Mon père me tenait par la main Chapitre 3 suite

Publié le par Marie-Laure

Francine vient d'une famille nombreuse,douze frères et soeurs.
Sa mère,élevée à l'assistance publique a même recueilli un jeune garçon,ainsi,cela fait treize à la douzaine.
Son nom de famille est Canard,c'est la famille couin couin!
Ses parents habitent dans le Beaujolais,ils travaillent la vigne à la Chapelle de Guinchay,ils sont employés,ils ne roulent pas sur l'or.
Son père Marius est un brave homme,mais il ne fait pas la loi chez lui!
Son épouse,Louise,porte la culotte,c'est une femme de caractère,une sacrée trempe,mais son coeur est à casiers.
Dans l'un,les enfants qu'elle dorlotte,ceux qui béneficient de ses calineries et trouvent grâce à ses yeux.
Dans l'autre,les mal aimés,les souffres douleurs,et Francine est rangée dans ce compartiment.
Elle est de santé fragile,maigrelette.
Elle n'est pas difficile,mais à table,elle ne supporte pas les haricots secs.La consistance de ces légumes lui donne des nausées qu'elle ne peut controler.
S amère s'acharne à les lui faire avaler,et n'y parvenant pas la privera de repas à de nombreuses reprises,lui resservant plusieurs jours de suite le même plat.
Son père, en cachette,lui apportera un morceau de pain et de fromage au coucher.
Un jour,gravé dans la mémoire de Francine,son père éxaspéré par le comportement de sa femme,jettera pas la fenètre,heureusement ouverte,l'assiette et son contenu.
Louise,estomaquée d'être contrée,n'osera pour une fois protester.
C'esr la fille ainée,elle s'occupe de ses petits frères et soeurs,du ménage,des bètes,elle n'a guère de répis.
Un jour sa mère a failli la tuer!
Elle était de mauvaise humeur,Francine n'allait pas assez vite,elle l'a poussée dans l'escalier!
Le docteur n'a pas été dupe de cette chutte"accidentelle",il a menacé,Louise n'a plus osé la brutaliser physiquement!
Pendant les années noires dela guerre de 39-45,sa mère fera preuve d'audace,de grande débrouillardise,allant jusqu'à écrire au Maréchal Pétain pour réclamer de quoi nourrir correctement sa projéniture.
Elle pbtiendra gain de cause!
Un camion est venu à plusieurs reprises devant la ferme déposer son chargement devant les yeux ébahis des enfants et des voisins.
Louise utilisait certaines marchandises pour faire du troc.
Elle n'hésitera pas non plus à faire du marché noir!
Elle organisait l'abattage clandestin de porc ou de boeuf dans sa cave et en vélo,des valises bourrées de viande sur le porte bagage,partait pour Lyon livrer sa marchandise!
Tout cela sous le nez des soldats allemands.
On a fusillé de braves gens pour bien moins que ça!
Les cadeaux étaient rares.
Une année,pour Noël,l'épicière avait organisé une tombola et les prix trônaient dans la devanture du magasin,histoire d'aguicher le client.
L'un d'entre eux était une superbe poupée en robe de satin rose.
Francine passait chaque jour devant la vitrine en se rendant à l'école et dévorait des yeux la beauté en celluloïd.
L'épicière aimait beaucoup Francine et connaissait la dureté de sa vie.
Elle avait bien remarqué les regards de convoitise de l'enfant.
Louise,faisant ses courses,s'était procurée quelques billets de la fameuse loterie.
Le jour du tirage au sort,l'épicière s'arrangeé pour provoquer la chance et la poupée aux blondes anglaises fut un des lots attribués à Louise,à condition qu'elle revienne à Francine.
Qu'avait dit la marchande,mystère,mais effectivement,l'enfant,les larmes au yeux put étreindre contre sa maigre poitrine le joujou aux joues roses.
Francine était une élève douée,après le certificat d'études,elle voulait devenir institutrice et sa marraine était prète à l'héberger à Villefranche pour qu'elle puisse continuer ses études.
Mais voilà,pour Francine sa mère avait une étrange indifférence.
Sa maitresse la soutenait et s'était enseignée pour une bourse.
Elle a intercédé auprès de la mâratre,mais cela n'a servi à rien!
Son grand frère André est bien parti de la ferme à sept ans.
Sept ans,loué pour garder les bètes.
Il a eu beaucoup de chance pour l'époque.Il est arrivé chez un couple qui venait de perdre leur fils,ils ont fait un transfert!
Francine a été placée comme bonne d'enfants,elle était en age de rapporter une paie à la maison!
Sa mère lui a volé son enfance!
Elle lui a également dérobé son avenir!

