Mon père me tenait par la main Chapitre 13 suite

Publié le par Marie-Laure

(pour lire le début du livre,choisissez la catégorie"Mon père me tenait par la main"et cliquer au chapitre 1)


Otho était alsacien,nom de famille Bisbrouck.
Après la guerre,la dernière,il a connu brimade et méchanceté gratuite.
On l'appelait le Boche à cause  de son nom.
Il était le mari de Joséphine dit fifine,la seconde soeur de ma grand mèreet le père de René,l'unique cousin de Papa.
C'était un homme délicieux,gentil,attentionné.
Il avait une entreprise de travail des métaux.
Il fabriquait des éléments en métal,cuivre,alu pour les centrales de frigo,chauffage,des trucs comme ça.
C'était un artiste en son genre,capable de refaire à o'unité n'importe quelle pièce usagée.
On venait de loin pour obtenir son concours.
C'était un autodidacte d'une ingéniosité troublante,un génie de la précision.
Son atelier sentait la graisse de machine et le fer,odeur acide et acre que je trouvais désagréable,mais ma soeur et moi étions attirées par cet endroit sale,bruyant et malodorant.
Une raison,dans de grands seaux on ramassait par poignée et avec sa bénédiction,des rebuts en forme de pièces rondes et brillantes,de cuivre d'alu,idéales pour jouer à la marchande.
Son usine était instalée au Tonkin à Lyon.
Mais son jardin secret était à Mériat,petit village de l'Ain.

Il avait là-bas une petite maison avec un pré en pente.
Au sous sol,une cave.
Odeur suave de miel,de cire,du velours des abeilles.
Dans un coin,un tas de sable.
Sa réserve!
Réserve d'hydromel,nectar des dieux,ambre en bouteille,caché sous lit de paille et de sable.
Quand il voulait nous régaler,car les enfants buvaient eux aussi quelques gouttes de ce breucage divin,il allait chercher sa foruche et délicatement sondait le tas de sable.
Dans la pente du pré,cerisiers et pommiers alignés en bordure d'une forét de conifères.
Sous les arbres,petites maisons de poupées odorantes.
Les ruches.
Mon oncle m'emmenait voir les abeilles.
Chapeautés d'une coiffure de paille aux voiles de tulle,on s'asseyait près des ruches après une approche de sioux.
Lenteur,gestes mesurés.
L'air embaumait d'une odeur doucereuse et suave.
Va et vient sans fin,elles rentrent,elles sortent.
Décollages vifs,atterrissages alourdis par le poids du pollen amalgammé aux poils des pattes arrière.
Petits ballots orange,poudre de fleur,poussière de printemps.
Dans de d'indiens devant l'entrée,elles tournent sur elles même,,semblent se flairer,se séparent.
Il m'expliquait l'étrange manège
On chuchotait les questions pour ne pas les déranger.
Parfois nous avions la chance d'être present pour la récolte.
Nous regardions,accroupis à quelques mètres.
Armé d'un soufflet qui projetait une fumée un peu acre,il soulevait les toits,vérifiat les casiers avant de les déposer dans un panier et de les disposer ensuite dans la centrifugeuse.
On suçait des morceaux de cire,restes d'alvéoles gorgées de miel et d'effluves divines.
Des odeurs énivrantes de sucre et de fleurs vous enveloppaient et on se surprenait à renifler autour de nous.
Nous repartions toujours avec un pot de miel et parfois s'il avait trouvé l'une d'entre nous un peu pâlote,il ajoutait de la gelée royale.
Je me suis fait piquée bien sur,mais c'était de ma faute.
La piqure n'est pas très douloureuse,mais l'insecte en meurt.
L'abeille est pacifique,sans agressivité,à l'image de son corps soyeux.
Même maintenat,je peu sauver uen abeille de la noyade en la laissant reposer sur ma main.
Serge me plaisante lorsque je fais ces sauvetages en mer.
L'abeille sur ma paume,je rejopins la plage et la dépose délicatement sur une feuille ou une pierre sèche pour lui laisser le temps de sécher ses ailes translucides.
J'ai à chaque fois une pensée pour mon oncle Otho,tonton l'abeille.

