Mon père me tenait par la main Chapitre 11

Publié le par Marie-Laure

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Curis au Mont d'Or.
Mes parents sont restés de 1959 à 1970.J'ai passé mon enfance dans ce petit village.
A peine sept ans et ils m'ont inscrite dans une école de bonnes soeurs.
Je n'avais jamais quitté mon cocon,j'étais une enfant solitaire et pas très aguérrie à la vie en communauté.
Mais je devais avoir la meilleur éducation!
Direction le pensionnat de Miribel.
J'ai peu de souvenirs,une grande coru avec des chataigners,un immense réfectoire,froid,en automne des chataignes au menu,depuis je ne les aime plus!
Un uniforme marine et blanc,la chorale et lenregistrement d'un disque,le mauvais temps.
Je n'ai gardé aucun souvenir de journée ensoleillée et pourtant,il y en a forcément eu.
Le manque de mes parents,de ma maison,de ma chambre,de mon chien Telka.
Les voyages chaque lundi.

Le lundi était jour de congé de mes parents.
Ce matin là,j'espèrais qu'ils ne se réveilleraient pas.
J'écoutais à travers la paroi de la porte la respiration de mes parents endormis.
Souvent j'étais réveillée très tôt tellement l'angoisse de partir me tenait.
Quand le réveil sonnait,c'était la fin de mes espoirs.
Pap pourrait m'emmener à l'école!
Je lui en voulais ces matins là!
Je lui en voulais parce que c'était lui qui me conduisait.
Il voyaiy bien que je ne partais pas de gaité de coeur.
Mais peut-être pas toujors.Nous partions souvent un peu à la bourre,moi qui trainais volontairement pour éloigner l'échéance du départ et mon père qui avait un mal fou à se sortir du lit.
Il devait se lever alors que c'était le seul jour où il pouvait souffler un peu,profiter de sa journée avec ma mère.
Et c'est moi qui l'obligeais à se faire violence,à sortir de son lit tout chaud pour faire des dizaines de kilomètres.
Mais je ne sentais que ma douleur,je me vautrais dans ma sensation d'abandon.
Egoistement,j'étais seule et je souffrais.

Désillusion!
Les soeurs les avertissent que je suis perturbée.
Je ne m'adapte pas au régime pensionnat,il faut qu'ils envisagent une autre solution.
Mes parents s'accrochent à leur école de bonnes soeurs,seule capable à leurs yeux de m'inculquer bonnes manières et savoir.
Pas question de me changer d'établissement en cours d'année!
La solution,une famille d'acceuil,un semblant de vie de famille.
Catastrophe,pour moi!
Les nonnes ont recommandé une famille,les Caillot.
Ils viennent de construire une villa,elle n'est pas tout à fait terminée.
La rémunération que leur versent mes parents sera un revenu supplementaire.
Le père est gentil,les enfants aussi.
La mère est en réalité une mégère,mielleuse et menteuse qui dirige la maisonnée à la baguette.
Envieuse,aigrie même.
Je suis une gosse de riche,elle me prend en grippe.
Remontrances sur mon cahier de notes,comme si cela était de son ressort,brimades,réfléxions méchantes,gratuites.
Elle me fait peur,me terrorise par moment.
Je fais encore pipi au lit,c'est son cheval de bataille,sa grande joie lorsque je me laisse aller pendant la nuit.
Une bonne raison pour satisfaire et justifier sa hargne.
Je dors mal car j'ai peur de mouiller mes draps,appréhension du lever.
Un soir,j'ai tellement peur qu'elle m'humilie encore une fois devant les enfants que je ne peux manger.
J'ai mal au coeur,impossible d'avaler la moindre bouchée.
Je suis anéantie devant mon assiette de potage.
Elle me force sous le regard désolé mais lache du père.
Résultat,nausée,je vomis la cueillerée  dans mon assiette.
Elle va recommencer,me refaire avaler ce que je viens de régurgiter.
Le lendemain,en allant à l'école à pied,à mi parcours je me suis arrétée face à une rue.
La rue rejoingnait la nationnale,la nationnale menait à Neuville sur Saône et de là j'étais proche de ma maison.
J'ai été tentée de renter toute seule,j'ai hésité craintivement.
Je n'étais guère hardie,heureusement je ne l'ai pas fait.

