Mon père me tennait par la main chapitre 15

Publié le par Marie-Laure

(pour revenir au début du livre,cliquez sur la catégorie "Mon père me tenait par la main" et revenez au départ)
Mon oncle Dédé est arrivé de Guyane.
Maman s'accroche à lui comme à une bouée de sauvetage.
Il nous a prévenu que Audrey sa fille prenait le train depuis Toulouse,elle tient à être présente pour les obsèques.
Obsèques!
Saleté de mots!

J'ai discuté longuement avec Geoffroy cette nuit encore.
Toujours les mêmes angoisses,les mêmes questions.
Les sanglots au bout du fil qui distillent leur venin.
Mes mots d'amour,j'aimerais qu'ils agissent en antidote sur ses blessures et sur les miennes.
Non,je ne veux pas qu'il monte pour son grand père.
Il insiste,mais je le sens si fragile,si désorienté que je crois que cette nouvelle épreuve serait trop dévastatrice.
Il ne supporte déjà pas sa propre douleur,comment pourrait-il encaissser celle des autres et de sa grand mère en particulier.
si vraiment il désire venir,je comprendrais,mais je prefèrerais qu'il s'abstienne.
OK finit-il par me dire,je monterai plus tad.
Oui,plus tard,quand la tension sera un peu retombée.
Serge lui a téléphoné pour tenter de lui remonter le moral.
Il aime énormement Serge,c'est son vrai papa en fait.

Cet après midi,le notaire.
Nouveau rendez vous!
La cadence devient infernale pour nos nerfs fragiles.
Voir tous les organismes,contacter les impots,la CQ,les caisses de retraites.
Il faut absolument envoyer des courriers avec des avis de décès à tout ce petit monde,pas de jaloux et surtout pas de retard,c'est impératif  !
Dans les trois jours qui suivent le départ d'une personne,il faut avoir effectué énormement de démarches.
Je me demande comment maman aurait pu s'en acquitter!
Elle est complètement perdue dans une espèce de brouillard.
Refus d'affronter la réalité?
La réalité du quotidien bien sur.
Elle s'est entièrement libérée de toute obligation.
Inertie de la douleur.
Je conviens d'une date avec la jeune femme qui tient l'accueil.
Maman devra se faire violence,car sa présence est indispensable cette fois.
Discussion.
Incroyable,je tombe sur quelqu'un qui a perdu récemment un proche.
Besoin de s'épancher,de se soulager plutot !
Mais c'est trop !
Sensation d'engourdissement dans les membres.
Besoin irresistible de bouger.
S'échapper !
J'ai assez de ma peine san écouter celle des autres,mais que dire,que faire !
J'écoute pourtant,j'opine de la tète.
Elle est touchante cette jeune femme en me parlant de sa maman,mais la mienne me cause suffisamment de soucis !
En plus elle m'effraie un peu,car elle met le doigt sur les problèmes que j'espère presque à haute voix n'avoir pas à subir.
Je respire un grand coup en sortant de l'étude.

Direction le medecin,monsieur Gourdin,le medecin traitant de mes parents.
Maman ne veut pas l'admettre,mais il faut qu'elle vienne le consulter.
Elle n'arrive pas à dormir,cauchemarde,mange mal et se fatigue.
C'est une abonnée pourtant du cabient médical.Son état de santé necessite un suivi constant.
Chez elle rien ne fonctionne correctement !
Depuis son opération de pancreas,elle doit prendre des médicaments,et puis la tyroïde ne marche plus non plus,encore un cachet !
Elle souffre d'asthme et d'angine de poitrine.En plus elle a du diabète,du cholestérole et des problèmes circulatoires.
Le plus difficile est de faire en sorte que tous ces médicaments s'entendent entre eux et ne créent pas de soucis supplémentaires,d'où des prises de sang régulières afin  de controler les effets de toutes ces petites pillules colorées.
Plusieurs fois déjà elle a du être hospitalisée quelques jours pour vérifier les dosages et leurs consequences sur son organisme.
Rien n'est simple avc maman.
C'est la femme du docteur qui tient le secrétariat aujourd'hui.
Elle me pose des questions et je lui explique mes craintes.
J'aimerais que son mari donne son avis.
J'ai peu que maman s'effondre.
Tout de suite elle approuve.
Le stress,l'angoisse peuvent avoir des effets désastreux sur la santé chez des sujets fragiles.
Maman a besoin d'aide et certains médicament donnent d'xcellents résultats dans des moments de crise comme ceux qu'elle traverse.
Encore des pillules,mais cela peut la soulager.

