Mon père me tennait par la main chapitre 8 suite

Publié le par Marie-Laure

Curis,un nouveau terrain de jeu.
L'école primaire avec une maitresse sévère,madame Gamboni,je m'en rappelle très bien.
On taillait nos crayons  grâce à un énorme engin posé sur son bureau.
Je tenais pour récompense de pouvoir me lever en plein cours et d'utiliser cet étrange appareil.
L'école et ses kermesses,ses séances de cinéma et ses bals masqués.
Maman se faisait emmener par mon père à Lyon avec une amie,madame Bride,qui avait un fils de mon age,Pascal.
Elles allaient choisir des costumes pour nous.
Je me souviens qu'une année nous avions remporté le premier prix,nous étions un couple de marquis et marquise.

Mes parents avaient de nombreux amis et connaissances.
La boulangerie était l'un des deux endroits du village qui possédait le téléphone et les clients bavardaient en attendant leurs communications.
Epoque où l'on prenait le temps de se parler autour d'un café.
Mon père a rapidement connu une notoriété certaine.
Son pain,son savoir faire étaient reconnus.
Curis et le village un peu plus haut dans les collines,Poleymieux,éraient le lieu de villégiature de nombreux lyonnais aisés.
Le pain et les patisseries de mon père étaient régulièrement servis sur les tables de la capitale des Gaules.
Mon père a toujours eu une réputation d'honnète homme et d'excellent artisan.
A plusieurs reprises,je l'ai appris plus tard,il a été sollicité pour encadrer des projets d'envergure,mais à chauqe fois il a préféré son indépendance et sa passion,sa boulangerie.
Peut-être aussi trouvait il que les responsabilités qu'il subissait étaient suffisantes.
Et puis il n'aimait pas se mettre en avant,toujours modeste,trop peut-être.

Le travail est dur,travail de nuit,sans le matériel sophistiqué d'aujourd'hui.
Livraison après les heures passées devant le four,pour apporter le pain croustillant et odorant dans les villages et quartiers reculés.
Et cela,hiver comme été,malade ou bien portant.
Je n'ai jamais connu mon père alité,toujours au rendez-vous dans son fournil.

Mes parents ont modernisé le laboratoire,investi.
Quand ils sont entrés dans les leiux,il existait un ancien four à bois.
Le fournil était très vieux,vétuste même,avec son four aux briques effritées et disjointes.
La farine et la crasse mélangées avaient rendus les murs lépreux,comme une vieille peau frippée et recouverte de pustules égratignées.
Le nouveau laboratoire est spacieux,aéré et un four étincelant de tous ses chromes trône dans un des angles.
L'appareillage est flambant neuf,les plans de travail de marbre blanc et une grande douche a trouvé sa place derrière le nouveau four à mazout.
C'est vraiment un fournil dernier cri!
Je sais qu'ils ont fait appel à un préteur,un usurier plutôt,car mes parents ne pouvait pas emprunter à la banque.
Le prèteur était un bijoutier de Bourgoin Jallieu,je crois,un sale type prétentieux.
Je me rappelle avoir accompagné mon père.
Maman était plus tranquille lorsque je faisais le trajet avec lui car Papa était fatigué après sa journée de travail te elle craignait qu'il ne s'endorme au volant.
Ce monsieur avait reçu mon père comme si c'était un moins que rien,à la va vite de mauvaise grâce,alors qu'il venait lui apporter un remboursement.
Cette visite m'avait mis mal à l'aise.Papa avait serré les dents et froncé le sourcils.
Je me souviens d'un grand chien de faience,un lévrier,figé dans l'escalier montant à l'appartement.
Cet homme sec et sévère,au regard de chouette avec ses lunettes cerclées d'or me déplaisait.
J'avais compris son mépris§
Papa,qui prenait sur ses heures de sommeil pour nous emmener au cinéma dés qu'un nouveau Walt Disney sortait sur les écrans.
Papa qui s'est passé de jours de repos parce que je voulais savoir à quoi ressemblait la mer.
Il a fait monter sa petite famille dans le break et direction les Saintes Marie de la Mer.
Il a été récompensé de sa peine par une répartie de ma petite soeur qui a fait le tour de la famille.
Véro a demandé où était passée la mer quand elle s'est trouvée face aux vagues qui lui léchaient les pieds.
Papa lui a montré l'étendue d'eau en lui disant:"elle est là partout".
Ma soeur l'a regardé d'un air navré et lui a répondu:"oh!alors elle est tombée dans l'eau!"
Papa qui nous a permis de satisfaire notre curiosité,visites de grottes,de mudées,de monuments,de zoos,de restaurants également.
Tout cela empiétant sur son propre bien être,sur son sommeil.