Fin de l'année scolaire,mes parents me changent d'école,mais encore des soeurs!
Le pensionnat de Montannay,mais je ne suis plus interne,seulement demi pensionnaire.
Soulagement!
Mon père m'accompagne chaque matin au car et revient me chercher le soir après l'étude.
Cours de piano,j'ai des copines,je deviens imbattable au ballon prisonnier.
Je me casse le bras en patins à roulettes,conséquence,j'arrète de sucer mon pouce,l'autre n'a pas le même goùt!
Je lis,je passe énormément de temps à lire,bonne élève,sage,disciplinée.
Une réveuse,une curieuse,un peu repliée sur moi,mais je suis très sociable.

Des amis,Pascal Bride,le fils d'amis de mes parents.
Ils sont rentrés du Congo,de Brazaville,couple d'anciens militaires.
Chez eux,c'est rempli d'art africain,deux énormes defenses déléphants qui doivent mesurer plus de deux mètres de long trônent de part et d'autre du buffet de la salle à manger.
Une autre,presque aussi longue,entièrement sculptée d'éléphants se tenant par la queue,les uns à la suite des autres,du plus gros au plus petit,orne le dessus de marbre de ce même meuble.
Tissus africains,queue d'éléphant chasse mouche,pied d'éléphant encore transformé en tambour,statues d'ivoire,d'ébène parsèment le salon,les chambres.
Tableaux d'ailes de papillons et d'insectes bizarres,peaux d'antilopes,poufs de cuir de buffle,mobilier de bois précieux.
Une autre culture,un autre univers.
Monsieur Bride est malade,cancer.
Pascal reste seul avec sa mère dans cette grande maison enfermée dans son parc aux arbres centenaires.
Ce sera mon petit ami de ma petite enfance.
On se coitoiera de près ou de loin jusqu'à l'age de dix huit ans.
Il se marie dans la région de Monpellier,une jeune femme au joli nom de Salomé,fragile.Un fils et la solitude,sa femme disparait dans un accident.
Sa mère le rejoint pour s'occuper de l'enfant,depuis plus de nouvelles.
D'autres amis,Alain Juttet et toute sa famille,des gens adorables.
Sa soeur Isabelle que je retrouverai bien plus tard au petit collège de Lyon,école de dessin,plus spécialisée dans la connaissance du travail sur la soie.
Une grand emaison pleine  d'enfants et du rire de la maman.
Madame Juttet,une femme charmante,beaucoup d'éducation,très érudite,passionnante.
Sa soeur,la tante Yvonne,précieuse,cultivée,irrésistible.
Monsieur Juttet.Ah!quand madame Juttet appelait Gabriel,que d'amour.
Une famille heureuse,brisée comme fleur coupée quand beaucoup plus tard,le petit dernier,Frédérique a été retrouvé noyé au bord de la Saône.

A Curis,il existe un chateau,comme on en voit dans les contes pour enfants.
Un beau chateau au milieu d'un pparc abritant une quinzaine de chevaux.
Dans ce parc,il y a une petite chapelle,minuscule,plantée au sommet de la colline qui surplombe le domaine.
Chapelle ouverte à tout vent,la porte n'existe plus,les murs sont recouverts  de peintures religieuses,le carrelage a disparu.
C'est le refuge des chevaux par temps de pluie,et encore,ils ne tiennent pas tous à l'intérieur.
Notre petite trouppe de gamins partait les jeudis après midi pour goûter près de la chapelle en été.
Pendant les vacances,un de mes cousins venait,Serge le fils de André,un frère à Papa ou Jean Marc,celui de ma tante Hélène.
On grimpait la rue qui montait au dessus de la boulangerie et après quelques maisons et centaine de mètres,on se retrouvait en pleins champs,sur les hauteurs.
On craignait les chevaux,mais ils nous attiraient comme des aimants.
Nous redescendions à travers bois,guettant le bruit des sabots dans les sentiers ,humant les sous bois aux relents de crottin.
L'un après l'autre nous faisions le guet pour traverser l'immense prairie qui donnait accès à la route.
On frissonnait d'appréhension à l'idée de voir débouler le troupeau en cavalcade dans les hautes herbes.
Souvent nous croisions les chèvres de la mère Carré,petite bonne femme fagottée d'une longue jupe,parfumée à l'odeur de ses biques,mais au sourire doux et accueillant.
Je n'ai jamais dégusté un fromage aussi bon que celui de la mère Carré.

