Mon père me tenait par la main Chapitre 12 suite

Publié le par Marie-Laure

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Mon oncle et ma tante ont été mutés à la Guadeloupe au début des années 70.
J'y suis allée en vacances avec ma grand mère après mon BEPC.
Dépaysement,paysages odorants,gens charmants.
C'était avant le cyclone Hugo.
Depuis Hugo,une portion de la population a changé!
Mon cousin Serge est venu faire ses études en France et en Angleterre.
Il a fait du vol à voile,construit son pemier bateau,voyage en solitaire.
Il a été skipper,convoyant des voiliers d'un bord à l'autre de l'Atlantique,baladant les touristes dans les différents archipels des Caraïbes.
Périples en Martinique,en Guyane,l'Amérique du Sud.Il s'est débrouillé,seul,tranquille.
Il est architecte en menuiserie maritime et construit maintenant des maisons en bois.
Il vit à la Guadeloupe avec femme et enfants.
Mon oncle a divorcé,ma tante est partie à la Martinique et lui en Guyane.Inspecteur des écoles.
Il a bati une très jolie villa dans la banlieue de Cayenne,remarié,une fille .

Je m'entendais très bien avec mon oncle.
Mais j'ai grandi!
La cassure est apparue.Pourquoi?
Justement parce que j'ai grandi.
Mes propres opinions n'ont plus été acceptables ou acceptées.
Mon oncle ne supporte guère la contradiction,trop prof,trop je sais tout.
Bien sur son érudition est grande,mais très désagréable d'en faire étalage.
Intransigeant,donneur de leçon,il a tendance à vouloir diriger,peut-être une dérive de sa profession.
La discusion est devenue difficile,voir impossible parfois.
Lors desréunions de famille,il en ressort des tensions,des conflits qui couvent.
Je regrette beaucoup cet état de fait,c'est vraiment dommage.

Mes parents s'entendent très bien avec lui et son épouse Dany.
C'est une femme douce,attentive aux autres,elle a beucoup souffert car sensible;
Très professionnelle,elle dirige le service du CNED,l'enseignement à distance et à domicile en Guyane.
On l'a voit peu en France,sa famille est de la région de Millau.
Papa et maman ont effectué plusieurs voyages en Guyane.
Le premier remonte à presque trente ans et le dernier a eu lieu en 2001,en juin.
C'est mon oncle qui leur avait payé le voyage,il recevait une déoration et avait envie d'avoir mon père à ses cotés.
A chaque fois,mes parents sont revenus enchantés de leur séjour.
Mon oncle et ma tante savent recevoir,connaissent beaucoup de monde.Sorties,bals,promenades.
Mais surtout Papa est très diplomate,très attentif,sait écouter sans prendre parti.
Je crois qu'il a su se taire quand il fallait,pas d'implusivité.

Leur premier séjour a été aventure,mais une véritable aventure.
Dés le début.
A Orly,à l'époque,Roissy Charles de Gaulle n'existait pas,leur boing a du faire demi tour au dessus de l'Atlantique,problème de moteur.
Un des passagers n'a pas voulu remonté!
Voyage au champagne tout au long du vol pour se faire pardonner cette ennui.
A Cayenne,une autre surorise les attendait.
Mon oncle,grace à ses connaissances,a pu leur organiser un séjour de plus d'une semaine dans une tribu indienne en pleine forèt vierge.
Remontée du fleuve Maroni sous la protection des gendarmes chargés de la surveillance de la région.
Nuits dans les hamacs,chasses en forèt à la sarbacanne,pèches sur l'Oyapoc,un affluent du Maroni.
On se lave dans la rivière,on lave la vaisselle dans la rivière avec le sable pour éponge à récurer,on pèche dans la rivière,on cicule sur la rivière.
Le fleuve,présence omniprésente et bénéfique.
Les femmes du chef leur ont offert des colliers de perles.
Papa a eu un succès fou quand les indiens ont su qu'il fabriquait le pain,une consécration.
Mes parents ont gouté toutes les saveurs,tous les mets,du crocodile au singe,du fourmilier au perroquet,des larves blanches à l'anaconda,sans oublier le capia,énorme rat sans queue au museau carré,gros comme un petit cochon.
Chasse de nuit dans la forèt vierge,rencontre avec un des derniers bagnards,pause déjeuner dans son carbet,sa maison de bois,isolé du monde et des hommes.
Ils ont rapporté des pépites d'or de Guyane pour les enfants et des souvenirs plein la tète.
Il existe maintenant de nombreux interdits,des espèces protégées,des zones devenues inaccessibles.
Aux voyages suivants,ils ont découverts Kourou,assisté au départ d'Ariane,plusieurs fois.
Visite du site,mon père était ravi.
Le dernier voyage a fatigué Papa.
Il a souffert de la chaleur cette fois ci.
Après son retour,il a mis plus d'un mois à retrouver un certain allant.
Il se sentait fatigué,une lassitude inhabituellle.

