Mon père me tenait par la main Chapitre 5 suite

Publié le par Marie-Laure

 

Une infirmière entre.

Elle doit faire une analyse du taux d'urée dans le sang.
Elle previent mon père.
-"Attention Mr Curvat,je vous pique le doigt."
Petite goutte de sang vif,petite grimace sur le visage de Papa.
Elle dépose la perle rouge sur un batonnet et compare avec le témoin.
Le temps est suspendu pour nous,suspendu quelques secondes à ce minuscule morceau de papier!
Bon sang,on devient vraiment parano!
-"Le taux est encore bon,il a augmenté,mais la limite n'est pas franchie".
Le soulagement n'est pas vraiment réel.
Je me renseigne sur la signification de ce test.
Si c'est trop élevé,cela indique que les reins ne font pas leur travail,et l'urée passe dans le sang.
L'urée est un poison,si son taux est vraiment trop important,c'est la dialyse,l'épuration mécanique.
Pourquoi cette surveillance?
Le scanner était nécessaire pour visualiser les dégats de l'embollie,mais dans le cas de mon père,ses effets secondaires ne sont pas négligeables,et l'un des risques est celui d'avoir endommagé les reins.
Cela,je le savais,le chirurgien de la clinique de Rillieux l'avait averti à ce propos.
Il devait suivre un traitement pour pouvoir envisager cet examen.
C'est pour cette raison que Papa aurait du entrer en clinique deux jours après son malaise,pour le préparer à ce scanner.
A Flériat,l'urgence a prévalu,le scanner a été pratiqué sans préparation,en urgence,le risque est donc important.
Il va sans dire que mon père n'est pas en état de supporter une dialyse.
Je sens l'instant critique,ou est la solution alors?
L'infirmière soulève le drap pour découvrir la poche qui recueille les urines,elle est presque vide,juste un fond brunâtre.
Cela semble la contrarier.
Nous avons du suivre ses moindres faits et gestes avce avidité car en sortant elle nous adresse un grand sourire et nous assure que tout va bien.
Comment réagir?
J'ai des sueurs froides,un étau sur les tempes.
Son sourire m'a fait l'effet contraire,il ne m'a en aucune façon convaincue.
Je suis tétanisée,figée d'angoisse.
Je sens que l'on veut à tout prix nous rassurer,mais cela sonne faux pour moi.
Le regard qu'elle a lancé sur ce batonnet d'analyse,j'ai bien remarqué qu'elle ne trouvait pas le résultat satisfaisant.
Son léger froncement de sourcils,ce pincement des lèvres,c'était clair.
Le résultat n'est pas bon!
Merde,c'est la poisse,c'est ce scanner qui fiche la panique.
Et pas de solution!

En quittant le parking,le sentiment d'abandonner Papa s'est ffiché dans un coin de mon cerveau.
J'aimerais tellement qu'il puisse m'écouter,j'ai tant à lui dire.
Je m'en veux,je m'en veux terriblement.
J'ai l'impression d'avoir raté un rendez-vous extrèmement important.
Un rendez-vous,c'est bien plus que ça,tellement plus que le mot n'existe pas pour le définir.
Une nécessité,un besoin,piètre mots!
Sensation de dégout.
Un rendez-vous que l'on ne peut remettre.
Lors de ma première visite,tous les paramètres étaient réunis,comme une tragédie,le lieu,le temps,le décor,les acteurs!
Un instant dans l'espace temps.
J'aurais du lui parler plus longuement ce premier jour.
J'aurais du profiter qu'il était bien conscient.
Je voudrais lui dire combien je l'aime,combien je tiens à lui,combien il n'est précieux.
Des mots tous bètes,tous simples.
Etre sure d'être comprise!
Lui dire que je suis venue aussi pour lui,surtout pour lui,pour attendre sa convalescence.
Je crois que je culpabilise.
J'ai peur qu'en me voyant soudain lors de ma première visite il ai cru qu'il était en danger,qu'il allait mourrir et que j'étais là à cause de cela.
Je voudrais lui dire que c'est faux.
Il va guérir.
Je suis venue pour accompagner maman,lui tenir compagnie,la véhiculer,être certainee qu'elle n'allait pas se laisser aller,se nourrir correctement,bref assurer les détails dela vie.
Etre là si elle a besoin de parler,de pleurer,avoir constamment une présence à ses cotés.
Je voudrais discuter avec lui,de son enfance,de ses parents.
Je le connais,mais voudrais le connaitre davantage.
Urgence!
C'est devant la possibilté d'une fracture émminente que je veux m'imprégner de ses pensées,me l'accaparer.
C'est stupide de ma part,maintenant qu'il ne peut me répondre.
Les questions se bousculent,s'accumulent.
J'ai soudain l'horreur d'avoir trop attendu,comment rattrapper le temps perdu,gaspillé peut-être?
Ils ont toujours été là pour moi,amour,soutien,même dans les moments difficiles,surtout dans les moments difficiles.
Je dois suivre la mêms discipline,être présente,quoi qu'il arrive,le temps qu'il faudra et Serge est avec moi.
J'ai une trouille irraisonnée de ne plus avoir suffisamment de temps.
Subitement!
Et s'il était en train de se perdre!
S'il était en train de sombrer!
La mort,cette garce,lui a peut-être carressé le bout des doigts!

