
La propriété s'appellera" Les grands genets"!

Nous sommes la première maison au début du village.
Un petit chemin bordé de noisetiers crevant un vieux muret de pierres plates et mousseuses.
L'été,il embaume les fraises des bois,des digitales aux longues tiges et fleurs pourpres éclaboussent l'ombre des arbustes.
Un chataignier et un tilleul aux grappes parfumées,arbres d'une vingtaine de mètres,montent la garde de part et d'autre du portail en grumes de sapin.
En face,la maison de Fernand,il vit à Digoin mais vient très souvent s'occuper de ses forèts,seul sans son épouse.
Le sentier poursuit au dessus de chez nous entre forèt de sapin,de feuillus et de prairies.
Dans cette région,celui qui possède un bout de champ le plante en sapin  pour Noël.

C'est un corps de ferme de vingt mètres de long.
Toit d'ardoises flanqué de deux cheminées.
A gauche,coté prairie descendant vers la route et le ruisseau qui cascade,la maison est en pierre,l'autre partie,à droite,est récente en moelon.
Nous l'avons tout de blanc crépie.
Devant un parc,des bosquets de noisetiers et de sureaux mélés,un puit à moitié comblé aux margelles cachées par la mousse et un grand sapin balançant ses longs bras d'aiguilles.
Derrière,le verger délimité sur deux cotés par une haie d'aubépines,de merisiers,de frènes et de bouleaux.
Enchevètrement de feuillages,camaieux de vert pimenté au printemps de pétales aux couleurs diverses.
Sur toute la longueur à droite,un pré encombré de genets longe une forèt sombre,fraiche et silencieuse de sapins hauts et serrés.
Au centre du terrain ,un noyer et un autre chataignier magestueux étendent leurs branches vers la maison.

L'intérieur est chaleureux.
Plafond à la française,poutres de chataignier,large cheminée,murs crépi couleur coquille d'oeuf sont le décor de la pièce  vivre.
Dans un angle,une lucarne ovale éclaire l'évier de faience.
Trois marches de chène mènent à la salle de bain puis au cellier.
Un salon au parquet de chène clair,cheminée insert,mezzanine déservant les cinq chambres éclairées par des velux.
En bas,suite au salon,une salle à manger,un bureau,un salon d'hiver donnant sur la piscine ovale couverte sous véranda et ouvrant ses larges baies coulissantes sur le parc.
C'est une grande maison accueillante.
On sent son âme derrière les murs épais.

Lorsque nous avons emmnagé,seule la partie gauche était habitable,l'autre partie était en briques rouges pour garer les machines agricoles,le bois de chauffage.
Serge avec l'aide de Charlot,un oncle maçon et son père a abattu les murs,reconstruit en moellon,ajoutant un étage et posant des fenètres et portes à petits carreaux identiques à la partie terminée.
Nous avons fait posé un insert sur un épais socle de briques,creusé la piscine et amménagé l'espace autour de cette dernière grace à une véranda reposant sur des poutres en lamelle collé.
Les trois garçons ont appris à nager à Villeboeuf dans la piscine des Grands genets.

Le grand prè a été nettoyé de ses arbustes envahissants et ensemencé en prairie.
Deux trotteurs français,Tessa et Tornade ont pris possession des lieux ainsi qu'un poney à la blonde crinière et sa copine une petite chèvre naine.
Biquette,on a manqué d'originalité,vient de chez mes parents.
Geoffroy visitait le zoo de Romanèche Thorin.
Dans un enclos,un troupeau de chèvres naines s'ébattaient sur une colline de béton.
Il est resté littéralemen scotché au bord du parc,ses petites mains agrippées au grillage.
"Pépé,tu crois qu'on peut en avoir une?"
Mes parents se sont regardés.
Une semaine plus tard un couple batifolait dans le terrain de la villa.
Deux biquettes car le zoo ne les vendait qu'en couple.
Geoffroy a appelé le mâle Julien pour rendre hommage à son meilleur ami.
Plus tard un petit est né,la mère ne s'en est pas remis.
Le bouc n'a pas survécu à sa chevrette.
Biquette a déménagé à Villebeouf.
C'est devenu la grande amie de Talis le shetland

L'ancienne ferme a repris du service.
Serge a délimité un immense jardin potager jouxtant un poulailler et un clapier.
Des poules,des coqs,des oies,des dindons,des canards,des cailles,des pigeons,des lapins,des cobayes,des lapins nains,des hamsters,de poissons rouges,nous avons tout hébergé.
Nous faisions des conserves de légumes,de fruits,des patés,des terrines,des confitures.
L'hiver on salait le cochon.

Lors de notre arrivée,les gens nous ont regardés d'un air narquois.
Le petit gars de Paris avec son épouse toute pimpante,"ils vont pas faire long feu"!
C'est ce que l'on disait.
Et puis leur regard a changé.
Steve notre troisième garçon est né à Autun.
Les mois ont passé.
Leur regard s'est adouci.
Amitié.

Serge allait boire un verre chez Nenette et son fils Jeannot le dimanche quand le boulanger passait avec sa camionnette de livraison.
Chez Nenette.
La première maison sur le bord de la route,près du lavoir.
Une petite bonne femme,chiffonnée comme une pomme d'hiver mais dont les yeux débordaient de tendresse.
Tout le monde s'y retrouvait,comme au café,le facteur,l'épicier,le boulanger,le cantonnier et deux ou trois"boit sans soif" toujours pret à lever le coude.
C'est chez Nenette que le cantonnier,Bebert,ancien boucher,venait donner le coup de grace au goret que nous nous partagions avec Jeannot.
Il venait également estourbir un ou deux agneaux dont nous achetions une partie pour mettre au congélateur.
Réserve d'hiver.
Jeannot nous approvisionnait en patates,en patois on dit des treffes,je ne suis pas sur de l'orthographe mais certaine de la prononciaton.

Mon père adorait passer quelques jours à Villeboeuf.
Il ne se faisait jamais prier pour venir,même  du temps où il travaillait encore à la boulangerie.
Suivant la saison,nos promenades avaient un but différent.
Nous allions aux champignons.
Le soir une omelette moelleuse des oeufs de nos poules accompagnait la fricassée de coulemelles,de giroles,de roses ou de cèpes selon la saison.
On ramassait des mures,des baies de sureau ou des fraises des bois afin de confectionner des gelées et des confitures.
Quand les pissenlits pointaient le bout de leurs tendres feuilles,nous nous régalions de salades aux lardons.
En automne,on remplissait des paniers de chataignes que l'on faisait griller sur la fonte du gros poèle à bois.
La cuisine se parfumait d'une bonne odeur sucrée et vanillée.
Nous partions pècher la truite près de l'ancien moulin à eau.
On confectionnait des fagots de banches de sapin,celles que l'on enlève à la base du tronc pour circuler plus aisement.
Ils serviraient pour allumer poèle et cheminée durant l'hiver.
Des pommes de pin s'entassaient dans des sacs de jute pour aider au démarrage du feu.
Quand le grand tilleul blanchissait sous les fleurs,on déposait les bouquets au parfum miellé et entètant dans des draps pour les laisser sécher lentement.
Toute la maison s'endormait dans les effluves odorantes. 




 

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Yvon 08/05/2007 17:37

quelle belle histoire touchante à souhait
amitiés