Un jour,un homme est venu la chercher en voiture,direction Villars les Dombes.
L'inconnu!
Elle va loger chez Mr et Mme Gotte,ses employeurs,pour s'occuper de cinq jeunes enfants.
Sa mère l'envoie sans avoir rencontré où même cherché à connaitre ces gens là,mais ils paient!
Villars les Dombes,c'est là qu'habitaient les propriétaires de la ferme des Canard,les Gaillard.
C'est eux qui ont contacté la mère.

Heureusement,les Gottes sont gentils,exigeants,mais compréhensifs.
Ils ont senti le désarroi et l'inexpérience de cette jeune fille.
Ils vont l'aider dans son apprentissage de la vie.
Même si les heures de travail sont nombreuses,mais elle n'a jamais connu un tel environnement.
Mr et Mme Gotte font partie de la bourgeoisie villardoise.
Madame vient d'une riche famille lyonnaise.
Ils sont propriétaires d'une usine de broderie mécanique.
Dans un immense hangar jouxtant la grosse maison familiale,les métiers,dés les premières lueurs du matin,font entendre leurs martèlements.
L'univers de Francine a changé du tout au tout,grande maison,nourriture équilibrée,environnement cossu.
Les enfants sont mignons,attachants,deux garçons et trois filles,mais avec ses propres frères et soeurs,elle a l'habitude des petits.
Elle est pleine de bonne volonté,elle est curieuse et avide de savoir.
Mme Gotte sera presque une mère de substitution,exigeante dans le travail,mais affectueuse.
Son mari sera plus intransigeant,mais il l'est tellement pour lui-même!
Elle cotoye maintenant un milieu différent,apprend à recevoir,à se tenir en réunion,à dresser une table lors des réceptions qu'organise le couple.
Même si elle reste une employée,elle participe,étant en charge des enfants.
Sa patronne n'est pas dupe du comportement de Mme Canard,de son intérèt pour l'argent.
Aussi,au lieu de payer son employée uniquement en monnaie sonnante et trébuchante qui,elle le sait,va directement dans l'escarcelle de samère,elle va monter le trousseau de la jeune fille,draps,serviettes,nappes,taies d'oreillers,bref,tout le linge de maison que doit posséder à l'époque,toute jeune fille de bonne famille!
Francine passera de nombreuses soirées à broder à ses initiales toutes ces merveilles.
Aujourd'hui encore,Madame Gotte et Francine sont souvent en contact.
Monsieur Gotte est décédé,mais l'affection est là,intacte!
Les deux garçons Gérard et Jacques,la dernière des filles Monique viennent à la villa pour le plaisir de la revoir.

