Mon père me tenait par la main Chapitre 13

Publié le par Marie-Laure

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Le fils Métras est passé à la villa.
Il a préféré venir voir maman plutôt que lui infliger un rendez-vous aux pompes funèbres.
Il a été très attentif,il faut dire que maman le connait depuis que sa mère le promenait en poussette pour faire ses courses.
Elle lui fait la bise et discute avec lui comme s'il faisait partie de la famille.
Il nous a donné quelques conseils,des formalités auxquelles nous ne pensons pas.Son établissement va s'occuper de tout.
Faire revenir Papa,s'acquitter des taxes.
Oui aussi incroyable que cela peut paraitre,il y a des taxes pour transporter une personne comme Papa.On se croirait revenu au Moyen Age où des impots étaient redevables aux passages de chaque ville,de chaque seigneries!
Il va se mettre en rapport avec le fleuriste,il suffira à maman de choisir,contacter le curé sera également de son ressort.
Maman devra malgré tout subir l'épreuve de se rendre à sa boutique pour le choix du cercueil et de sa garniture.

Maman va se reposer.
Des jours qu'elle dort mal.Elle pleure plus qu'elle ne dort.
Je reste seule.
Le temps est splendide,soleil,chaleur.
Pas envie d'aller trainer dehors.
Je suis assise au bureau dans le salon.
Sur le dessus,une large vitre protégeant des photographies.
Mes trois fils serrés les uns contre les autres pour tenir dans la photo offrent leurs sourires.
Vanille toute petite assise devant un livre ouvert,Bénedicte et Jimmy.
Ma tante Camille soufflant sur un gateau d'anniversaire.
Papa et maman trinquant,une coupe de champagne à la main.
Papa dansant avec Dany déguisée en Touloulou.C'est un déguisement de Guyane,grande rbe,masque,gants,aucun espace de peau n'est visible.Impossible de savoir qui vous a invité à virevolter.
Papa cueillant des jonquilles dans la pelouse devant le perron de la villa.
Il est légerement de dos,un peu vouté.
Il porte un pull et pantalon sombre,la touche vive vient de petit bouquet de fleurs,éclat de soleil entre ses doigts.
Bizarrement les photos de Papa m'interpellent.
Je trouve quelque chose d'anormal.
Je les regarde de plus près,les compare.
Il s'en dégage une sensation qui me dérange.Mais quoi?

Je me lève er fouille dans le tiroir de la vieille armoire bressanne.
J'en retire des paquets de photos,toutes sortes de photos.
Je commence le tri et finalement je retiens une vingtaine de clichés,les plus récents sur lesquels Papa est présent à chaque fois.
Je les ai découvertes à l'instant,elles ont été prises récemment,pour Noël,pour l'anniversaire de Papa en mars.
Parcelles de vie dont j'étais absente.
Je les pose sur le sous main de verre,l'une à coté de l'autre,alignées commes des cartes de tarots.
Que vont elles me dire ces étranges cartes?
Son visage me sautent aux yeux.
Ses prunelles brunes ont perdu leurs éclats.
Où se sont dissoutes les paillettes dorées qui les parsemaient,cette couleur d'ambre?
Son expression surtout m'oppresse.
Papa est triste,sourire forcé il me semble.
Sur toutes les photos,il a l'air réellement triste,désabusé.

Papa a beaucoup grossi depuis qu'il est à a retraite.
Du jour au lendemain,plus d'effort physique.
Terminées les longues nuits,plus de sacs à transporter,plus de plaques à soulever.
Finies les fournées à sortir en urgence,les chariots à remplir et à ammener au magasin.
Les pétrissages,les façonnages,les mises en place.
Plus de coup de bourre quand la boutique est pleine de monde et que le pain doit encore bénéficier de quelques minutes dans le four pour atteindre sa pleine maturité,son bronzage idéal.
Plus de tournées dans les villages alentours après une nuit au fournil.
Papa a pris de la brioche,une bonne brioche.
Et le boulanger  qu'il est n'en tire pas fierté.
Ses kilos l'embarrassent.
Il y a deux ans,pendant nos vacances d'été,je l'avais mis au régime.
Pas de régime draconnien,mais plus de légumes,moins de fromage,plus de viande grillée,moins de sauce,plus de fruit et moins de patisserie et surtout boire son litre et demi d'eau par jour.
Résultat,il avait perdu sept kilos en deux mois et demi et se sentait en pleine forme.
Je suis repartie,il a fait moins attention.
Il a regrossi.
Il n'aime pas son image.
Ses pantalons qui le serrent à la taille et qu'il doit descendre en dessous de son ventre.
Les tee shirts qui semblent rapetisser au lavage et qui gènent sous les bras.
Le bouton du col de chemise,celui du haut que l'on ne peut plus boutonner.
Papa ne s'aime pas ainsi.
Il a déjàcertain complexe par rapport à sa taille qu'il trouve trop petite,mais son embompoint lui cause vraiment une gène certaine.
Sur ces photos on devine une grande lassitude.
Lassitude de quoi?
Il sourit,timide sourire,mais semble dire"je ne suis pas heureux"
"Il y a quelque chose qui ne va pas,je ne suis pas bien"
Papa,mon Papa chéri!

