Mon père me tenait par la main Chapitre 4

Publié le par Marie-Laure

 

Hopital Flériat.
Le verdict!
J'ai vraiment l'intuition que nous allons au devant d'une condamnation.

Nous avons passé une très mauvaise nuit maman et moi.
Chacune dans notre chambre,seules,face à l'absence.
Le sommeil a été capricieux et le réveil plus perturbant encore.

Maman m'a indiqué la route.
Elle connait pour avoir rendu visite plusieurs fois à des connaissances.
Elle est venue avec Papa!

C'est idiot,l'hopital me fait bonne impression.
Grands batiments aérés,parking spacieux et arboré,et puis le soleil nous accompagne.
Le hall,vaste,moderne,escalator,boutiques,cafétéria,hotesses sympatiques qui vous renseignent avec le sourire.
C'est bizarre,j'ai une vision rétrécie,comme si j'avais des oeillères.
Je vois bien devant,mais les abords me semblent flous,mouvants,indistincts.
Nous suivons les pancartes.
Service de Neurologie,dernier étage.
Les larges dalles du carrelage,style marbre,brillent,nos pas résonnent.
S'il n'y avait les pancartes sans équivoques,je me sentirais dans un hall d'hotel,aucune odeur d'hopital.
Sensation de dédoublement,je suis là,et en même temps je m'accompagne,je me vois.
Je me dirige moi même en fait telle une marionnette !
Nous avons du, maman et moi,faire un passage aux toilettes,le stress,l'appréhension.
L'ascenceur,le bouton tout en haut du tableau.
A la sortie de l'ascenceur,constat !
Là nous sommes dans un hopital,aucune méprise possible.
Les couloirs se sont rétrécis,la décoration est devenue impersonnelle,un chariot de fer blanc le long du mur crème,les portes percées d'une petite vitre dans la haut.L'hopital.
Un bureau de renseignement.
On nous dirige vers une salle d'attente,gentil sourire.
Méfiance encore,je manque d'air,je sens qu'on nous ménage.
Mon dieu,on est trop prévenant.
Merde,le verdict !
Attente,attente encore !

Maman semble aux aguets,ses yeux cherchent.
Quoi,qui?
J'esaie de me calmer.
Je sais que de l'extérieur,personne ne peut soupsonner le bouillonnement qui se déchaine en moi.
Je suis une fausse calme,tout à l'intérieur,jusqu'à l'explosion.
Je prends une revue pour m'occuper les doigts,me relève,direction les toilettes.
L'eau fraiche qui file sur ma peau,entre mes doigts, me fait un bien infini.
Retour dans la salle d'attente,maman m'interroge du regard,je lui souris.

La neurologue.
C'est bizarre comme on fabrique un physique aux personnes inconnues.
Je n'avais pas pensé à elle,et pourtant je m'aperçois que je ne l'envisageais pas ainsi.
Un femme un peu forte,la quarantaine,un peu masculine à mon idée,habillée sans gout,un peu brusque dans ses gestes,je la sens pas !
Peut-être que j'ai surtout peur de ce qu'elle va nous dire !
Elle nous invite à nous asseoir.
Bureau sans touche personnelle,des dossiers et encore des dossiers.
Ce n'est pas un lieu où l'on peut discuter de problèmes intimes,il n'a pas d'âme.
Je rapproche mon fauteuil de maman et lui prends la main.Elle est froide et sèche.
Je lui fais un clin d'oeil et avale ma salive.

Le froid,le froid qui s'insinue.
L'expression"vous glacer le sang",je sais ce que c'est maintenant !
La neurologue nous explique la situation,froidement,médicalement.
Sans concession,sans humanité !
J'ai envie de lui hurler à la figure.
Vous ne pouvez pas faire un effort !
Vous n'avez pas senti dans quelle angoisse nous sommes?
Son discours est glacial !
Je suis sans voix.
Envie de la gifler.
Maman me jette un regard de folle,hagard.
Les secondes passent.
Devant notre mutisme,la praticienne en remet une couche,elle parle d'acharnement thérapeutique !
Bon sang,mais elle croit cette idiote que nous n'avons pas compris !
Elle veut une réponse.
Elle veut savoir si nous avons l'intention de tout tenter pour sauver mon père !
Merde alors !
Elle veut une réponse rapidement !
Du délire !
J'hallucine !
Que dire?
J'avais une mauvaise prémonition,mais çà !

Je n'arrive pas à avoir une pensée cohérente.
Ses paroles se percutent dans mon esprit.
Se détachent.
-Votre père a subi un scanner pour visualiser l'ampleur des dégats,ils sont importants,les séquelles semblent définitifs.
La paralysie du coté droit parait irrémédiable.
Il faut également envisager qu'il ne puisse plus avoir une position assise.
De plus,l'examen du scanner a également eu des effets secondaires,fragilisation des reins.
A mon dernier passage,il ne répondait pas aux stiluli,il ne comprenait pas des mots simples.
Merde,mais qu'est ce qu'elle nous raconte?
Je serre la main de maman.
J'ai limpression de respirer l'air gelé d'un plein hiver,les tempes traversées de clous.
Je ne sais plus si je l'écoute où si mon cerveau me régurgite son propos après coup.

