Mon père me tennait par la main chapitre 8

Publié le par Marie-Laure

Je suis née le 22 février 1956 à Lyon.
Il gèle à pierre fendre,une vague de froid presque aussi épouvantable que celle qui a mobilisé la France derrière l'abbé Pierre deux ans auparavant.
Ma mère est alitée dans une petite maternité tenue par des bonnes soeurs.
Il fait tellement froid que ces dernières ont pris la décision d'emmailloter les nouveaux nés comme autrefois,des pieds à la tète,seule la petite frimousse encore chiffonnée dépasse du bonnet de laine.
Chrysalides dans leurs cocons de lange
Maman est très fière de moi,gonflée à bloc.
Et mon père,un epu gauche,presque intimidé par ce petit bout de lui.
N leur dites pas que je suis la plus belle petite fille du monde avec mes deux joues roses et rebondies.
Ils en sont persuadés!

Retour triomphal à la maison.
La famille,les voisins,les amis viennent naturellement admirer la nouvelle merveille.
Maman avait choisi un prénom de garçon,Ludovic.
C'est une fille qui a pointé le bout de son nez.
Mes parents ont un instant hésité sur mon prénom.
Marie,Marie quelque chose.
Marie line?
Non,car Marylin Monroe apparait en pleine page dans tous les journaux du monde.
Marie-Laure,oui,ce sera Marie-Laure.

A leur retour de voyage de noce,mon père avait une surprise pour maman.
Pendantleur absence,mon oncle Germain et les frères de mon père ont remis en état un appartement.
Peintures,tapisseries,mobilier,vaisselle,tout est prèt.
Mon père n'a eu qu'à soulever sa jeune épouse dans ses bras pour lui faire passser le seuil de sa nouvelle demeure.
Ils sont restés quelques mois,mais Papa a trouvé du travail trop loin et ils ont du déménager sur Neuville sur Saône.

C'est l'hiver,le froid mordant.
Maman court les maigres marché pour trouver des légumes,à des prix exorbitants,pour nourir mon père.
L'habitude de la soupe,soupe épaisse,odorante et nourissante.
Papa travaille très dur,les journées sont longues.
Il est ouvrier chez un boulanger de Neuville.
Mes parents louent un petit appartement près des bords de Saône.
Plusieurs jeunes couples se cotoient,ils sont embarqués sur le même navire.
Navire,navire de la vie dont le carnet de route et la destnation restent encore inconnus.
L'entraide,celle de tous les jours.
La jeune femmme qui trouve des poireaux à un prix acceptable pour leur porte monnaie en achette pour chaque ménage.
Echange d'ustensiles de cuisine,de petites recettes pour les petits bobos.
Echange d'impressions,de sensations,d'inquiétudes aussi.
On se regrouppe autour des pôèles à charbon,on discute,on s'épaule.
Marc,un artisan ébéniste et sa ravissante épouse,une italienne à l'accent chantant et au joli nom de Guillemette.
Elle vient d'arriver d'Italie et est devenue rapidement une amie de mamère.
Amitié qui perdure encore.
Tous commencent une nouvelle vie.
La photo du mariage trone,brillante d'être neuve,sur la commode ou la table de nuit.

Les mois ont passé.
Juillet 1956.
Une nouvelle est arrivée,l'angoisse a frappé à la porte!
Mon père est rappelé sous les drapeaux.
Direction ,l'Algérie.

Le départ devient tragédie.
Presque deux ans déjà!
Deux ans que cette nouvelle épreuve pour tous les parents de France et d'Algérie a commencé.
Deux années d'usure,deux années de souffrance et d'incertitude,de questions aussi,de doute,d'incompréhension et surtout de suspicion malsaine.
Qu'est ce qui ce cache derrière cette guerre,que va t il advenir?
Les français s'interrogent et les mères pleurent en silence,de peur de ne pas savoir ou au contraire de réellement savoir.

Maman va vivre chez mes grands parents paternels.
L'été explose de couleurs,le jardin à l'arrière de la boutique et de l'habitation est une palette de peintre.
Ma grand mère a partagé son jardin en deux.
La première partie fait suite à la cour qui dessert la cave et le hangard.
C'est le royaume des fleurs.
Ma grand mère connait les plantes,leurs vertues.
Elle cultive aussi bien les utiles que celles qui n'ont que leur beauté à offrir.
C'est dans ces éclaboussures d'odeur et de couleurs que l'automne ramène avec elle comme une traine que je fais mes premiers pas.

Quelques jours auparavant,le médecin a grondé ma mère et ma grand mère quand en passant devant le magasin il m'a vu debout contre les barreaux de mon parc.
Vous allez lui abimer les jambes à cette gosse a t il lancé en m'asseyant au centre de la cage de bois,à pas huit mois,c'est trop tôt!
Au moment de partir,il s'est retrourné vers moi,j'étais debout contre les barreaux.
Maman et ma grand mère ont éclaté de rire devant son visage ébahi.
Petite coquine!
Je parle aussi ,je gazouille comme les oiseaux dans l'abricotier au fond di jardin.
On s'amuse à me faire parler.
Mon papa y va veni,mon papa y va veni.
Mon père va bientôt rentrer!
Il doit rentrer,mais quand?
Interrogation,les jours passent,mais aucune date.
L'attente!