Il me reste des clichés des ces années.
Des images en vrac qui s'échappent de ma mémoire.
Ma communion.
Marie-Jo,l'épouse de l'unique cousin de Papa avait confectionné mon aube.
Je suis perchée,silhouette blanche,dans les bras noueux d'un cerisier croulant sous les fruits rubiconds.
Toute la famille,conviée pour l'évènement,déguste les perles rouges couchée dans l'herbe épaisse sous les branchages frolant le sol.
Réunions de famille,nombreuses,festives.
Tous les enfants donnaient une représentation théatrale au moment du dessert.
Costumes,maquillage,chant et danse.
Le fournil est transformé en salle à manger pour tenir toute l'assemblée.
Le spectacle improvisé auquel les grandes personnes ne dédaignent pas de participer.
Ma soeur et moi,serrées sur le canapé,les yeux grands comme des soucoupes,nous regardons les premiers astronautes  marcher sur la lune.
La télévision!Bonne nuit les petits,Thierry la Fronde,Ivanohé.
Nous n'avions pas l'autorisation de veiller le soir,sauf pour La Piste aux Etoiles.
Journées passées avec Moncel,la ferme,la traite des chèvres,des vaches.On va au champ aux vaches.
Je me recasse le bras en jouant avec Marie-Hélène la fille de Moncel.L'énorme jument Gamine,dont le sabotssss lançaient des étincelles sur les galets de la cour.Son gros postérieur rebondi,j'aime les chevaux de traits,les rustiques,leurs  démarches cahloupés,leurs silhouettes épaisses.
Les torunées de livraison du pain avec Papa pendant les vacances ou le dimanche.
Il aiamit notre compagnie,Véro aussi l'a accompagné souvent.
Je me souviens d'un arbre,un murier,chevelure  de fines feuilles retombant au sol.
Je guettais la maturité des fruits noirs et juteux.
Cet arbre marquait l'entrée de Musée Ampère à Poleymieux.
Notre première chienne,Telka,un petit loulou papillon,une crème de boule de poil,caline et nous passant tous nos caprices.
Telka assise devany la porte de ma chambre.
Je suis très malade,une rougeole alors que je viens d'être vaccinée du BCG.Encore malade,une parathphoide.

En classe de neige,j'ai pris pour esquimau un glaçon qui pendait en stalactite du toit pentu d'un chalet!
Toutes les maladies possibles!
Ma pauvre maman nous a soignés de toues les maladies infantiles ma soeur et moi.Rien ne lui a été épargné.
Crépage de chignon ma soeur et moi.Elle est capricieuse,je ne suis pas patiente,avec elle du moins.
Peut-être un peu de jalousie de part et d'autre.


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Solenne 23/02/2007 16:55

Salut Marie-Laure, merci pour le petit mot dans notre livre d'or. Moi aussi je me suis baladée sur ton blog qui est très chouette. Tu nous fait rêver avec ces superbes photo de polynésie! Quant à notre mariage, ça approche à grands pas! J'ai hâte d'y être, mais il y a encore 1000 petites choses à préparer! A bientôt, Bisous à tous, Bye, Solenne

:0038:@nne marie :0010: 23/02/2007 12:59

     Bisous du vendredi      @nne marie

Sophie (Ti Taz sur OB) 23/02/2007 07:04

Merci d'avoir joué le jeu de "voisinage"! Tu es déjà sur la carte;-)Bonne journée à toi, bisous

Sofia 23/02/2007 06:04

je viens de lire votre dernier chapitre, mais il v falloir que je lise ceux que j'ai manqués...cela a du etre bien difficile et eprouvant cette periode en pensionnat et celle dans cette famille d'accueil avec cette femme( qui me fait penser à celle dans" Vipère au poing"je ne retrouvais plus votre site!je me demande commetn vous avez " attérit" dans ces îles...mais Paris, bien sûr est une ville polluée et agitée, en revanche, il existe des mometns privilégiés, comme les vacances scolaires, où la foule part, et là, on peut vraiment profiter de cette très belle ville, magnifique architecture, unique, les bords de la Seine sont egalement superbes. et on ne s'embête jamais car il y a toujours quelquechose à faire ou à aller voir. mais je prefere quand même la nature, dans 8 jours, je pars dans mon jardin, à Orléans, au bord de la Loire, et là, je vais me ressourcer, ce jardin appartenait à mon père et ce sont donc mes racines.. très bon week end à bientôt

:0038:@nne marie :0010: 22/02/2007 11:26

Coucou ma belle, beau témoignage ! ! Oserais-je te dire que nous avons déjà 30° sur le balcon et 39 au soleil ! ! L'hiver est fini ! ! ouf ! ! Bonne journée et gros bisous @nne marie