j'ai les larmes aux yeux,bètement,comme ça,rien qu'à voir ce sourire distant sur ces moments figés de sa vie.
Je suis coupable.
Je me sens découragée,les épaules me font mal,tension entre les omoplates.
Coupable!
Je suis certaine que si j'avais été présente plus près,plussouvent à ses cotés,je suis certaine qu'il serait assis,là dans son fauteuil.
Je l'aurais surveillé,j'aurais vérifié ses rendez-vous avec les toubibs.
Je l'auraisobligé à s'y rendre,quitte à ol'emmener moi même.
J'aurais jeté un oeil sur ce qu'il mangeait,surveillé son poids.
J'aurais,j'aurais,et oui j'aurais!
Mais voilà.....
Merde.

Depuis quelques temps son humeur avait évolué.
Quelques temps,plutôt quelques années.
Petit à petit,un peu plus d'agacement,insidieusement.
Il a toujours été un peu "soupe au lait",suceptible.
Mais peu à peu sa patience a paru s'effriter.
Je dirais que lentement son degré d'acceptation à la contrariété ou seulement à la simple sicusion s'est évaporée.
Sa taille,premier problème pour lui.
Attention à la reflexion anodine ou à la simple blague!
Il se sent visé.Ensuite,il y a cette idée stupide.
Un complexe,je crois que l'on peut le nommer ainsi.
N'ayant pas fait d'études poissées,il a parfois tendance à se sous estimer.
Mais contradictoirement il est géné par le compliment.
Depuis qu'il a pris sa retraite il regarde neaucoup la télévision.
Il en a été privé durant sa vie professionnelle et il se rattrape.
Souvent il veille très tard.
Maman se couche avant,mais vient au moins une fois ou deux dans la soirée voir si tout va bien.
"Tu viens bientôt,"dit-elle à chaque fois.
Papa opine de la tète,machinalement.
"Oui"
Maman aime savoir en prmanance où est Papa et ce qu'il fait,cela la rassure.
Agacement parfois.
Il a une préférence pour les documentaires,tous les documentaires.
Politique,nature,histoire,géo,astronomie etc...
Il a emmagasiné un savoir important et même mon o,ncle Dédé a été très surpris par son érudition.
Mais comme il ne se met jamais en avant...
Son travail d'artisant,manuel,malgré tout le plaisir et l'orgueil qu'il en tirait semblait l'avoir fait passer à coté de'une autre carrière.
Laquelle?Je ne sais pas.
Mais je suis certaine qu'il avait envisagé un autre parcours si la vie ne lui avait imposé celui ci.
Peut-être le regret de n'avoir pu choisir sa voie à l'adolescence,
Peut-être un peu d'amertume de n'avoir pu accompagner son frère André dans les études?
Peut-être l'agacement d'avoir du s'effacer devant ce frère cadet?
A quoi pensait-il?
Je ne sais pas,je fais des déductions,des suppositions,j'interprète.
Il me semble qu'il aurait aimé faire autre chose,voir sa vie s'orienter différemment.
Comme une lassitude.
Je n'ai jamais parlé avec lui,c'est juste une intuition,une sensibilité.
Mais parfois il lachait quelques indices.
Petites reflexions du genre.
"Oui je sais que je suis un con"
Et oui,rien que ça!
Ou encore"Je sais,je suis pas très malin"
Cela,c'est quand on ne comprend pas tout de suite ce qu'il veut nous faire comprendre.
Alors il a ce regard,oeil noir,en dessous,rempli de violence,de hargne même.
Souvent il préfère ne rien dire et cel l'agace autant que s'il perdait patience.
Il part,s'isole en maugréant,l'air tellemnt malheureux et en mêm temps si enervant.
Detresse à coup sur!
Je sens comme une insatisfaction,un appétit inasouvi.
Pense-t-il être passé à coté de sa vie!

