Mon père me tenait par la main Chapitre 4 suite

Publié le par Marie-Laure


Dans le hall,je propose à maman de boire quelque chose pour nous remettre.
Direction le salon de thé.
Nous n'avons pas échangé un mot en sortant de la chambre,je crois que comme moi elle est encore auprès de lui.
Nous commandons un thé citron.
Maintenant on peut se confier.
Elle a très bien compris ce que suggérait le médecin,devoir arréter tout traitement car inutile et douloureux pour Papa.
Mais pourquoi?
Mon père ne nous a pas donné l'image qu'elle a évoquée précédemment.
Nous ne comprenons pas.
Cet aprés midi,je téléphonerai au spécialiste qui le suit habilement à la polyclinique de Rillieux la pape.
Je relaterai notre tète à tète avec la neurologue,demanderai des explications.
Laissant maman quelques minutes,je rejoins les cabines Télécom.
J'appelle Serge pour lui raconter notre visite,il est tellement en attente de nouvelles lui aussi.Il se sent isolé.
Je sais qu'il a reporté sur mon père l'affection que le dien n'a jamais su ou pu lui prodiguer.
Il y a tant à dire!
Ensuite,coup de fil à Véro,elle va venir tout à l'heure.

En sortant de l'hopital,je vais faire l'acquisition d'un téléphone portable à la boutique France Télécom.
Je prends un abonnement pour pouvoir communiquer avec les Antilles.
En même temps nous échangeons l'ancien filaire que maman a dans sa chambre pour un modèle récent.
Retour à Villars.

Premièrement,Rillieux,le chirurgien qui a déjà opéré mon père il y a quelques années pour des anévrismes.
Récemment,il avait diagnostiqué cette artère encrasée.
Il avait prescrit un traitement car l'analyse sanguine avait montré un taux trop élevé d'un truc qui empèchait le scanner,risques rénaux.
Quand Papa est tombé dans le jardin,normalement deux jours après il devait rentrer à la clinique !
Fatalité !
Je lui explique notre visite auprès de mon père,comment nous l'avons trouvé,puisl'analyse de la neurologue,notre choc,notre incompréhension face à sa question pressante.
Lui non plus semble ne pas saisir,c'est surtout le manque de tact de sa collègue qui le surprend.
Il a reçu un rapport de sa part.
Rien ne lui laisse penser que l'état de Papa est si alarmant,sérieux,c'est certain,mais pas plus.
Il m'assure qu'il va la joindre,il nous recontacte dés que possible.
Je ne suis même pas rassurée,j'ai comme une cassure.
J'explique ma conversation à maman,la réconforte,mais moi,il me reste un doute,et j'ai horreur de cette instabillité.
J'aime les choses nettes et claires,je deteste les mensonges,les non dits.
J'essaie d'éviter les conflits uniquement quand cela risque de peiner les personnes qui me sont chères.
Mais là encore,ma patience a ses limites !

Maman aimerait prévenir Camille.
Camille,la dernière soeur d'Elise,la mère de Papa.
Elle vit dans le Cotentin,dans une maison de retraite,elle a plus de 95 ans.
Je suggère d'attendre,pour l'instant nous risquons surtout de la perturber,l'inquiéter.
Que lui dire,que Papa est en danger !
C e n'est pas raisonnable d'annoncer sans précaution une telle information à une vieille demoiselle émotive.
Je persuade maman d'attendre,je contacterai l'infirmière qui s'occupe d'elle pour me renseigner,savoir comment dans cet établissement,il gère ce genre de nouvelles.
Après tout,il n'y a pas urgence.
Maman lui a parlé dernièrement,je ne pense pas qu'elle cherche à appeler dans les jours qui viennent.
On attend.

Maman reprend ses conversations téléphoniques.
Je prépare le thé,je suis une vraie théière !
Ayant souffert de calculs rénaux à l'adolescence,j'ai du,depuis,boire régulièrement et en suffisance.L'eau plate étant difficile à absorber pour moi,j'ai palié en ajoutant l'arome du thé et ai gardé cette discipline.