J'ai passé un long week end en Guyane lors d'un court séjour.
Route rectiligne bordée de terre rouge.
Rivière boueuse,touffeur et moustiques.
Beaucoup de murs noirs de moisissure.
La nature n'est plus aux portes de Cayenne.
L'odeur de la Guyane rest pour moi un relent de moisi,mais je n'ai pu pénétrer la forèt et ses mystères.
Ma visite fut éclair,donc tronquée.

Le premier rayon de soleil lèche la vitre ouverte et pose une flaque sur le parquet de chène blond.
Je sors de ma réverie;la chambre de maman est silencieuse.
Il est huit heure,j'ai somnolé malgré tout.
Un thé au citron,je sors sur la terrasse.
Les poules dans leur enclos se bagarrent un morceau de pain que je leur ai lancé hier soir.
Papa a acheté uen douzaine de poulettes au marché de Chatillon sur Chalaronne il y a un mois environ.

J'ai rendez vous à l'hopital dans la matinée.
Les vétements !
Punaise,ça va pas être facile.
Maman reste à la maison,elle se laisse porter,complètement perdue.C'est inutile qu'elle vienne,trop dur et puis inutile d'être deux à se faire encore du mal.
Serge m'a apaisée hier soir,caliné,secoué,mais ça va pas être facile!
Chocolat noir.Je compense.
Quoi?Je compense quoi?Par où commencer?
Y a tellement de chioses à compenser en ce moment!

Je me gare sur le parking de l'hopital.
J'ai pris des habitudes,un certain coin du parking,face au hall d'entrée.
Pourquoi là?
Sur le siège arrière,le costume de Papa.
Ce matin,avec maman,nous avons passé en revue sa garde robe.
Que choisir?
Maman est étonnemment sereine,ça m'inquiète.
Détachement.
Pour Noël dernier,Papa a trouvé sous le sapin des bons d'achat aux Galeries Lafayette de la Part Dieu.
Il a choisi plusieurs pantalons et chemises.
Nous avons arrété notre choix sur un ensemble dans les teintes pastelles de beige.
La cravatte,un cadeau de Guillemette,une soie avec des petits nounours.
Sous vètements de coton blanc,chaussettes marron,et chaussures de la même teinte que j'ai longuement cirées.
Douleur,douleur comme un long et interminable leitmotiv.
Dans la poche de son costume,la poche droite,un cadeau.
J'ai glissé une feuille pliée en quatre.
Le dessin de Vanille.

Le sous sol.
On a l'impression d'aborder un autre univers.
Longs couloirs percé de portes opaques des deux cotés.
Pancartes.
Chirurgie,maternité,cardiologie.
Portes avec des numéros au dessus.
Tout est peint de la mêm couleur anodine.
Petite pièce étriquée.
Un bureau,une chaise de part et d'autre.
Rien de plus.
Si,une porte sur le coté.
Je suis certaine qu'elle s'ouvre sur la pièce.
Celle où Papa repose.
Un homme derrière le bureau.
Jeune,cheveux bruns déjà rares,maigre anodin lui aussi.
Blouse blanche.
Je ne me rappelle pas ce qu'il me dit.
Complètement larguée.
Je marche à coté de moi,je parle à coté de moi.Je suis double.
Une agit,l'autre souffre et suit le mouvement.
Il me propose de voir Papa.
Lui aussi!Impossible.
Toujours impossible.
En plus il me fait cette proposition comme si c'était une certitude que j'allais accepter.
D'un air de dire"Mais vous allez bien venir ".
Je dis non.Non merçi.
Il semble déçu,surpris même,incompréhension.
C'est horrible,je n'ai qu'une hate,sortir.
Quitter cette pièce qui sent une odeur de désinfectant.
Sortir à l'air libre.
Abandonner Papa entre ces mains étrangères.