Mais pour l'instant,le plus difficile est de me faire manger.
C'est une horreur,j'use les patiences.
Ma grand mère fait le tour de Villars avec une assiette de purée jambon ou un yaourt dans une main et moi assise sur un bras.
Elle me fait rendre visite au petit Jésus qui lui est un bon garçon qui a toujours fini son assiette!
On observe les lapins qui remuent leurs petits nez contre le fin grillage qui eux ont grignoté les trognons de choux.
Je fais du tourisme dans le srues de la petite ville.
La rue du Moyen age avec ses maisons d'époque à colombages.
La poype,vestige d'un ancien chateau fort dont il ne reste qu'un vieux chicot de tour en haut d'une butte de terre entourée d'arbustes.
L'église avec ses statues qui semblent m'inspirer un peu d'appétit,allez savoir pourquoi?
L'école primaire à l'heure de la récréation,car à ce moment mon attention se relache et j'oublie de refuser la bouchée de purée.
La bascule publique où parfois,jour de chance,se presse une charette pleine de cochons.
En comptant les gorets,ma grnd mère est certaine de me faire avaler plusieurs cueillerées de suite,une aubaine.
Ma grand mère,ma mémé,a eu toutes les patiences,toutes les tendresses et toutes les attentions envers moi.
C'était ma bonne fée,ma confidente,celle qui écoute,qui cajole,celle aux joues roses et fraîches et qui sent la lavande.

Mon grand père va plusieurs jours de suite attendre ce train qui doit ramener son fils d'Algérie.
Ma grand mère a entendu tellement d'horreur à la radio.
Quand mon grand père tournait le bouton de bakelite de l'imposante radio tronant sur la commode de la cuisine,elle avait ce recul instinctif,cette envie de fuite.
La peur d'apprendre,d'être touché au coeur par les mots ruisselants du grillage doré qui masque la bouche béante de la machine à sons.
Depuis le départ de son fils,le souvenir d'un autre enfant ravage ses nuits,lacère ses journées de longues griffures d'angoisse.
Que va t il advenir,toujours la même lancinante attente.

Délivrance!
Veille de Noël 1956,retour de mon père.
Ma vie a changé.
Mes parents louent le rez de chaussée d'une villa à Rileux la Pape.
Je me suis éloignée de ma bonne fée,mais chaque jour de congé de mon père,nous retrouvons les paysages d'étangs qui environnent Villars.
Je suis inscrite à l'école,une récompense pour moi,j'attends de rentrer dans cet établissement depuis que je sais que c'est un lieu où on apprend à lire et à écrire.
J'ai soif d'apprendre,de connaitre.
Ma mère croule sous les questions,relit sans cesse les livres que je possède et gare si elle se trompe,ne serait ce que d'un mot.
La directrice de l'école tenue par des soeurs a été plutôt réticente,je suis trop jeune,deux ans et demi,mais après une petite conversation avec moi,elle a cédé.
Ma mère voulait me scolariser que le matin,mais je suis tellement emballée qu'elle a également cédé,va pour la journée entière.
Mon absence lui pèse,elle s'ennuie,les journées sont logues sans la pipilette que je suis.
Après discution,réflexion,mes parents ont pris une décision.
Ils s'installent à leur compte,ouvrent leur propre boulangerie.
Maman est enceinte pour la seconde fois et j'ai trois ans passé.
Nouveau décor,un petit village,Curis au Mont d'Or.

Mes parents ont caché la grossesse de ma mère à mes grands parents car ils savent pertinemment qu'ils mettraient leur veto.
Mon grand père a toujours énormément d'ascendant sur ses fils.
Son avis est toujours respecté et rarement contesté.
Je me souviens,lorsque nous arrivions chez eux le dimanche après la fermeture de la boutique,mon grand père laissait mon père passer à table et sitôt le repas terminé il l'expédiait faire la sieste.
"Tu vas pas trainer encore,tu es fatigué,va te reposer"Aucune contestation envisageable!

Ma petite soeur est née.
Bébé délicat à l'adorable frimousse.
Première alerte,premier sanglot de maman,visage fermé de Papa.
Toxicose,maladie qui aà l'époque vous donne la chair de poule.
Véronique vient d'avoir un mois!
Chaque moment de libre,mes parents le passent à l'hopital.
Angoisse due à la maladie,angoisse due aux problèmes financiers.
Tous les frais sont à leur charge,pas droit à l'aide de la sécurité sociale.
Les artisants commerçants payaient très cher en cotistaion maladie,retraite etc...mais recevait peu en retour,surtout dans ces années là.
C'est bien connu,les commerçants sont des nantis.
Combien de fois nous a t on traité de gosses de riche sans qu'on ne comprenne pourquoi!
Second drame,ma petite soeur a trois mois.
Méningite,ce n'est plus la chair de poule,mais la sueur froide qui descend dans le dos et fait hérisser d'effroi tous les poils de votre corps.
Mes parents ont touché du doigt l'éventualité de perdre à leur tour un enfant.
A quatre mois,Véronique rentre enfin à la maison et Madame Moncel arrive presque en même temps pour la surveiller.
Je crois que maman a été parfois un peu jalouse de Moncel.
Elle n'avait pas le choix à cause du magasin,mais je pense qu'elle a beaucoup souffert de devoir laisser une autre femme le soin de s'occuper de ce bébé si fragile.
Maman est c qu'il convient d'appeler une mère poule,aussi donner à ma soeur une mère de substitution lui a été très pénible,mais elle n'a jamais regrétté une seconde cette décision.
Moncel est devenue une amie.



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Nathalie 22/01/2007 15:16

très touchant ton texte... bisous