Pendant les vacances,mla soeur reste avec mes parents et sa Moncel et j'ai le privilège de m'installer chez mes grands parents à Villars les Dombes.
Je retrouve un autre monde.
La grande cave fraiche et sombre où ma grand mère remise les denrées pour son épicerie,les caisses de vin,de limonade,les cartons de sel,de sucre,de gateaux,les boites de conserve.
Une immense cage grillagée abrite certains produits des attaques des insectes.
On y trouve pèle mèle les fromages,les oeufs,les patés,le beuure dans un linge humide.
Sur une poutre,au milieu de la cave,s'aligne un régiment de jambons,de saucisses et saucissons.
Cette antre de marchandises projette à vos narines un mélange extraordinaire et hétéroclite dés que l'on franchit le seuil de terre battue.
Vient ensuite la remise,vaste entrepot adossé à un angle de deux grands murs de moellons et ouvert sur les deux autres cotés,l'un sur le jardin potager,l'autre sur la cour et le jardin aux fleurs.
C'est là le domaine de mon grand père.
Il y a la réserve de charbon et le tas de bois pour l'hiver.
Les caisses vides qui attendent d'être retournées aux Docks Lyonnais lors de la prochaine livraison et qui servent à ériger des murs lorsque je joue aux chevaliers avec mes cousins,une épée de bois à la main.
La réserve de sabots juste ébauchés dont mon pépé assure la finition dans son atelier devant la cuisine.
L'atelier de pépé,un univers d'odeur là encore.
Odeur subtile des copeaux enrubannés aux couleurs de miel qui paillettent le sol entre les pieds de la chèvre.
La chèvre est un établi de bois qui ressemble de très loin,je dois l'avouer,à cet animal,mais sans tète.
On aurait pu le baptiser le mouton ou la vache!
Odeur plus agressive de résine,on a l'impression de respirer dans une boite de pastille pour le rhume.
Odeur de cuir des protections que l'on cloue sur le sabot au niveau du coup de pied.
Odeur de métal des outils allignés contre le mur et des clous dans les cartons sur l'étagère.

