Mon père me tenait par la main fin du Chapitre 9

Publié le par Marie-Laure

(pour lire le début du livre,revenez en arrière au début de Mon père me tenait par la main)

Celui qui se présente en temps que chef de service se racle la gorge.
Il avoue!
Il avoue son impuissance!
Nous ne pouvons rien faire,nous sommes dans une impasse!
Pourquoi,pourquoi?
Le scanner,les dégats occasionnés par ce scanner,besoin d'une dialyse,impoossibilité de la pratiquer.
Et tout le reste.
La liste est longue,c'est un enchainement de circonstances,un problème en entrainant un eutre,une boule de neige qui devient avalanche!
Maman se tait,le nez dans son mouchoir.
Véro se serre un peu plus contre Fred qui l'entoure davantage.
Je regarde le toubib,ses paroles résonnent encore comme le tympan d'une cloche sur les os de mon crane.

Pourquoi ne peut on rien faire?
L'oxygène,s'il pouvait respirer normalement,il fatiquerait moins,il reprendrait des forces.
J'essaie d'être logique.
Oui,bien sur,mais on ne peut plus augmenter,la dose est à son maximum.
La seule solution serait de l'intuber.
L'intuber!
Pratiquer un trachéotomie,le mettre sous respiration artificielle.
Et alors,pourquoi ne pas essayer?
C'est la solution,mais dans le cas de votre père,elle n'avance à rien!
Ah!
Silence de plomb.
Pourquoi,encore pourquoi?
Et bien un autre problème,les reins,ils ne fonctionnent plus et votre père ne peut supporter une dialyse.
Nous devons le fixer avec des yeux de déterrés car soudain le médecin ralentit son discours,sa voix devient plus douce,presque tendre.
Il semble qu'il ait subitement réalisé qu'il nous foudroyait debout.
Bien sur,nous pourrions mettre votre Papa sous respiration assistée,mais cela deviendrait alors définitif,nous ne pourrions prendre le risque de le débrancher.
Je demande si son état pourrait ainsi s'améliorer.
Et bien,il ne lutterait plus pour s'oxygéner,reprend le toubib,mais les dégats subis sont irréversibles,son cerveau a été très endommagé,tel vous le voyez.....
Un instant il s'interromp,soupir.
Tel vous le voyez,tel il restera!
Un mot fait soudain surface dans mon esprit.
L'acharnement thérapeutique,voilà,nous y sommes!
Le message de la neurologue s'inscrit en flash ,lettres rouges quelque part dans ma tète.
Je réalise,soudain,les voilà les points sur les i.
Ils veulent nous laisser choisir.
Merde,c'est trop,nous devons décider du sort de Papa!
Que va-t-il se passer si vous ne tenter rien?
Il faut que l'on sache;
Les deux hommes en blouses blanches échangent un rapide regard.
Votre père va s'éteindre tout doucement,peu à peu.
Réponse nette,claire;
Le constat,tranchant comme un couop de scalpel.
Et si vous l'aidiez?
Nouveau regard entre eux.
L'anesthésiste reprend la parole.
Nous ne pouvons pas l'aider,le soulager,momentanement,mais nous sommes impuissants à améliorer son état.
Pendant quelques secondes,le silence s'installe.
Je vais être très clair,reprend il.Nous risquons de le faire souffrir inutilement.
Le faire souffrir?
Croyez vous qu'une trachéotomie soit sans conséquence,c'est un acte chirurgical,douloureux,et dans le cas de votre père très éprouvant pour un résultat quasiement nul,nous voulons être certain que vous avez bien compris cet aspect du problème.
Le silence encore.
Alors que reste il?quelle solution?
Soupirs....
Nous sommes vraiment désolés,mais nous n'avons aucune solution .
Il se racle la gorge une nouvelle fois.
C'est vous qui devez faire le choix,tout tenter,mais au risque de le faire souffrir  et sans résultat nous en sommes certains.
Il fait une pause.
Où bien le laisser tranquille.
Nouvelle pause.Ses mains se nouent et se dénouent.
Votre père a trop souffert,son organisme ne peut reprendre le dessus,même si nous arrivons à régler ce problème d'oxygénation,il existe tout le reste.
Il se passe une main dans ses cheveux coupés courts.
Et là,nous sommes dans une impasse,comme je vous l'ai dit.
Muets,nous sommes muets,KO.
Voyez vous,dans le meilleur des cas,si votre papa avait récupéré après cette attaque et bien il restarait paralysé,d'un coté,il ne pourrait parler,mais il serait lucide et devrait avoir une assistance de tous les instants car il devarit probablement rester alité.
J'ai l'impression qu'il parle à des demeurés.
Mais malheureusement,votre père,votre mari,Madame.
Il s'adresse pour la première fois à maman.
Malheureusement,il n'a pas cette chance,son état s'est dégradé rapidement et va continuer progressivement,il va peu à peu s'endormir.
J'avale péniblement ma salive.
Il ne va pas souffrir,vous en êtes certain?
Oui,nous en sommes sur,il va nous quitter lentement,sans s'en rendre compte,paisiblement.
Il s'interromp,voulant sans doute nous laisser le temps d'assimiler ses paroles à défaut de les admettre.
Maman lèves vers lui des yeux rougis.
Vous en êtes réellement certains,il n'y a aucune issue,rien?
Oui Madame,nous pouvons vous l'affirmer.
On se regarde tous les quatre,impossible d'en dire davantage.
Je ferme les yeux,profonde inspiration.
Quand devons nous vous répondre?
L'anesthésiste hésite,baisse le regard,jette un oeil sur son collègue,puis fixant maman et chacun de nous,il pose ses mains,paumes en l'air sur la table.
Impuissance!
Maintenant,il nous faut votre décision aujourd'hui,je suis navré.
Déjà,tout de suite!

