Mon père me tenait par la main Chapitre 10

Publié le par Marie-Laure

(Pour connaitre le début du livre,revenez en arrière en cliquant sur Mon père me tenait par la main)
 2 MAI
Le téléphone me réveille.C'est l'hopital de Flériat.
Hier soir,j'ai rappelé l'infirmière pour savoir si l'état de Papa était stationnaire.
J'espèrais quoi?
Peut-être un changement,mais rien,toujours rien!
J'ai demandé à l'infirmière qu'elle nous tienne au courant dès que quelque chose,quoi au juste,je ne sais pas,quelque chose!
Ca veut tout dire et rien dire en même temps,un miracle ou le naufrage,le coup de grace ou la rémission,tout ou rien.

Fatigue,j'en ai marre,je suis lasse.
Envie dérisoire de pleurer,comme si cela allait arranger l'état de Papa ou le notre!
Quelle stupidité!
Ecoeurement,nausée,dégout,envie de baisser les bras.
Me coucher,me pelotonner sous la couette et dormir,dormir.
Tenter de dormir,et me réveiller plus tard,beaucoup plus tard...
Quand la tempète sera passée,quand le beau temps sera revenu,quand tout aura repris sa place.
Faire la marmotte au chaud,attendre le redoux,le printemps.
Effacer ces quelques jours d'angoisse et revenir en arrière,gommer le problème,Papa de nouveau debout,en pleine forme,un bouquet à la main dans un champs de jonquille!
Serge qui est loin de moi,ses bras,son souffle,son corps.
Merde,fatigue,envie de lui,de me noyer dans se bras.
Merde et merde,j'ai quoi là!
Rien,je suis seule,loin de l'unique personne qui peut m'apporter l'apaisement.
Et cette angoisse,toujours la même,nocive,caustique.
Un acide à effet progressif qui m'attaque le cerveau,voilà que je commence à pleurnicher sur mon sort alors que maman est terrorisée au fond de son  lit!
Quelle idiote je suis,Serge est loin,mais là,vivant,rieur,douceur de la chaleur de son corps,yeux qui pétillent.
Il faut que j'arrète,je me fais plus de mal que de bien à réver à mon mec comme ça.

Je me suis endormie très tard,longue discusion au téléphone avec Serge.
Baume sur mon esprit,sang neuf dans les veines.
Je me suis endormie très tard avec un bouquin dans les mains.
Je lis une biographie de Ramses III.
J'adore l'Egypte ancienne,pas celle encore récente de l'époque romaine,non plus loin,celles des vrais égyptiens,avant l'an Mille avant JC.
J'aime l'égypte ancienne,mais au sens primaire d'aimer,comme faisant partie de mon moi intérieur.
Aimer,avoir des fibres d'émotion,de sentiment,de familiarité,d'affinité.
Un désir,le Musée du Caire.
Pas les circuits touristiques classiques,trop de monde,trop de bruit,toute cette agitation anéantirait mon plaisir d'être là.
Ce que je veux,c'est toucher des yeux ce que les anciens égyptiens caressaient de regard.
Froler des yeux ce qu'ils touchaient du doigts.
Uniquement ce qu'ils pouvaient voir et non toute cette pollution que le tourisme a engendrée sur ces lieux magiques.
Je me veux les yeux dans l'objet dans la vitrine,faire abstraction de la paroi de verre et voir,incruster sur ma rétine ce qui s'est refleté dans les prunelles des pharaons,de leur entourage et de leurs sujets.
Avoir la vision,uniquement la vision,nette,limpide.
Ce serait un plaisir intense et je sais pertinemment que je vais pleurer lors de ce contact avec l'au delà.

Le téléphone sonne,ce'st l'hopital.
Regard sur mon réveil,il est à peine 6 heure.
L'infirmière mme dit "bonjour.
Bonjour,rien qu'à la voix,j'ai tilté,ce n'est pas un bon jour!
_Je crois que vous devriez venir dés le début de la matinée,votre père n'est pas très bien.
Merçi,voilà que je dis merçi à cette personne qui me ravage l'esprit et le coeur dés ses premiers mots.
Je me pince les lèvres.
Merde!
Je prends conscience que je n'ai jamais autant juré de ma vie,cela ne m'arrive jamais habituellement.