Maman et moi n'avons pas échangé un mot pendant le trajet du retour à la villa,échaffaudant chacune de notre coté des interprétations,des hypothèses,des conclusions.

Véro a déposé Vanille en se rendant à l'hopital.
La petite va rester quelques jours,elle se remet juste d'une gastroo et est en convalescence.
Véro travaille,elle est vendeuse dans une patisserie.
Auparavant,elle travaillait en société avec son ex mari,Pascal,mon petit frère et son épouse.
Véro a divorcé.
Pascal a réclamé sa part de la société.
Thomas a essayé de s'accrocher,mais il a vendu,il a jeté l'éponge.
Marre des problèmes,des conflits,des nuits sans sommeil,des rendez vous chez le comptable,l'avocat,les impots.
La société,trois boulangeries sur Lyon.
Trop,trop pour lui seul.
Les dettes ont été acquittées,mais il n'est pas resté grand chose.

Vanille,c'est le rayon de soleil,le miel de mes parents,la pepette de son grand père.
Véro travaillant,elle a très souvent confié ses enfants à mes parents.
Juste après son premier mariage,elle  a été hébergée chez mes parents durant plus de deux ans,mon père a appris le métier à Pascal.
Il était magasinier,peu payé,avenir bouché,Papa l'a aidé.
A cette époque,il y avait deux enfants,Bénedicte,sage et mignonne et  Jimmy,sensible et incompris.
Nous n'aimions pas Pascal.
Nous n'aimions pas son comportement vis à vis de son fils.
Jimmy,plus sensible,plus nerveux,plus avide de tendresse.
Pour se faire remarquer,succiter l'intéret dont il avait besoin,il a souvent,comme beaucoup d'enfants,fait de sbétises,des farces.
Son père n'a pas compris ou voulu comprendre.
Véro le reconnait maintenant et avoue son aveuglement.
Elle était sous l'emprise de son mari.
Vanille est née.

C'est une très jolie enfant,longs cheveux blonds,immenses yeux bleus,silhouette mince.
De capricieuse dans sa petite enfance,elle est devenue sensible et attentive.
Elle a onze ans.
Elle a du redoublé le CM2,trop immature pour affronter la sixième.
Elle est très attachée à son grand père,son désarroi est palpablê.
Ce soir elle va dormir auprès de sa grand mère,elles sont très complices.
Maman va peut-être mieux se reposer.
Vanille a fait un dessin pour son grand père.
Elle a écrit un grand "Je t'aime" aux couleurs vives,demain je le porterai à l'hopital.
Toute sa douleur,sa peur en quelques coups de crayons!

Vingt trois heure,Serge m'appelle.
Je l'ai déjà eu trois fois au cours de la journée,mais la conversation du soir reste la plus longue et la plus charnelle.
Les difficultés sont passées,celles du lendemain à venir,c'est le moment pour souffler.
Je peux quelques instants laisser mes larmes s'échapper.
Toute la journée je me retiens,me mordant l'intérieur des joues pour éviter la crise.
J'ai trouvé cette solution.
La douleur dévie la souffrance.

 

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