Je regarde par la fenètre,un morceau de ciel en toile de fond,ciel bleu,juste un duvet de nuage,fait une petite tache immaculée.
Le vide,le ciel est vide,radieux mais immobile.
J'ai les yeux qui me piquent,je respire un grand coup.
Je sens soudain la main de maman dans la mienne,elle a bougé,je me rends compte que je la sers trop fort.
Véro pleure sans bruit contre la poitrine de Fred.
Maman respire dans son mouchoir humide.
Les deux docteurs attendent,l'un assis derrière un bureau,bras croisés,l'autre debout derrière lui,mains dans les poches de sa blouse.
Ils attendent,conscients de ce qu'ils demandent.
Ils sont vraiment empreintés,pas génés,mais mal à l'aise c'est sur.
Ils ont certainement envie que cette attente se termine.
Maman se tourne vers ma soeur,puis vers moi.
Interrogation.
Que puis je dire,on connait la fin de la tragédie avant son dénouement maintenant.
Mais que faire?Que dire?
_Laissez le tranquille.
Maman a pris la parole d'une voix monocorde.
_Inutile de l'ennuyer davantage,surtout ne lui faites pas de mal.
Elle a parlé tranquillement,en détachant ses mots.
Les toubibs font un signe de tète,en même temps.
Vague détente sur leurs visages.
Leur soulagement est palpable.
Quelques instants en suspension,l'image est sur pause.
_Nous vous tenons au courant
Ils sortent.
Nous restons,anéantis,face à face,sans rien dire!

Maman se lève à son tour,elle retourne auprès de Papa.
L'infirmière nous rejoint.
Pitié,nous devons faire pitié,elle nous sourit craintivement.
Embarras.
Apparemment les deux blouses blanches lui ont fait part de la décision de maman.
_Je vous rappelle dés qu'il se passe quelque chose.
Gène.
Je suis complètement hors service,déconnectée.
J'entends,je réponds,quoi,je ne sais plus.
Je me retrouve dans le couloir,on se dirige vers la chambre.
Maman a repris sa place,Papa s'acharne à respirer.
Le temps passe et je ne m'en rends pas compte.
Je reprends mes esprits sur le parking.
Peut-être le petit vent léger qui balance les branches au dessus de moi.
Peut-être le crissement des pneus d'une voiture sur les graviers.
En partant,Véro s'exclame_Tu parles d'un anniversaire!
Je risposte,ne dis pas ça,je suis à des années lumière de son anniversaire,pas le moment.
Et puis stupidement,sans réfléchir,quand elle s'éloigen,je lui lache les mots de circonstance,c'est ton anniversaire quand même.
Quelle idiotie,n'importe quoi,pourquoi,parce qu'elle en a parlé?
Je ne sais pas,je ne sais plus.

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:0002:@nne marie :0010: 02/02/2007 13:32

Je t'embrasse et t'envoie mille bises du pays des pharaons !     @nne marie  
 

:0002:@nne marie :0002: 01/02/2007 13:49

Parfois les choix sont difficiles et puis il faut bien se dire que les médecins ne sont pas le bon Dieu ! ! !  Pour mon père, je pense qu'avec les moyens actuels, cela se serait passé d'une autre façon mais nous étions en 1967 et nous faisions avec les moyens mis à notre disposition.     Bisous de la mer rouge   @nne marie