Mon père me tenait par la main chapitre 15 suite

Publié le par Marie-Laure

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Je m'accroche à l'idée que je pourrai de nouveau progresser quand la tension sera retombée.
J'en doute.
Pourquoi?
Papa est parti.
C'est une vérité,attestation écrite à l'appui!
Mais la maison est rempli ede lui.
Empreinte.
Odeur à l'ouverture d'une armoire.
Son pardessus en poil de chameau sur le cintre dans la penderie du hall.
Vision.
Je vois Papa s'asseoir dans son coin de canapé.
A gauche.
Il pose son bras sur l'accoudoir,tend la main droite pour saisir la télécommande de la télé.
Il n'est pas là,mais en s'asseyant dans ce même canapé,je le devine.
Odeur de sa cigarette dans le coussin au canevas.
Il met ses lunettes,une des branches est cassée et tient avec du scotch.
Il remet toujours à plus tard la réparation,cela fait des mois !
Il jette un oeil sur le programme,repose la revue sur la table basse en face de lui.
Le programme a quinze jours,les pages sont cornées.
Vision.
Le matin,Papa qui se lève,il traine ses pantoufles sur les carreaux de marbre du hall et les tomettes beige de la cuisine.
Odeur de dormi,cheveux en bataille,yeux encore un peu gonflés de sommeil.
Grand soupir,comme un baillement.
Etirement des bras au dessus de la tète.
Bisous sur la bouche de maman.
Odeur de café dans le bol,tartine prète à coté et le petit verre qui contient les médicaments.
Pantoufles sur le parquet de la chambre près de la porte.
Vision.
Pull bleu,pantalon gris,chaussures de cuir marron.
Papa dan le jardin,penché sur le coin d'un massif.
Au pied du rosier en ombrelle devant la terrasse et la porte fenètre du salon.
Au pied du rosier,dans la terre grasse,empreinte de la chaussure marron,sur une épine,petit brin de laine bleue qui frissonne au vent.
Mal à l'âme,mal au coeur.

Mon oncle et Audrey arrivant,,maman a décidé de faire quelques courses.
Direction Super U.
Je la sens fébrile,anxieuse.
Peur de la rencontre,elle regarde par en dessous.
Elle se colle à moi.
Rempart contre le monde extérieur.
Mais on ressort soulagées,autant elle que moi.
Il y avait peu de monde à cette heure de la journée et les trois caissières présentes n'ont offert que leur sourire un peu crispé.
Elles savent,cela se voit dans leurs yeux interrogatifs.
Pudeur,crainte de blesser.
Je les remercie en secret de leur discrétion.

Le facteur est passé pendant notre absence.
Pile de courrier.
La nouvelle de la disparition de Papa s'est propagée.
Les premières pensées affectueuses et essais de consolation gonflent la sacoche de la préposée.
J'ai l'impression que lire tous ces petits mots,ces petites phrases griffonnées,dessins changeants selon les mains qui les ont érites,font énormément de bien à maman.
Que d'émotion dans l'écriture!
La sincérité est souvent au rendez vous.
Empreinte personnelle.
Parcelle de soi.
Minuscules bouffées d'oxygène
Chaleur de l'amitié.
Douceur des mots.
Ces preuves d'amour sur papier vont s'accentuer au fil des jours.
Puis s'atténuer bien sur.
Mais pendant cette période,je sais que maman va se laisser porter par cette vague qui va enfler avant de retomber.
Peut-être aura t elle emmagasiné un peu d'énergie transmise dans ces missives?

Coup de téléphone.
Demain nous devons renconter le curé.
Il ne connait pas très bien mon père.
Mes parents sont croyants mais pas pratiquant.
Le curé est nouveau,s'occupe de plusieurs communes et n'est pas originaire de la région.
Je ne le connais pas

Le seul curé que j'ai cotoyé,c'est le père Thevenard.
Temps des vacances d'été.
Il vivait avec sa mère et occupait la cure qui avait une cloture commune avec le jardin de mes grands parents.
Début de l'installation de mes parents à Villars.
Je garde le souvenir d'un homme bon,compréhensif,pas oralisateur du tout.
Il savait parler aux enfants,sans vouloir les gaver de religion à tout prix.
Il écoutait tout simplement,meur parlait avec leurs propres mots d'enfants.
Une anecdote.
Un jour,en plein milieu de la journée,les cloches de l'église se sont mises à sonner à toute volée,sans raison.
Les gens sortaient sur le pas de leur portens'interrogeaient les uns les autres.
Le tocsin,celui des grands jours.
Au bout de quelques minutes,un raffut du diable.
Toute la batterie de cloches en grand branle bas.
Monsieur le curé a traversé en courant la place du marché en direction de l'église en retroussant sa soutane à deux mains.
Peu après son entrée dans l'église,le concert s'est tari.
Il est ressorti en tenant mon petit frère par la main.
Thomas devait avoir six ans enciron et était curieux de tout.
Il a expliqué qu'il voulait voir les cloches et savoir comment elles fonctionnaient.
Monsieur Thevenard lui a simplement demandé de venir le prévenir la prochaine fois qu'une telle envie se ferait sentir !

