Mon père me tenait par la main Chapitre 10 suite

Publié le par Marie-Laure

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                   "Mon père me tenait par la main" Chapitre 1)

Maman sort sur le perron,chemisier jaune pâle et jupe noire à fleurs.
Mon dieu,un oisillon tombé du nid,encore cette vision.
J'emets un long soupir,il faut partir.

Parking de l'hopital de Flériat.
Les arbres ont laissé éclater leurs bourgeons et de fines feuilles vert tendre se balancent comme des plumes le long des rameaux.
Une tourterelle roucoule dans les branches au dessus de l'emplacement où j'ai garé la voiture.
Chant répétitif,lanscinant.
Le soleil s'amuse pourtant entre les branchages,pailletant le goudron de taches lumineuses.
J'ai l'impression d'aller au ralenti.
L'escalator,le grand hall aux carreaux de marbre brillant.
Je suis étonnamment calme.
Maman est littéralement accrochée à mon bras,il me semble que je la traine plus que je la soutiens.

Chambre de Papa.
L'infirmière en sort ,confuse .
_Pouvez vous patienter quelques instants s'il vous plait?
Machinalement nous répondons,oui bien sur!
Elle rentre de nouveau dans la chambre.
Maman recule et moi au contraire je m'avance pour regarder par la vitre de la porte.
Papa!
Papa est allongé sur le lit.
Les deux bras glissés sous le drap blanc.
Ce drap qui semble ne plus se soulever.
Plus de masque à oxygène,plus de tuyau.
Son visage est gris!
Gris,vraiment gris.
Un masque gris blafard.
Image figée.
La dernière danse s'est achevée!
La garce a saisi ses deux mains.
Ses deux bras.
Son corps tout entier.
Son esprit aussi.
Elle a tout emporté,tout ravagé,tout englouti !
Papa,le visage gris,est allongé dans les draps blancs.
Ses cheveux paraissent plus foncés sur l'oreiller
Il est parti....
Seul !
Oui seul !
Nous n'étions pas là !
C'est de ma faute,j'ai reculé le temps.
Je le sais maintenant.
J'ai reculé l'instant,trop,bien trop longtemps!

Mon souffle contre la vitre me revient glacé.
Je suis des yeux l'infirmière.
Elle borde consciencieusement les bords du lit,rectifie le polochon.
Je sens maman derrière moi.
Je me retourne lentement,la serre contre moi.
_Je crois qu'il est parti.
Elle m'interroge du regard,prunelles bleues pâles,presque décolorées.
Elle a tellement pleuré ces derniers jours.
_Je crois qu'il est parti.
Je répète en chuchotant  ces quelques mots comme une mécanique.
Ce n'est qu'un souffle entre mes lèvres,mais elle a compris.
Elle ferme les paupières,respire profondément.
Je sens sa poitrine se soulever brutalement.
Mon dieu,sensation de réellement me liquéfier de la tète au pieds.
Air glacé dans mes narines,bourdonnements dans les oreilles.
Maman tremble doucement entre mes bras.
Que faire,que dire...

L'infirmière ressort,on dirait qu'elle s'excuse.
Embarras.
Elle nous tient la porte,un plateau dans les mains pendant que nous franchissons le seuil.
Maman laisse couler ses larmes,juste une plainte.
Un soupir déchirant,une plainte lugubre.
Elle murmure"Mon chéri,mon chéri".
Elle a pris aussitôt une main de Papa entre les siennes.
Elles ne sont pas froides,pas encore.
Je frissonne à cette pensée.
Elle se penche et embrasse mon père sur le front.
Elle s'assoie,la tète contre le bord du lit,la joue droite sur la main de Papa.
Sanglots légers,petits souffles chauds sur la peau rugueuse de cette main qui l'a tant caressée.
Je ferme les yeux,vertige.
Je fixe mon père,ses lèvres minces sous sa fine moustache.
Le petit nez de Papa,qui fronce quand il sourit.
Les paupières closes sur une ultime pensée.
Son front à peine sillonné de rides.
Sa chevelure chatain aux fils argentés.
Les petites oreilles aux lobes bien dessinés.
Ce teint grisatre qui gache l'harmonie.

Merde!
Je dois sortir,c'est plus fort que tout,je dois sortir.
Je tapote l'épaule de maman,je sors.
Je m'appuie contre le mur face à la chambre.
Un mouvement sur ma gauche.
L'infirmière qui guette ma réaction.
Mon dieu,elle hésite,voudrait avancer vers moi.
J'avale péniblement ma salive,raclement de gorge.
Je me pince la naissance du nez,écrasant le larmes entre mes doigts.
Je lui suis reconnaissante qu'elle attende que je me reprenne.
Triste sourire.
_Je pensais que vous arriveriez à temps.
Il vient juste de nous quitter.
J'entend mais ne pense qu'à une chose.
Pourquoi Papa est il si pâle?
Déjà si pâle?
_Je vous remercie de votre appel,dis je sans vraiment m'en rndre compte.
Soudain je suis submergée par les larmes.
Elles montent d'un seul coup,en raz de marée accompagnées d'une vague de chaleur.
Je cherche un mouchoir dans mon sac.
_Voulez vous vous asseoir?
Je secoue la tète,non.
Grande et profonde inspiration.
Les vannes de mes yeux se referment brusquement,j'en suis surprise.
_Votre maman tient le choc?
Je lui réponds que pour le moment ça va,elle est completement anéantie qu'elle n'a encore aucune réaction.
Je recommence à fonctionner,mon esprit s'éclaicit.