17 heure,Véronique arrive avec  Fred.
-"Comment va Papa?"
-"Bien,bien "dit-elle sans enthousiasme.
Sa réponse me parait bizarre !
-"Comment bien?"
-"Comme tu me l'as dit au téléphone,il a bonne mine,mais nous ne sommes pas restés longtemps,il semblait avoir envie de dormir."
Maman renchérit:
-"Il nous a toute de suite reconnu et a été étonné de voir ta soeur.Je lui ai dit "je t'aime" et il m'a répondu de la tète,il a même sourit quand Marie-Laure lui a dit que la pépétte s'occupait des poules et lui faisait de gros baisers".
Je surprend le regard furtif que Véro et Fred échangent.J'ai l'impression qu'ils nous cachent quelque chose.
-"Il vous a reconnu,serré la main?"
Véro répond un peu embarrassée.
-"Oui,il m'a tenu la main,mais je crois qu'il était fatigué,il somnolait un epu."
Elle est très émue.
Véro est très attachée à Papa,plus qu'avec maman je pense.
Pour elle,c'est Pouny,un petit surnom qu'elle est seule emploie,c'est son Pouny.
Je lui explique que nous retournons à l'hopital demain matin et que je la tiendrai au courant.
Egalement narration de notre conversation avec la neurologue,mon appel au chirurgien de Rillieux pour tenter de comprendre.
Attente de sa réponse.
Nous nousséparons sur le perron.
Vanille et Jimmy son frère les attendent.
Fred doit se reposer,il travaille de nuit,il est patissier.
Je téléphone à Thomas pour lui raconter notre journée,lui faire part des commentaires de la neurologue,mais le rassurer en expliquant ce que nous avons constaté par nous même.

Tom,mon petit frère,mon premier enfant !
J'avais onze ans lorsqu'il est né,enfant espéré,attendu.
Quand maman est rentrée de la maternité,je me suis appropriée ce bébé.
A chaque temps libre,je m'occupais de lui,le baignais,le chngeais;le calinais.
C'était un adorable enfant,beau,intelligent,calin et enjoué.
Il me menait par le bout du nez.
J'en ai construit des chemins de fer,des théatres de marionnettes,des légos et des playmobiles.
Je crois avoir joué à tous les jeux de sociétés existants sur le marché,lu tous les livres pour enfants,documentaires ou autres.
J'étais la première personne à amadouer quand il désirait quelque chose,je savais ensuite convaincre maman ou papa.

Je n'ai jamais eu cette complicité avec ma soeur.
Dés sa naissance elle a été en danger,toxicose,méningite,le calvaire de mes parents a été long.
Elle est restée fragile,nerveuse,un epu inaccessible.
Maman étant très occupée à la boulangerie,ils ont engagé une nounou à domicile pour veiller sur elle.
Véro avait quatre mois.
Madame Moncel,une jeune veuve avec deux enfants vuendra chaque matin en mobylette bleue.
Véronique en fera "sa moncel",sa seconde maman,même encore maintenant.
Ma soeur vivait avec sa nourrice,en clan.
Je me suis sentie à l'ecart de cet étrange couple,cela ne m'a pas dérangé,mais je n'ai pas cherché à m'intégrer.
J'avais quatre ans de plus,étais curieuse de tout,j'ai fais mon petit bonhomme de chemin de mon  coté,cela ne nous a pas rapproché.
Nous avions des caractères différents,le fossé entre nous n'a jamais été comblé !

A son adolescence,elle a parfois eu des réactions que je ne comprenais pas.
Etant fragile nerveusement,elle pouvait rester des heures prostrée sur une chaise à se griffer le dessus des mains jusqu'à se faire saigner.
Cette partique répétitive en cas de contrariété me choquait et me peinait énormement.
Elle rendait visiste à ma tante Arlette pour se plaindre d'être mal aimée de la famille.
Mal être,pour elle certainement,amis aussi pour nous,incompréhension.
Je me rappelle une après midi où elle est rentrée du lycée très perturbée.
Un ancien petit ami qui la poursuivait de ses assiduités et qui finalement lui faisait peur.
Il l'avait suivie jusqu'à notre domicile et Véro tremblait,n'osant l'affronter.
C'est maman et moi qui l'avons reçu.
Il a insulté ma mère en la traitant de menteuse quand elle lui a dit que Véro ne voulait pas le voir.
Je l'ai mis dehors !
Mais à partir de ce jourVéro a eu peur d'aller en classe,mes parents s'inquiétaient tant qu'ils ont pris la décision d'envoyer ma soeur chez mon oncle Dédé,inspecteur des écoles en Guyane pour continuer ses études pendant une année entière.
La distance,le temps ont permis à tous de retrouver sérénité et tranquilité d'esprit.

