Mon père me tenait par la main chapitre 12

Publié le par Marie-Laure

Il est 3 heure du matin et toujours pas trouvé le sommeil.
Toujours les mêms visions dans mon esprit.
Papa.
Masque gris.
Détachement,abandon.
Ce masque fait dorénavant comme une barrière entre lui et moi.
Je ne le reconnais pas vraiment.
Trop de différence
Masque gris.
Visage gommé.
La garce!
Elle l'a invité à son bal masqué!
La saloperie!
Elle jubile!
C'est elle qui lui a offert cet accessoire morbide.
Il est à moi!Il m'appartient!
C'est ma marque,mon sceau.
Il a pris ma main pour la dernière valse.
Voilà ce qu'il m'hurle à la figure cette saloperie de masque!
Sueur!

J'ai trop chaud.
J'ouvre la fenètre de ma chambre et entrebaille les volets.
La nuit est claire.
Etoiles multiples.
Lueur lunaire.
Filets de fraicheur.
Si maman savait cela!
Elle est super trouillarde.
Peur de l'orage.
Je suis comme Papa,j'adore la violence d'un bon orage.
Je reste comme lui le plus longtemps possible dans le vent qui le transporte.

La première année où nou avons emménagé dans la propriété du Morvan,à Villeboeuf,nous avons eu un orage terrible.
Tempète de grèlee,grelons gros comme des oeufs de poule.
Eclairs zébrant l'air lourd et opaque d'agressivité.
Lumière jaunâtre,passée au tais d'un vitrail d'ambre.
J'étais scotchée derrière la baie vitrée,fascinée par ce déluge et ses ardeurs.
Seule!
Les enfants étaient en vacances chez leurs grands parents et Serge au travail sur Paris.
Les dégats ont été importants,la commune déclarée zone sinistrée.
Toiture comme bouffée par les mites,feuillages lacérés,griffés,arbres fauchés.
C'était en juillet.
Violence du ciel,beauté naturelle.

Ce soir,la nuit est calme.
Léger froufrou dans les sapins,ils abritent plusieurs couplesd'oiseaux.
Passage furtif d'une chauve souris.
Bruit d'eau étouffé.
Plongeon d'un poisson dans l'étang communal à coté de la villa.
Pas de chouette,pas de hérisson.
Quand une de ces bestioles traverse la pelouse ou l'espace près d'elle,aussitôt frisquette aboie frénétiquement.
Tout est calme.

La soirée a été tendue.
Véro et Fred sont venus,Véro est décomposée.
Nous nous sommes surveillés les uns les autres,tentant d'éviter les paroles qui apportent les larmes.

Souci de se ménager,on s'interroge encore et encore.
Comment cela est il possible?
Pas de réponse,un constat dévastateur.
Vanille m'inquiète,elle est tantot prostrée,tantot très exitée.
Sa maman lui a parlé,expliqué.
Elle a 10 ans et je me demande comment elle va encaisser cette épreuve.
Il faudrait qu'elle parle,mais c'est une enfant secrète,qui n'aime pas livrer ses soucis.
Pudeur.

Les appels téléphoniques se sont succédés.
La famille,les amis qui eux aussi s'inquiètent,pour maman.
Serge qui a longuement discuté avec elle.
Mon oncle Jojo et Arlette sont passés.
Envie de poser ma tète sur son épaule.
Cinq minutes,juste pour me reposer un peu.
Je me sens en affinité avec elle.
Peut-être que je pourrai lui parler?
Après,plus tard.Ce n'est pas le moment
 .
Mais je sais que le plus dur est à venir.
Quand maman va vraiment comprendre.
Quand elle aura absorbé jusqu'à la lie les visions qui continuent à me trotter dans la tète.
J'ai l'impression qu'elle surnage,qu'elle flotte dans une dimension parallèle.

Je suis retournée à l'hopital cet après midi.
Les formalités administratives.
Signature,paperasse.
J'ai avancé au radar,il faut que j'y retourne demain.
Décision pour les obsèques,déjà.
Des mots qui torturent.
Des mots qui détaillent ce que l'on ne veut pas admettre.
Des mots qui donnent un nom.
Une secrétaire au regard de coker triste.
On a du la choisir pour son physique.
Cetta dame,derrière son bureau,qui n'est pas concernée,sauf qu'elle doit absolument mettre un tampon sur son formulaire.
Sauf qu'elle doit imprétivement en remplir un autre pour le transmettre à une uatre personne qui n'en a ien à faire de Papa.
Il faudra apporter des vètements,pour votre père.
Je dois avoir un air affreux,elle s'adouçit.
-Avez vous choisi un service de pompes funèbres?
Merde,déjà ça!
Merde et merde.
Envie de l'inonder de grossièreté,vomir ma détresse,là soudain sur son bureau étriqué.
Je bafouille,je ne sias vraiment pas si Papa avait décidé quelque chose où même si maman  a envisagé cette éventualité.
PAPA NE DEVAIT PAS PARTIR.
Pour nous,c'était une évidence.
-Nous pouvons garder votre père pour l'instant,amis pas plus de trois jours.
Précision d'importance,j'ai bien besoin de cela,c'est sur!
Merde encore,j'ai envie subite de croiser les bras sur son bureau et de dormir.
Je parle en somnambule.
-Je vosu donnerai uenréponse demain.
Demain!
Je me suis presque enfuie.
Direction les toilettes,mes intestins se tordent. 
Pause dans le grand hall de marbre.
Je me suis assise près de la cafétéria,détaillant sans le voir l'acte de décès de Papa entre mes mains.
Acte de décès,c'est écrit là,noir sur blanc sur ce bout de papier.
Monsieur CURVAT Louis Raymond décédé ce 2 Mai 2003.
Parti!
Masque gris.
Visage de glace.