Je regarde ma montre ,deux heure!
Ce soir,je dois appeler ma tante Camille.
Hier j'ai eu l'infirmière qui s'occupe d'elle.
Non pas que Camille soit malade,mais elle a beaucoup de difficultés à se déplacer et doit avoir une assistance.
Je lui ai expliqué notre situation,notre soucis et j'ai demandé son conseil pour lui faire part de la disparition de Papa sans trop de dommage.
Elle m'a conseillé de procéder par étape.
Aujourd'hui,annoncer que Papa a eu une attaque,sa nature et le fait qu'il a du être hospitalis,mais que tout va bien pour le moment.
Dans un jour ou deux la rappeler pour la tenir au courant et l'avertir que l'état de Papa n'est pas très satisfaisant.
Et enfin lui assener la nouvelle en espérant qu'elle aura déjà intégré la possibilité d'une disparition.
J'ai proposé de joindre l'infirmière juste avant cette discussion finale afin qu'elle ne soit pas trop loin de ma tante lors de cette dernière épreuve.
Je ne suis pas très douée pour le mensonge et je répugne à ce gnere de scénario,mais quand il s'agit d'épargner les personnes qui me sont chères,je mens comme un arracheur de dents!
Contradiction!
Je sais que Camille va se tourner vers la religion,prier et faire dire des messes.
Pour moi,tout cela n'est que gaspillage,mais si cela peut la rassurer.
Par contre quelle déception quand elle saura que tous ses efforts ont été vains,que son bon dieu ne l'a pas écouté,même d'une oreille.
Je deviens sarcastique.
En faitr je fausse la donne,le mal est déjà fait,l'horreur est consommée.

Je dois me rendre à la mairie pour régler le problème de concession au cimetière.
J'ai pris rendez vous hier.
Il s'agit de trouver une place pour Papa.
Une place au cimetière.....
Ses parents,son frère reposent dans ce lieu.
Je coonais bien cet endroit pour avoir accompagné ma grand mère.
Elle s'y rendait plusieurs fois par semaines au printemps,en été,en automne,un panier d'osier au bras rempli de fleurs de son jardin.
Un peu moins en hiver.
Depuis qu'elle est elle même partie,je n'ai que très rarement foulé les allées de gravier.
Je me souviens d'être venu avec Papa,seule avec lui.
C'était quelques temps après le decès de ma grand mère,il avait voulu que je l'accompagne.
La dalle de pierre blanche n'avait pas encore été remis en place.
Malaise!
Devant la butte de terre argileuse,crevée orange entre les rangées bien alignées des autres pierres,il avait simplement dit.
"Tu vois ,elle est ici maintenant."
Voix douce et regard d'enfant triste.
Papa si pudique.
Non,ai je répondu,non.
"Elle n'est pas là,c'est bien le dernier endroit où elle est."
Il m'avait regardé,un peu interloqué car j'avais parlé avec rudesse.
Je m'étais expliquée,les larmes aux yeux,m'efforçant de ne pas pleurer.
"Pour moi,elle est partout,en moi,partout autour de nous,mais surement pas sous cette terre froide,elle n'aura pas choisi de rester dans cet endroit"
Il avait froncé les sourcils.
J'avais précisé"Son enveloppe bien sur,mais son esprit est ailleurs,il s'est échappé.Où,je ne sais pas,mais je la sens partout.Tu comprends?"
Il avait hoché la tète,septique,mais avait répondu l'ébauche d'un pauvre sourire suspendu au coin de ses lèvres.
"Pourquoi pas,peut-être bien après tout."