Mais Papa n'est plus là.
Ce n'est qu'une enveloppe.
Son esprit est parti,dilué ou présent quelque part?
Je ne crois pas en Dieu,aucun Dieu.
Je n'ai que ma propre croyance

Quand ma grand mère a disparu,nous vivions en Corse.
Serge l'avait vu quelques jours auparavant étant en mission sur Lyon.
Il lui avait rendu visite à l'hopital du Tonkin.
Problèmes circulatoires,gangrène.
Plusieurs années avant,elle avait été amputée dune jambe,juste au dessous du genou.
La rééducation avaité té laborieus et incomplète car elle était déjà agée et n'avait pas envie de faire effort.
Ma grand mère remarchait avec de grandes difficultés.
A son retour de Lyon,Serge m'a rassurée,mais je n'étais pas dupe.
Quand maman m'a téléphoné pour m'annoncer que ma fée était partie,j'ai eu un cri,un seul,une longue plainte d'animal bléssé.
De nombreuse années m'ont été necessaire pour parler d'elle sans pleurer et encore...
La douleur a été extrèmepour moi,tenace.
Un chagrin aux racines profondement accrochées dans mon coeur et mon esprit.
Je sentais son âme autour de moi,sa présence me semblait évidente.
J'ai dompté ma peine,le temps a fait son travail d'usure,mais ma grand mère est toujours là,très proche,indércinable.
J'ai déjà parlé de toit cela,mais c'est plus fort que tout,j'en parle encore.
Et ce n'est pas fini.

Papa,c'est trop recent.
Plaie beante,suppurant les larmes.
Plaie à vif,sanglante.
Déchirure palpitante.
Je ne peux pas analyser ce que je ressens.
Trop sensible,plus tard.

Retour à la villa.
La dame qui a rempli les papiers administratifs à l'hopital m'a donné un petit formulaire.
La marche à suivre en cas de décès.
La notice!
Je suis atterrée§
Incroyable,on ne laisse pas les gens souffler,s'impregner,comprendre un peu ce qui leur arrive.
Non!Tout de suite,les formalités!
Je comprends bien sur qu'il y ai des trucs à faire,amis on pourrait mettre l'art et la manière.
Pourquoi cette urgence!
Un peu de tact,c'est pas trop demander.
Oui,pourquoi cette urgence?
Comment maman aurait pu gérer?
La banque,les assurances,la caisse de retraite,la CQ,le notaire,l'emplacement au cimetière,le duré,l'état civil,les pompes funèbres...
Assez!
Tout,tout en même temps et des délais sont porévus attention!
Délais à respecter,impérativement.
Merde,c'est incroyable.
Que font les gens seuls,sans famille pour les épauler?
Ils coulent,ils coulent à pic dans leur détresse!

Mes parents ont toujours eu dans l'idée de continuer leur après vie à Villars.
Mais ils n'ont pris aucune disposition.
Trop morbide d'envisager sa propre disparition,pas si tôt!
C'était incongru,mais maintenant?
Maman est sonnée,elle flotte dans son chagrin.
Je lui parle des pompes funèbres.
Je lui explique que l'hopital ne peut garder Papa que trois jours.
Pourquoi trois jours?
Connait elle quelqu'un?
Oui,elle connnait.
Bien sur,elle connait presque tous les habitants de Villars.
Vendre du pain pendant trente ans au même endroit,cela crée des liens.
Métras,la famille Métras,maman les connait très bien.
Ils seronts gentils,compréhensifs.
Rendez vous est pris.
Demain.
Un autre impératif,la banque.
Demain,deuzième rendez vous.
L'argent!
Les impots!
Pas de délais pour les impots!
Ecoeurement.....








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Commenter cet article

Sofia 21/03/2007 10:57

vous exprimez vraiment ce que vous avez ressenti, ca se " ressent" a travers vos lignes, vos mots, qui sortent de vos tripescela me touche

Jean M. MalouriÚs (Lambert Palis) 10/03/2007 12:08

bonjour, Marie-Laure,C'est vrai qu'il y a des souvenirs pénibles à remuer, l'émotion est si forte...je n'ai tout de même pu m'enpêcher de sourire à l'évocation du tonton pédago,  fort d'une très longue expérience dans le mammouth (l'éducation nationale) je peux te garantir que tes impressions sont très justes...ton blog est passionnantamicalementjean-marie

Marie-Laure 10/03/2007 18:22

Ia oranaLe mammouth,l'expression est très imagée mais bien remprésentative!Merçi pour tes comments,c'est très sympa.AmitiésMarie-Laure

:0038: @nne marie :0075: 08/03/2007 15:48

En te lisant, j'ai l'impression de revivre tous les moments subis lors du décès d mon premier mari. j'ai effectué toutes les démarches toute seule et cela est gravé à amais dans ma mémoire !   Bisous  @nne marie

Marie-Laure 08/03/2007 20:54

Ia orana,Dédolé de t'avoir remis en mémoire des moments douloureux.J'ai trouvé inhumain les formalités administratives si rapidement après le départ d'une vie.Cela m'a vraiment révolté.Je te souhaite une bonne journée et plein de bonheurAmitiésmARIE6lAURE