Service de neurologie,on doit nous rendre les affaires de Papa.
Salle d'infirmières,la même personne qu'hier.
Sourire discret,ça va?
Oui merçi,larme au coin des yeux.
Sur la table de fer blanc,un sac en platique.
Ce qu'il reste des affaires de Papa.
-Si vous voulez vérifier.
Vérifier quoi?
J'étais absente quand il est arrivé dans ce service.
Et puis,maintenant,quelle importance!
Lassitude.
Nous avons déjà rapporté à la villa les vètements qu'il portait le jour de son hospitalisation.
Une paire de basket.
Il jardinait quand il est tombé.
Une paire de chaussette.
Normal,il avait horreur d'être pied nu dans ses chaussures.
Un pantalon taché de terre,un tee shirt,un slip.
Rien d'anormal!
Dans ce sac aujourd'hui,c'est un peu un incentaire à la Prévert.
Une bombe de mousse à raser et des rasoirs jetables.
Maman n'a pas compris tout de suite!
Une paire de pantoufle.
Elle était très optimiste!
Un mouchoir à carreaux,une brosse à dent et un tube de dentifrice.
Terminé,la liste est close!
Dérisoir.
Tant de douleur dans un si maigre bagage.
-Votre papa est au sous sol,si vous voulez le voir?
Le voir!
Mon dieu,ce n'est pas possible,plus maintenant.
Le masque.
Si je regarde,je ne pourrai plus l'enfouir dans ma mémoire.
Je veux absolument retrouver son visage serein.
Il est là,dans un coin ,gommé pour le moment par cette horreur rigide.
Mais il est là,juste un peu embrumé.
Au sous sol.
-Dans notre service mortuaire.
Aie!Service mortuaire.
La morgue!
Et demain il faudra....
Demain.

Parking ensoleillé.
Un couple s'embrasse sous un magnolia en fleur,lui en pyjama,elle en robe légère.
Un avion passe,un peu bas,trop de bruit.
Ce son strident me donne un coup de fouet.
La voiture est retsée fermée à l'ombre,elle est assez fraiche.

J'ai roulé doucement pour rentrer.
Je ne suis pas préssée et de toute façon je ne roule pas vite.
A la Guadeloupe,on roule tranquille.
Les routes sont parfois en piètre état,mais les chauffards sont nombreux,agressifs et souvent racistes.
Oui racistes,n'en déplaise à certains.
Un de mes fils a vu un énergumène descendre de voiture avec un coupe coupe et venir vers lui très menaçant car lors d'une conduite accompagnée il l'avait serré d'un peu porès dans un giratoire.
Heureusement Serge était présent.
La campagne est lumineuse aujourd'hui.
En sortant de Bourg en Bresse,aprsè Peronnas en direction de Villars les Dombes,la route est bordée de chaque coté de platanes qui forment comme une voute.
Une longue nef de cathédrale végétale.
Ma grand mère aimait beaucoup traverser cette frondaison,surtout en automne.
Viennent ensuite les étangs aux eaux metalliques sillonnées des traces des cols verts,sarcelles et autres oiseaux ,la faune est si riche.
Les bordures de joncs hérissés où se cachent l'aigrette blanche,le grèbe huppé et le héron cendré.
Les prairies inondées où pataugent des chevaux à la robe couleur chocolat,à la crinière et la queue blonde.
Les fermes bressanes,spacieuse,opulente.
Pn sait que l'on arrive en vue de Villars lorque l'on apperçoit le volen larges cercles des cigognes au bec rouge.
Elles planent silencieuses,au dessus de la déchèterie.
A certaines périodes de l'année,il est plus aisé pour elles de trouver pîtance dans les déchets des gens que dans la nature environnante.

Hier soir,maman a appelé mon oncle Dédé en Guyane.
Il prend le premier vol disponible.
Elle a besoin de sa présence à ses cotés.
Mon oncle André est le troisième garçon,le troisième frère de Papa.
Il a fait des études,ecole normale.
Instituteur.
Marié avec ANdrée et oui,un fils d'un an  mon cadet Serge,fils unique.
Enfant capricieux,super gentil depuis son adolescence.
Je les accompagnais en vacances.
Serge venait chez mes parents.
Nous sommes une famille très famille,sans compter les mais des uns et des autres.
Famille ,tribue.








 

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:0038: @nne marie :0075: 06/03/2007 12:17

Moments de la vie, pas évident à vivre ! !  !:0059: Bizzzz! ! ! ! :0125:@nne marie

Jean M. MalouriÚs (Lambert Palis) 06/03/2007 11:15

bonjour, émouvant...rappel de souvenirs douloureux... mais c'est un beau récitamicalementJM

Mimisan 06/03/2007 06:22

Pas facile de bien parler de ces choses... tu as su le faire...Bises de Tokyo