Aujourd'hui maman ne veut pas m'accompagner,elle me dit que c'est trop tôt.
Trop tôt pour subir l'épreuve des regards,des paroles embarrassées de personnes qui connaissent Papa et qui ont appris la nouvelle.
Maman redoute ces moments là.
Elle ne se sent
 pas capable d'assumer le contact de ces personnes qui pourtant montrent une réelle sincérité.
Papa,qui ne le connaissait pas le boulanger!
Sepuis sa retraite,mes parents allaient toujours ensemble faire les courses,jamais l'un sans l'autre.
Elle ne veut pas sortir de la maison.
Elle se sent protégée entre ces murs familiers.
La mairie,formalités.
Les personnes du bureau d'accueil ne me connaissent pas.
Il y a de nombreuses années que je suis partie de Villars.
Mais le nom,Curvat est connu lui,Curvat Louis le boulanger.
On me demande des nouvelles de maman.
Ils étaient tout le temps ensemble,cela doit être très dur pour elle,mais vous êtes là.
Bien sur je suis là,mais qu'est ce que c'est par rapport à la douleur qui l'a frappé de plein fouet comme un train lancé à grande vitesse et qu'elle n'a pu éviter.
Acte de décès,formulaire.
On me dirige vers un eutre bureau,une jeune femme m'accueille,leger sourire.
Tous les gens que je rencontre composent ce sourire de circonstance,un peu contrit.
Explication,emplacement possible,concession pour 5 ans,pour 15 ans,pour 30 ans.
On décide d'acheter une parcelle d'éternité pour un temps donné!
Perpétuité,ça n'existe plus,manque de place,les morts divent partager.
Par contre on peut jouer les prolongations,si les descendants veulent payer ils peuvent reprendre un bail de plus en quelque sorte!
Etrange et surréaliste.
Les tarifs,les papiers à signer par maman.
Oui elle peut le faire chez elle et vous nous les rapportez.
Le réglement?
Plus tard,vous recevrez la facture directement au domicile.
Discussion.
La jeune femme qui me reçit a elle aussi perdu son père l'an dernier et a envie de parlker de son propre cas.
Moi je n'ai pas envie de parler!
Elle m'explique la réaction de sa mère,les difficultéss à faire surface,à accepter,à survivre et tout compte fait son bavardage m'interresse.
Elle me met en garde sur certaines pratiques des banques et des assurances en particulier.
Apparemment sa maman a eu quelques démélés avec ces derniers qui ont tenté d'éviter de payer.
Devant l'anéantissement de leur mère,les enfants ont du prendre le relai pour qu'elle ne soit pas spoliée.
Comme on dit,un homme averti en vaut deux!

Pour la banque je n'ai pas eu de problème,mes parents ont très connus,appréciés et les responsables ont au contraire fait tout ce qu'ils pouvaient pour faciliter cette période difficile.
Par contre,nous avons eu une mauvaise surprise.
Mes parents n'ont pas une grosse retraite,comme les commerçants d'ailleurs.
Ils payent beaucoup pendant leurs activités,mais retouchent très peu!
C'est comme ça,après tout tout le monde sait qu'ils s'en mettent plein les poches les artisant commerçants!
Mes parents ont encore un crédit sur la villa,il doit se terminer en décembre,quelques mois encore!
Maman a peur de tout depuis que Papa est parti.
Peur de la solitude,peur de ne pas avoir assez d'argent pour Papa,peur de l'avenir.
La conseillère de maman lui a annoncé qu'elle devrait honorer les dernières échéances du crédit car Papa est décédé trop tard.
Trop tard,on rève,on cauchemarde même.
Et oui,explication.
L'assurance déces du credit s'arrète à la soixante dizième année.
Papa avait 71 ans.
Trop vieux d'un an pour les assureurs!
Un an de trop!
Dégout.


 

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Sofia 21/03/2007 11:11

quand vous ecrivez que le corps de votre papa n est pas "là", ni celui de votre grand mère, mais que lerus esprits se sont echapés et qu'ils sont partout, en vous ...je crois, que vous "Croyez", malgré ce que vous dites, à la vie apres la mort.  Vous dites "Leur esprit vit en vous", cela veut bien dire que nos etres chers sont morts par leur coprs, mais que leur âme vivent. Et ils vivent grâce à nous aussi qui nous rappellons que nous les aimons toujours.puissent ils etre hereux là ou ils sont! Je pense qu'ils le sont, cela ne peut etre autrement.Bonne journée Marie Laure

Marie-Laure 21/03/2007 20:07

Ia oranaOui d'une certaine façon c'est cela,mais pendant un ncertain temps après leur départ je les sentais réellement gtrès proche,comme voletant autour de moi.Ce n'est pas du tout rationnel comme pensée,mais c'est ainsi.Refus du départ?Merçi pour tes comments,j'apprecie beaucoupAmitiés Marie-Laure

:0038: @nne marie :0075: 20/03/2007 12:04

 Moments si pénibles de la vie ! Bisous                @nne marie qui commence à s'énerver en raison des difficultés à poster un commentaire ! ! grrrr ! ! !

Mimisan 20/03/2007 08:53

Toutes ces paperasseries, démarches, entourloupettes auxquelles il faut faire face dans ces moments-là...Bises, Marie-Laure