Soudain,les mots se bousculent derrière mes lèvres.
Je commence à lui répondre,mais j'ai des blancs entre mes mots,entre mes phrases.
-Pardon,madame....mais nous ne sommes pas prètes....
C'est trop inattendu.....surtout énoncé de cette façon...
Nous ne pouvons....pour l'instant....réfléchir correctement...
Nous ne pensions pas que vous ...alliez aborder le cas de...papa de manière si abrupte.
Jusqu'à présent,nous avons eu de vos services...des rapports stipulant son état stationnaire.
Vous nous mettez face à une ....éventualité....que nous ne pouvons pas appréhender...nous ne la comprenons pas.

Elle me regarde en face et je sens quelle se radoucit,comme un affaissement du corps.
Léger soupir.
-Bien sur,je comprends,mais je préfère vous dire exactement ce qu'il en est,mais naturellement il n'y a pas urgence.
Elle s'interromp mais rajoute"pour l'instant".
Décidement,aucune délicatesse,une brute.
Machinalement je tapote la main de maman,les yeux me piquent mais restent secs.
Les secondes défilent.

La voix du médecin me fait refaire surface,j'étais engloutie dans un brouilllard,incapable de savoir,un anéantissement furtif.
-Vous pouvez voir votre mari,madame,je vais vous conduire.
Je me lève,je pèse une tonne,courbatures.
Maman suit comme un automate,je la tiens toujours par la main.

La chambre,lumineuse,un seul lit,au milieu.
Papa !
Le mouvement de la porte quand nous sommes entrées a capté son attention.
Son regard étonné,voir stupéfait,quand il me voit.
Evidemment,je suis sensée être en Guadeloupe !

Papa !
Après le discours de cette énergumène de neurologue,je croyais retrouver mon père en zombi,inerte et cadavérique entre les draps blancs.
Bien sur,il est étendu,un goutte à goutte dans le bras droit.
Mais c'est tout !
Il a bonne mine,les joues rosées,sans barbe.
Maman et moi nous sommes placées chacune d'un coté du lit.
Elle se penche et lui dit"je t'aime".
De la tète il fait signe OUI.
Ferme les yeux rapidement.
Bien sur il a compris !
Et l'autre qui nous affirme qu'il ne répond pas à des mots simples.
C'est certain,elle  ne lui a surement pas dit je t'aime !

Je suis estomaquée.
La toubib nous a soufflé le froid et maintenant face à lui,le chaud.
Je m'asseoie à ses cotés,lui prends la main.
Enthousiame,soudain sa main serre la mienne très fort,réellement très fort.
Sa main caleuse,rèche,mais chaude,puissante.
Je sens que les larmes refoulées se bousculent.
Sourire presque forcé tellement la tension est palpable.
-Ta pépette t'embrasse très fort.
Sa pépette,un drole de petit nom pour sa dernière petitefille,Vanille,la dernière de ma soeur.
-C'est elle qui s'occupe de donner le grain aux poules.
Un sourire se dessine sur ses lèvres,un peu en biais à cause de la paralysie,mais un vrai sourire !
Nous nous regardons maman et moi,décontenancées,soulagées et ravies.
Extase.

Sa main,sa main qui serre la mienne.
J'ai la réelle certitude qu'il me parle grace à ses doigts qui entrelacent les miens.
Son regard aussi est expressif,cette façon bien à lui de relever les sourcils quand il dit-"qu'est ce que tu veux que je fasse,tu vois le problème".
Sa manière de dire"c'est comme ça,quelle galère"
Je n'en reviens pas,il y a quelques secondes nous le pensions à l'article de la mort.
Je suis imprésionnée,à part le fait qu'il soit couché et qu'il ne prononce aucun son,il est normal,parfaitement normal !
Je ne comprends pas le discours du médecin.
Remontant sa main à mes lèvres,je l'embrasse ,puis fais signe à maman de venir prendre ma place pour lui tenir cette seule main valide.
Elle se penche,l'entoure de ses bras,l'embrasse à nouveau,avide de respirer le même air que lui,enfin,après ces incertitudes.
Je reste au bout du lit,ses prunelles plongent dans les miennes.
-"Je suis venue pour aider maman"
Nouveau signe affirmatif de la tète.

Il ne semble pas souffrir,il bouge la tète,de gauche à droite lentement.
Son bras gauche est mobile également.
Sa jambe gauche remue sous les draps.
Du coté droit,rien,pas un frémissement.
Je suis boulversée,ce que je constate me rassure,mais alors pourquoi le diagnostic du neurologue?
Peut-être est-il temps d'abréger la visite,je crains de le fatiguer,il a l'air si bien pourtant.
-Maman,et si nous le laissions reposer?
La toubib nous a tellement traumatisées avec ses avertissements que je crains ces quelques minutes avec lui.
-Nous reviendrons demain.
Papa a entendu,nouveau signe de tète.
Envie de rester davantage,mais peur de voir s'évanouir cette vision rassurante.
Peur de causer une dégradation,on veut le préserver à tout prix !
-Je vais prévenir Véro qu'elle peut venir te voir.
Signe des yeux  OK.
Il comprend,je le sais,je le sens.
C'est visible,indéniable !
Nous franchissons la porte à reculons en lui envoyant des baisers avec la main.
-A demain,à demain.
Son regard qui fouille le mien,celui de maman aussi,certainement,mais je ne vois que ses prunelles brillantes et dorées.
Impression d'être seule face à lui,me l'approprier fugitivement !



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tachka 07/08/2008 20:17

J'ai des frissons et les larmes aux yeux car en lisant je revis ce que j'ai vécu avec papa, et il y a en peu plus d'un an pour ma maman mais elle ça été plus bref, mais l'absence est là surtout qu'elle est partie juste 6 mois moins 1 jour après mon époux.          Très amicales pensées.