J'entre doucement dans la chambre de maman.
Petite odeur de moisi,cela vient de la tapisserie.
Il y a quelques années,la maison a subi des remontées d'eau dans le vide sanitaire,la tapisserie a moisi sur une hauteur d'environ un  mètre dans la chambre de mes parents et le couloir qui mène au garage.
Mon père a attendu que les murs sèchent,soit disant,pour changer le revètement mural,sauf qu'il ne l'a pas fait,par soucis d'économie,il a remis constamment la rénovation de la chambre.
Il reste une odeur un peu sure,acidulée et des auréoles noiratres,des fleurs malsaines sur le papier.
Je vais retapisser cette pièce dés que possible.
Apparemment maman n'a pas entendu la sonnerie.
Je m'approche et cette fois son visag ensommeillé se tourne vers moi,interrogatif et surpris.
8

_C'est l'hopital,il est 6 heure,il faudrait aller voir Papa vers 8 heure.
Pourquoi j'ai dit cela,8 heure!
Je recule,je le sais maintenant,j'ai reculé,pourquoi?
Instinctivement,peur,j'ai imposé cette attente,ce délai,j'ai tellement regrétté ensuite.
_Je me prépare et on part dans une heure,d'accord?
Je ressors quand elle opine de la tète,résignation.
Est elle encore endormie ou a t elle compris?
Lachement je n'attends pas vraiment sa réponse.
Je frissonne dans mon paréo et vais prendre une petite laine dans ma chambre,une veste toute douce genre angora que ma tante Arlette m'a prétée.
Direction la cuisine,la théière!
Impossible d'avaler quoi que ce soit de solide.
Je monte mon bol fumant dans les mains pour prendre une douche bien chaude.J'ai horreur de l'eau froide.

Maman est dans la cuisine,les yeux dans son mazagran,tournant la cueillière dans le thé.
Elle lève vers moi un regard tragique,je sens des larmes poindre sous mes paupières.
Mince!
Pour masquer mon désarroi,je me mets derrière elle et pose mes mains sur ses épaules.
Ses doigts lachent la cueillière pour enserrer les miens.
Nous sommes soudain anéanties,elle et moi,liées dans la même dérive,une bourrasque de peur qui nous submerge en un instant.
Je dépose un baiser sur sa joue.
_Tu te prépares?
Elle hoche la tète,impossible de parler.

Je vais sortir la voiture du garage.
Dehors il fait doux,je porte un pantalon et un bustier blanc.
Blanc,la couleur du deuil dans de nombreux pays!
Quelle pensée!
Frisquette me jappe sa joie de me voir en tirant sur sa chaine.
Je vais la flatter un peu,elle adore ça,j'enfonce les doigts dans les poils de sa gorge,là où la fourrure est la plus dense,la plus douce aussi.
Pelage noir et blanc au fils soyeux.
Elle se couche dos contre le sol,balayant la poussière de sa queue touffue.
Elle ressemble à la dernière chienne,ma douce amie,ma doudou,celle qui est partie en avril 2002;
Et voilà que je pleure,larmes sans sanglots.
Bon sang,heureusement que je n'ai guère de maquillage.
Je me ressaisis en attrapant la cassserole d'eau près de la niche et jette ce qu'il reste dans les lauriers de la haie.
Mon geste vif et les quelques gouttes font fuir en myriades une nuée de moucherons.
Je rentre au garage nettoyer la gamelle de Frisquette et lui rapporter de l'eau fraiche en même temps qu'une portion de croquettes et un reste de fromage que j'ai trouvé oublié dans un coin du frigo.
Je regarde ma montre,mince,7h45,je ne pensais pas avoir autant révassé.

Tout va de travers.
Cette nuit, minuit,Geffroy mon fils qui est à Marseille m'a appelé.
Crise d'angoisse,besoin de calin.
Je sui à Villars ,il est à Marseille,dur pour les calins.
Notre conversation a duré une heure et demi,en fait c'est surtout moi qui ai parlé.
Il ne va pas bien,sa Céline lui manque,il ne comprend pas ce qu'il a pu faire pour mériter ça.
Il culpabilise,mais ne trouve pas sa faute.
Il pleure de longs sanglots retenus,douloureux.
Adoucir sa peine,le bercer de mots,lui dire je t'aime,mon pauvre coeur,il est si mal en point,si loin de moi lui aussi,j'en suis malade!
En plus,le soucis de son grand père lui prend la tète.

Il est très proche de ses grands parents.
En 1982,le jour del'anniversaire de maman,le 4septembre,j'ai quitté le père de Geoffroy pour partir avec Serge.
J'ai laissé une simple lettre sur la table de la cuisine.
J'avais assez encaissé et personne ne savait rien de ma vie.
Stupéfaction!
Mais ras le bol,dégout,je suis partie,je ne supporte pas que l'on utilise les gens,l'arrivisme.
Nous avons déposé Geoffroy ches mes parents,sa mamie adorée.
Des vacances pour lui,un soulagement pour moi.
Il a pu traverser les problèmes du divorce sans heurts,en douceur,à l'écart,protégé.
Il est retsé presque deux ans avec mes parents,puis Garry est né,nous nous sommes mariés,avons déménagé de Paris pour une grande propriété dans le Morvan.
Le calme est revenu,nous avons demandé la garde de Geoffroy.
Serge a fait le premier pas,il était demandeur lui aussi.
Geoffroy est revenu auprès de nous,enfin!



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