Demain,préparation d'un départ annoncé.
Départ définitif!
Départ charnel,abandon de l'enveloppe corporelle.
Comme un papillon quittant sa chrysalide,l'esprit de Papa s'est échappé.
Il reste le cocon qui l'a protégé tout au long de son existence.
C'est ce dernier qu'il nous faut abandonner.
Mama ne veut pas venir.
De nouveau elle fuit.
Rien à faire,elle n'a pas le courage.
"Tu iras avec ton oncle"
En ce moment,quand il faut prendre une décision,effectuer une formalité c'est"Tu iras,je ne peux pas".
Que dire?
Tout ce que j'espère,c'est que ce curé ne va pas tester mon engouement religieux.
Cela risquerait d'être désagréable pour moi,mais pour lui également.
J'ai effectué toute ma scolarité dans des établissements tenus par des bonnes soeurs.
Dans les classes primaires,au pensionnat de Mntanay,je n'ai pas souvenir d'avoir été confrontée à une demande très poussée de religion de la part des soeurs.
Ambiance bon enfant,proximité.
Communion,confirmation,communion solennelle,la routine.
C'était un petit établissement familial dirons nous et il régnait une convivialité certaine.
Des bonnes soeurs en aubes bleu marine et col blanc,voile de coton bleu sur les cheveux,crucifix discret sur la poitrine.
Pas de chic chi,des nonnes aux joues roses et au sourire bienveillant.
Des élèves en majorité de la campagne.
Une grande école de village.
A la troisième,je suis allée au pensionnat de Saint Charles de Serin, sur les bord de la Saôn à Lyon.
Autre mentalité.
De la maternelle à la terminale.
Beaucoup d'élèves,différentes classes sociales parmi les écolières,mais visibles cette fois ci.
Les bonnes soeurs n'avaient pas non plus la même mentalité.
Normal,enjeu,faire vivre et prospérer un tel établissment demandait d'autres dispositions que gentillesse et disponibilité.
Caresses dans le sens du poil des élèves et de leurs parents fortunés,plus de compréhension,moins de rigueur.
Je n'ai pas souffert dans cette école et j'en garde de très bons souvenirs avec mes camarades de classe,cependant cette époque a marqué une cassure,une félure,la révélation que les adultes ne sont pas toujours ce qu'ils disent et mentent sur ce qu'ils pensent.
Il y avait un seul homme dans cette école,mise à part un ou deux professeurs et personnes chargés de l''entretien.
Un prètre,celui qui assurait les offices de la journée.
Il était toujours sur son"trente et un" comme on dit.
A cette époque,les gens d'église avaient changé soutanes et robes contre des vètements civils,finis les uniformes.
Certaines nonnes passaient également beaucoup de temps à leurs toilettes,pas un cheveu qui boug,fond de teint discrèt mais présent e jupe un peu plus moulante que ne devait le tolérer le réglement interne !
Comportements ambigüs qui amusaient les élèves.
Hypocrisie qui me révoltait.
Mensonge et opportunisme,voilà c que j'ai découvert.
Je n'ai jamais eu la religion en gande estime,mais chacun est libre de croire à ce qu'il veut.
La religion pour moi,voit le jour par ignorance et superstition.
Crainte de l'inconnu,peur de ce que l'on ne comprend pas.
Nous vivons d'autres temps maintenant.
Pourtant elle perdure.
Aliénation de la pensée du plus grand nombre.
Refuge facile,on ne se prend plus en charge,on demande à un dieu,une puissance extérieur,quelconque,d'agir à votre place e de réussir.
Asistanat.
La religion entraine ségrégation,interdits,intolérance,racisme,crimes odieux.
Les résultats obtenus sont contraires au but soit disant recherché.
Je suis athée.
Je ne crois qu'en moi et en ceux que j'aime.












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:0038: @nne marie :0010: 15/04/2007 08:40

Coucou, une amie venant passer quelques jours à la maison, je serai ainsi peu présente sur les blogs durant une dizaine de jours ! ! Des articles sont programmés quotidiennement sauf le dimanche ( comme d'habitude ! lol ! ! ) et j'espère que tu auras plaisir à les découvrir ! Bon dimanche et plein de bises de la mer rouge ! ! @nne marie

:0038: @nne marie :0010: 14/04/2007 15:54

 Je suis comme toi et j'avoue que la religion ne m'a jamais aidée et encore moins lors du décès de mes parents ! Dommage, j'aurais peut être pu y trouver un peu de sérénité mais pour moi, la mort équivaut à une absence, une page qui se tourne et surtout, un vide immense ! Bon samedi et mille bises du pays de Râ ! ! @nne marie

Mimisan 14/04/2007 08:46

Des souvenirs pleins de nostalgie, on passe à une profession de non foi...J'espère que ta douleur du départ s'apaise un peu. Moi, pour mon père, sur le ocup je l'avais resentui différemment (circonstances différentes) mais finalement j'ai été rattrappée par la longueur du deuil. 7 ans plus tard encore, alors qu eje vivais au Japon epuis déjà plusieurs années, j'avais relativement souvent le sentimen t de le sentir près de moi; ou bien le voir dans mes rêves... Ce fut long...

Marie-Laure 14/04/2007 20:53

IA ORANAOui la douleur s'apaise,et je crois que le fait d'avoir écrit m'a servi de thérapie.J'avais beoin de le partager,de le faire connaitre ,une forme de reconnaissance pour mon père.Mais il et vrai que chacun réagit en fonction de sa propre sensibilité.Mais toi ausi tu as du subir cette épreuve.Le temps gomme le chagrin,mais le sentiment de vide persiste et une épine douloureuse reste plantée au coeur et te torture de temps en temps.Merçi pour tes messages.AmitiésMarie-Laure