Ce matin,nous sommes allés aux pompes funèbres.
Quel nom bizarre,funèbres d'accord,mais pompes?
Il y a forcement une raison,une origine à cette appellation.
Je me pose vraiment de droles de  questions.
Les premières minutes passées dans ce lieu ont été plutot pénibles.
Au premier abord,on a pas l'impression de se rendre dans ce genre d'endroit. 
Zone commerciale,grand hangard vert.
Large portail sur un coté,façade de vitrine sur la totalité d'un mur.
Face à l'enseigne,dégagement de gravier cerné de massifs.
Les plantations sont récentes,terre juste retournée,arbustes et rosiers chétifs.
Pourtant le magasin est spacieux,bien agencé,peintures claires.
Luminosité.
Le malaise vient des "marchandises" disposées sur les étagères et les estrades.
Froid.
Couronnes,céramiques,plaques commémoratives,christs.
Tout cela d'un goùt douteux à mon gré.
Besoin des gens de laisser une marque,une preuve de leur passage,de leur dévotion.
Les vivants comme les morts !
La pièce à coté...
Grande salle blanche,sans fénètre.
Maman et moi nous nous agrippons l'une à l'autre.
Des cercueils présentés comme dans un magasin de meubles.
Ouverts,béants,vomissant des tripes de satin.
Couvercles dressés contre les murs.
D'un coté ceux prévus pour les personnes ayant choisi la crémation,d'un autre et en plus grand nombre,les enterrements plus demandés,le classique.
Nous sommes là,au milieu de la pièce,ile de désarroi au centre d'un océan inconnu.
Regard un peu fou,brouillé.
Le fils Métras parle doucement,expliquant les différences entre chaque modèle,les prix,la robutesse,le confort,même le confort.
Soucis des mensurations.
L'occupant doit être à laise.
Il voit que nous sommes terrorisées.
Comment nous aider?
Il fait preuve de sollicitue et de gentillesse à l'encontre de maman.
Mais tout cela est trop familier pour lui.
Les garnitures ont de l'importance,bouillonnements de satin ou coton,dentelle ou uni,coloris,toute une gamme de teintes,rebords volantés ou brodés,finitions plus simples.
Merde et merde !
Bien sur c'est obigé d'en passer par là,bien sur,mais...
Punaise !
Je ne dis rien,maman regarde,elle choisit.
Soucis que Papa soit le mieux installé possible.
Une belle boite en chène clair,poignées travaillées,grand crucifix sur le couvercle,intérieur de satin beige rosé.
La dernière couche de Papa,son dernier lieu de repos !
Ecoeurement,nausées épouvantables.
J'essaie de toutes mes forces de rejeter certaines images morbides.
Non,je ne veux pas fixer de telles images dans mon esprit.
Rien de tout cela !
Papa debout dans un champ de jonquilles,petit palpitement couleur de soleil entre ses doigts.
Rien d'autre !
Rien d'autre!

Je suis ressortie complèrtement lessivée de là dedans,passage au rouleau compresseur.
Poids de maman sur mon bras gauche,dans la main droite je tiens l'anse d'une petite mallette de velours vert.
Tout savoir sur les formalités d'après !
Que dire?
Merde,c'est une aventure épouvantable.
On traverse un cauchemar sauf que l'on sait pertinemment que c'est la réalité vraie,impossible de tricher,inutile de se pincer au sang !

Papa sera de retour dès demain.
Petite pièce privée.
Ceux qui désirent pourront venir lui rendre visite.
Maman va revenir avec mon oncle André.
Une belle boite de bois blond !
Impensable !
Pour moi inconsevable !
Je ne pourrais pas.
Je ne le veux pas !
Rejet .

Je suis coincée à une étape.
Je cours à droite,je cours à gauche pour effectuer les démarches indispensables,mais je n'arrive pas à réfléchir.
Je suis vraiment coincée à une étape.
J'essaie de continuer,mais à chaque fois je refais le même chemin,les mêmes réflexions.
Je suis dans un ascenseur,au rez d chaussée
J'appuie sur le bouton pour monter au premier,l'ascenseur se met en route,monte,mais avant que j'ai eu le temps de descendre il est de retour au rez de chaussée.
Reommencement.
Rien à faire.
Mes pensées sont bloquées.
Blocage au premier jour.
Papa et ses yeux bruns étonnés.
Paillettes dorées dans ses iris.
Sourire.
J'avais tant de paroles à prononcer,tant de questions à poser,tant d'amour à lui donner.
Mais je suis sortie de cette chambre
Trop tôt,trop tard?
Il s'en est fallu de si peu peut-être?
Si j'étais restée une heure,juste une petit heure.
Je suis sortie et je l'ai perdu.
Après ce premier jour,je ne l'ai pas retrouvé.
Papa,enseveli dans les sables mouvants du néant.
Je l'ai vu disparaitre,inexorablement.
Maintenant,je suis en attente.
Attente sans lendemain.
Lendemain impossible.
Cap à dépasser !
Epreuve.
Dans un coin de mon esprit,le masque gris se dissimule.
A chacune de mes tentatives pour avancer,le masque gris s'épanouit et je regresse.
Retour en arrière.
Blocage.












Commenter cet article

:0038: @nne marie :0010: 13/04/2007 11:54

Comme je  comprends tes sentiments ! !  j'ai toujours du mal à accepter le départ de maman en 2004 et seulement maintenant je commence à refaire surface ! la vie n'est pas toujours facile ! !    Mille bises du pays de Râ ! ! @nne marie

Mimisan 12/04/2007 17:13

Blocage, oui, c'est bien le sentiment qeu l'on a en te lisant. Et cest normal, on commence généralement par ce sentiment naturel de refusBises