L'année dernière,lors de notre séjour d'été,nous avions beaucoup travaillé Serge et moi popur nettoyer le jardin,la maison.
Mais Papa paraissait distant,contrarié.
Nous étions décontenancés par son mutisme et son aspect grognon.
J'ai demandé à maman s'il avait un soucis.
Non rien.
Je lui ai parlé,savoir ce qu'il pensait.
Rien,il n'avait rien en particulier et ne s'était pas rendu compte de son attitude.
Nous nous sommes rendus compte qu'il faisait des efforts pour paraitre enjoué après  cette conversation.
Mais je n'étais pas dupe.
Repli sur lui même,manque de naturel,mal être.
Ou s'envolait son esprit?
Qu'attendait-il,qu'espérait-il?
De lui,de nous?

J erange les photos,impression de rendez-vous manqué.
Déprime,un thé!
Je sors sur la terrasse coté serre,elle est à l'ombre à ce moment de la journée.
Je pose mon bol sur la table,souffle d'air.
Les cerisiers ont repris bonne mine.
Les feuilles saccagées par le gel ont disparu,laissant place à de nouveaux bourgeons aux reflets laqués.

Les abeilles s'affairent dans la haie de troènes et les fleurs des massifs.
J'aime les abeilles.
Un tendresse particulière pour ces insectes veloutés.
Cela à cause de mon grand oncle Otho.


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Jean M. MalouriÚs (Lambert Palis) 19/03/2007 10:43

bonjour et merci d'avoir compris...je suis aussi passé par ce "difficile chemin" et ça fait longtemps mais je n'en suis jamais sorti...j'ai commis un petit "poème " où j'essaie d'exprimer quelque chose à ce propos. Je donne le lien, à tout hasard...http://www.passage1.com/article-4926782.html#5Je ne veux surtout pas que tu te crois obligée de te plonger dans ma littérature, d'autant plus qu'il s'agit de symboles, mais j'aime bien avoir l'opinion des gens que j'apprécie beaucoup...amicalementjean-marie

Marie-Laure 20/03/2007 03:08

Ia oranaMerçi,je sens que tu comprends très bien.C'es le pourquoi de ma "littérature",le pourquoi de ce "livre".Besoin extrème de raconter,thérapie sur le papier comme beaucoup d'autres presonnes.Ma grand mère est partie en 1991 et la douleur est toujours là,différente car le temps lamine irrémédiablement,mais l'épine est toujours incrustée!AbientôtMarie-Laure

Mimisan 19/03/2007 03:49

Bonjour marie-LaureJe m'étais inscrite à la newsletter pour être informée des parutions, mais je ne reçois jamais rien, sauf une fois ou deux. Quand je viens, c'est parce que j'ai pensé ou pu prendre le temps de chercher mon lien vers ton site.Je suppose que tu programmes tes articls et dans ce cas il n'y apas l'envoi automatique de l'annonce de parution de l'article. Il faudrait que tu compenses en cliquant sur la petite enveloppe à côté du tire de l'article, dans ton administraton, en le faisant une fois l'article paru, bien sûr.Là tout de suite je n'ai pas le temps de regarder les articles manqués, je reviendrai.Bises

Marie-Laure 20/03/2007 03:11

Ia oranaDésolé,mais je crois que je suis brouillée avec cette newsletter.Je l'avoue,je ne pense pas à effectuer l'envoi;Je te promets de faire plus attention à l'avenir.A beintot et merçi pour tes conseils qui sont toujours les bienvenue.Je ne suis vraiment pas très experte,mais je me soigne!Maururu i nanaMarie-Laure
 

jean-marie 18/03/2007 18:42

bonjour, Marie-Laure,c'est bien vu et bien dit...le cruel remords de ne pas avoir été assez attentif, assez présent...ceux que l'on aime ont passéet nous on crève de tous les regrets...amicalementjean-marie

Marie-Laure 18/03/2007 20:31

Ia oranaMerçi,il me semble que tu es passé par ce difficile chemin.Dur dur, en effet.Merçi pour tes visites,c'est gentil.Amitiés Marie-Laure