L'infirmière se racle la gorge,je la sens génée,encore.
_Il faudra que vous repassiez cet après midi pour les formalités.
Elle grimace un sourire.
_Je suis navrée,mais je pense que c'est vous qui vous en occuperez.
J'opine.
_Vous pourrez également prendre les affaires de votre père.
Oui bien sur ,ses affaires.
Merde alors.
De nouveau les larmes affluent.
Je renifle un grand coup et me tamponne les narines.
_Oui,je reviendrai cet après midi.
Je ferme les yeux.
_Dois je apporter quelque chose?
Je me sens tiré par le bras et assis sur une chaise.
Froid,papillons noirs !
Je dois être blanche comme un linge,elle me regarde bizarrement.
C'est passé,le malaise est passé.
Je dois reprendre des couleurs car elle s'éloigne de moi.
_Oui,il faut le livret de famille de votre Papa.
Il faut que je retourne vers maman.

Elle n'a pas bougé,immobile ,figée dans sa douleur.
Mes yeux se posent sur le dessin de Vanille scotché sur le mur en face du lit.
Délicatement,j'enlève les bandes adhésives.
Je plie soigneusement le dessin en deux et le fourre dans mon sac.
Je sais déjà c que je vais en faire.

Un rayon de soleil effleure la table de nuit.
Reflet des chromes.
Ciel uni,pas un nuage.
Le vide dans le ciel.
Il est parti sous le soleil.

Le temps est suspendu.
Maman n'a toujours pas bougé.
Je suis perdue dans le bleu du ciel.
Je ne pense à rien,me souvien de rien.
Le vide,je ne me rappelle pas.
Combien de temps sommes nous restés ainsi?
Je regarde ma montre,onze heure.
Je m'approche de maman.
Je ne sais pas pourquoi,mais j'ai l'impression qu'il faut que je l'enlève de cette chambre.
_Il faudrait rentrer,prévenir Véro,Thomas,tout le monde.
Elle se lève lentement,je suis étonnée par son calme.
J'ai soudain peur qu'elle ne resiste pas.
Elle embrasse Papa avant de quitter la chambre.
On sort en se tenant par la main.

La chaleur  sur le parking nous réveille.
J'ouvre les portières avant pour enlever la touffeur de l'habitacle.
On attend sous l'ombre,chacune perdue dans la détresse.

Retour à la villa,maman s'installe dans un fauteuil au salon.
Elle est KO,abrutie par le chagrin.
Elle n'a aucune réaction,elle pleure en silence.
Je téléphone,en premier à Véro,car elle doit passer à l'hopital en début d'après midi.
J'appelle Fred à son travail,à la patisserie.
Il vaut mieux que ce soit lui qui parle,il faut qu'il soit à ses cotés.
J'ai tellement peur qu'elle s'effondre.
Une dame me répond et je demande à parler à Fred.
_C'est Marie.
_Oh et alors?
Impossible soudain de dire un mot.
Il me secoue.
_Alors qu'est ce qu'il y a?
_Papa est parti,il faut que tu le dises à Véro.
Petit silence,je sens qu'il encaisse le choc.
_Ok,je rentre,t'inquiète pas.

Deuzième coup de fil.
Arlette,l'épouse de Jojo,le petit frère de Papa.
Je ne peux pas lui annoncer non plus,son coeur.
J'appelle la clinique du Tonkin où elle travaille.
Arlette comprend tout de suite.
_Et vous ça va?Ta maman?
Je la rassure.

Troisième appel.
Thomas.
Je ne sais pas si il est levé.
C'est Thérèse qui me répond et comprend aussitôt elle aussi.
Je dois avoir une drole de voix.
La sienne se noie dans un sanglot.
On pleure,chacunne de notre coté.

J'ai passé près d'une heure à téléphoner et je ne me rappelle même plus qui j'ai appelé.

Serge.
Il est trop tôt encore.
Et puis j'ai vraiment besoin d'être tranquille pour lui parler et l'écouter.
Tout à l'heure,ce soir.

Je suis vide.Ce soir.


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:0038: @nne marie :0010: 15/02/2007 08:00

 Un grand bonjour matinal et gros bisous de la terre des pharaons ! ! !      @nne marie