Je l'ai parfois sentie jalouse et ai su lors de conversations avec des connaissances communes qu'il en était bien ainsi.
Pourquoi?J'en ai parlé à maman.
Incompréhension encore.
Mais jamais avec elle.
Malheureusement je me sens responsable,j'aurais du parler.
En fait j'ai toujours craint ses réactions,comme lorsqu'elle était enfant.
Hantise des mains écorchées !
Véro a un caractère entier,mais également dissimulateur.
Ne pas dire vraiment ce qu'elle pense.
Autoprotection?
En fait j'ai craint d'en dire trop,de laisser s'ouvrir les vannes de mon coeur,demander des réponses,demander à comprndre.
J'ai peur de parler sans savoir,avoir une mauvaise approche.
Après tout,ce que je sais,je le sais souvent par"on dit",maman dit cela,untel dit ceci.
Ou est la réalité?
Mais j'ai vu vertain comportements ou attitudes.
Comment expliquer certaines demandes,réflexions et assiduités !
Elle est trop fière pour vouloir le reconnaitre et pense peut-être qu'elle sera jugée au lieu d'être comprise.
Pourtantje suis prète à écouter.
J'ai fait une tentative lors de son divorce après une de ses attitudes ambigües.
Je l'ai appelée pour lui affirmer que j'étais là,mais rien,silence.
Je n'ai pas osé réitérer le geste de la main tendue.
La cause,le manque de dialogue,la pénurie de complicité.
L'ennui,c'est ma pudeur de sentiment et maintenant ma méfiance.
Nous avons parlé depuis,de maman surtout,je me suis sentie apaisée,mais il reste tant de mots à dire.
Je suis avide de nouer avec elle des relations plus claires,mais il faudrait poir cela qu'elle m'explique pourquoi elle a eu certaines réctions !

Une seule personne a pu réellement m'apprivoiser,Serge !
En fait,nous nous sommes apprivoisés mutuellement

Je reviens à la réalité.
Thomas,sa voix nonchalante.
Avec Tom,rien n'est jamais vraiment grave,il existe toujours une solution et si par hasard il n'y en a pas,c'est que cela devait être ainsi.
Avec Tom,pas de prise de tète.
Etre ou ne pas être n'est plus une question,c'est une réponse.

Après Thomas,je contacte Bénédicte,la fille ainée de ma soeur.
Elle fait des études d'imagerie médicale et a l'habitude du jargon médical.
Je lui explique notre entrevue avec la neurologue,son horrible question,ma conversation avec le chirurgien.
Elle me propose de demander à ce dernier quand il nous recontactera si on pourrait envisager le transfert de son grand père vers un service plus spécialisé sur Lyon.
Béni est tendue,sa voix trahit son angoisse.
Mon dieu,pourquoi causer de telle douleur,je la sens si fragile,si désemparée,je suis vraiment navrée d'être celle qui apporte la mauvaise nouvelle.
Je lui promets de parler de sa réaction au chirurgien et de la tenir au courant au jour le jour.

Encore un appel,encore apporter la douleur.
Je téléphone à Geoffroy,mon fils ainé.
Il habite à Marseille ou il travaille.
Ce n'est guère le moment de l'accabler,sa petite amie l'a laissé tomber après quatre annnées de vie ensemble.
Il est seul,dans un studio,en compagnie de son chagrin,et moi j'ajoute à son désarroi.
Merde,j'en ai marre,marre du role que je joue,oiseau de mauvaise augure !
Lorsque nous sommes partis pour nous installer en Guadeloupe en juillet 1999,il venait de passer son BAC avec succès.
Il avait rencontré une jeune fille,était très amoureux.
Nous luiavons demandé malgrè tout de faire un séjour aux Antilles,s'assurer qu'il voulait à tout prix rester auprès de Céline,l'élue de son coeur.
Au bout de trois semaines,sa tristesse nous a fait céder,il a repris l'avion vers la Méditerrannée,il nous a laissé.
Il s'est assumé,a trouvé du travail,est devenu indépendant.
Il a arrété ses études.
Nous étions là en cas de coup dur.
Le problème est arrivé,il a appelé,nous avons anvoyé trois mois de loyer pour un studio et la caution.
Soucis,angoisse de ses réactions,mauvaise nuit en perspective.
Ce soir,je remets une couche dans son coeur malmené.
MERDE!!!

J'avance,je respire,mais je ne sais pas comment.
Image de force.
Image trompeuse,mais elle s'impose malgrès tout.
Je ne sais pas comment je fais.
C'est comme ça.
Je n'arrive pas à réagir autrement.
Les larmes,la douleur ne s'extériorisent pas.
J'avance.
Un jour après l'autre.

Maman et moi grignotons un plateau repas devant la télé.
Pa senvie de dresser la table,envie de rien en fait,si ce n'est ce que nous ne pouvons avoir,Papa et Serge.
La nuit sera encore longue.


 

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