Plus loin,ce sont les jardins,jardin de fleurs,puis celui de légumes où malgré tout quelques touffes fleuries viennent égayer les allées de terre bordées de galets ronds.
Galets ronds et blancs que je soulève pour découvrir les tunnels des fourmis dont c'est le branle bas de combat dés que la lumière du soleil tombe sur les minuscules tranchées.
Je regarde leur empressement à mettre à l'abri les cocons blanchatres et translucides des oeufs épars.
A l'aide d'une fine baguette,je fouille les entrailles de la fourmillière,toujours étonnée par l'énergie de ces petites bestioles.
Je me lance dans la capture des papillons,armée d'un bocal de verre et de son couvercle,embusquée,immobile près des corolles alléchantes.
%a patience est souvent récompensée et j'admire les ailes de mozaique à travers la paroi de verre avant de relacher l'insecte.
Pratique de la chasse ou plutot de l'extermination des doryphores.
Ma grand mère m'embauche pour débarrasser ses pieds de pommes de terre de ces ennuyeuses bètes aux élitres rayées.
Nourrissage des lapins.
Je pars avec mon grand père dans les prés environnant,un panier sous le bras.
Souvent il emmene avec lui son attirail de pèche pour la grenouille,une canne à pèche armée d'un long fil au bout duquel est attaché une peau du fameux batracien et une épuisette en toile de jute pour le recueillir dés sa sortie brutale d el'eau et qui sert de bourriche en même temps.
Je suis presquepartout mon pépé.
Lorsqu'il est appelé pour la pesée de charettes de céréales ou de bestiaux,alors là en secret,j'espère que ces derniers réussiront à s'échapper et que l'on pourra assister à une course poursuite sur la place de la salle des fètes,car chaque fois c'est une grande partie de rigolade.
Cueillettes du muguet,des mures,des champignons,des chataignes,des simples,nous partons souventdans la campagne avoisinante.
Partie de pèche au bord de la Chalaronne,promenades au cimetière pour arroser les plantes sur les tombes,je circule entre les allées de gravier,attirée tel un aimant par les stèles blanches miniatures du carré réservé aux enfants.
Je ne comprends pas qu'un tel lieu puisse abriter des enfants,des vieux oui,mais c'est tout.
Ma grand mère m'explique à cause de mes questions répétées pourquoi un de ses fils est dans cet endroit.
Le cimetière est pour moi comme un livre d'image.
Les tombes anciennes,et en particulier celles des soldats de la première guerre mondiale.Elle porte une photo de celui qu'elle abrite,camaieu sépia,visage craquelé,figé sur la colonne brisée qui transperce la dalle grisatre.
Les costumes,les moustaches,les uniformes avivent ma curiosité et souvent en rentrant je me précipite vers le placard aux livres pour me plonger dans des recherches.

Quand j'ai eu sept ans,je crois,une piscine a été construite à Villars.
Nouvelle activité!
Tous les jours de beau temps,ma bouée  et mon maillot de bain dans un sac de toile,une pièce dans la main pour payer mon entrée,je me dirige vers cet oasis.
Ma grand mère connait le maitre nageur,c'est également le professeur de sport du collège et elle m'a recommandée à lui pour veiller sur moi en particulier.
J'apprends à nager,seule,dans le bain moyen,bassin de 25m sur 15.
J'ai commencé en ayant de l'eau aux genoux et chaque jour j'ai progressé un peu plus jusqu'à ne plus avoir pied.
Ensuite deuzième phase,j'ai dégonflé petit à petit ma bouée rouge d'un coté et blanc de l'autre.
Pendant plusieurs jours j'ai continué à nager la bouée complètement aplatie autour de la taille avant d'oser demander au maitre nageur de me faire passer un test qui me permettrait d'obtenir l'autorisation de me baigner dans le grand bain!
J'ai réussi!
Je peux être très entetée et tenace,ce qui n'est pas forcement une qualité!



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Commenter cet article

:0014: @nne marie :0010: 24/01/2007 15:37

Un bien beau récit, bien agréable à lire ! ! !    Un grand coucou en passant: ici pas de neige ! ! ! ! Belle journée et mille bises! ! !      @nne marie

Dragoon 24/01/2007 08:19

Je trouve que tu racontes une très belle histoire !  J'attends avec impatience la suite.

bernard 23/01/2007 14:44

bonjour ....je passe je découvre merci

A-L 23/01/2007 13:08

J'aurais bien voulu voir cet énorme engin pour tailler les crayons !

Marie-Laure 23/01/2007 19:36

Et oui,pas de blague.Cela ressemblait à un appareil dont on se sert pour hacher la viande.Il était fixé  au bureau et l'on actionnait une manivelle pour faire tourner la lame.Si tu connais un hachoir à viande,tu as idée de ce taille crayon.Une mécanique barbare pour un enfant de 4 ans.Il m'a marqué c'est sur,d'ou "énorme engin".CQFDah ah ah j'aurai pu parler de ses dents acérées .......