Première déchirure!
Louis,mon père part pour le service militaire.
C'est l'année 1952.
Première étape,l'Allemagne,quelques temps pour se familiariser à la vie de caserne.
Pour Louis,c'est déjà une aventure,amis il est à l'aise à la différence d'autres de ses conscrits.
Il aime le changement et possède une curiosité toujours intacte.
De nouveau le départ.
Dépaysement total,il est appelé en Mauritanie.
L a Mauritanie,il avait entendu ce nom lors d'un cours de géographie,mais il restait un vague souvenir.
Première impréssion,la chaleur,l'odeur sèche des pierres,le tranchant de la lumière.
Il foule le sable du désert qui s'infiltre entre ses orteils,égratigne la plant des pieds contre les semelles de cuir de ses sandales.
La Mauritanie.
Un camp de vacances pour ces grands garçons venus pour la plupart directement de leurs petits villages de province.
Bien sur,c'est la vie militaire,mais ils en ont vu d'autres.
A part quelques fils à papa,tous sont déjà confrontés à la dureté de la vie.
Ils ont la chance inouie d'être chargé des patrouilles loin de tout.Le risque est pratiquement nul.
Pour la plupart,c'est l'opportunité de voir un peu de pays,de sortir de la routine de leur campagne.
Dans ses lettres à Francine,il décrit les paysages sauvages et les spectaculaires couchers de soleil derrière les dunes ocrées.
Le terrain de jeu est immense,extraordinaire,l'inconnu pur et simple!
Il raconte les parties de chasse aux antilopes,les courses en autruches qui servent à la fois de destrier et de gibier pour alimenter le campement en viande fraiche pour le diner,les grands ballades en dromadaire qui soit disant permettent de surveiller la région.
Les mois s'écoulent,longs à cause de la séparation,mais tellement remplis par le charme de cette contrée exotique.
A son retour,il rapporte de nombreux clichés,petites lucarnes en noir et blanc ouvertes sur cette vie passée au loin.
Le navire qui les a déposé dans cette contrée isolée,vieux rafiot blanc rouillé,nez sur le quai.
Louis en pantalon bouffant dans un oasis,sous les palmiers,l'ombre des grandes feuilles marbre le sol sableux et déforme les pieds chaussés de sandales,on dirait des griffes de rapace.
Louis en slip de bain se prélasse dans un creux de végétation,certains de ses compagnons barbottent dans un trou d'eau.
Une promenade à dromadaire,le casque colonial sur la tête,la jambe repliée sur le dos de l'animal,il semble osciller au rythme de son étrange monture.
Les casmattes du camp,batiments blancs aux fenètres en ogive étincellent sous le soleil,le temps semble suspendu.
Un troupeau de chèvres,cou tendu,happe les branches basses des arbustes près des huttes des gens du coin.
Un repas en plein air,près du braséro qui fume encore.En arrière plan,la camionnette qui sert de cuisine roulante,le chef cuistot Louis tient d'une main une longue cueillère,une louche plutôt.
Louis Curvat était boulanger,à l'armée il est devenu cuisinier,normal!
Je me rappelle cet album  à l'épaisse couverture brun sombre,un cygne est gravé en relief au centre de la page de garde.
Enfant,je le feuilletais de temps en temps,soulevant avec délicatesse les fines feuilles de papier de soie qui protégeaient les séries de photos coincées par des coins transparents à chacun des angles.
J'avaiis la sensation de pénétrer dans un monde inconnu,je reconnaissais ce visage familier,mais comme un fr-re jumeau,comme un sosie.
On a de la difficulté,enfant,à admettre que ses parents ont été jeunes gents,et plus ardu encore,imaginer qu'ils ont eu votre age!
Lorsque Papa parle de cette période,ce ne sont que de bons souvenirs.
Il se souvient de longues vacances,cotoyant les gens simples et cahleureux de cette région magique,lunineuse et minérale.
Seuls les bons moments sont restés dans sa mémoire,évanouie la douleur de l'éloignement,il lui reste la nostalgie du voyage.
Je crois qu'il aimerait remettre les semelles de ses chaussures dans les anciennes traces laissées par ses sandales de cuir,respirer l'air brulant du désert,passer les doigts dans le pelage d'un dromadaire,déguster un steak d'autruche et sentir entre ses mains la douceur du sable.
Il aimerait,mais aurait peur d'être déçu,peur de ne rien reconnaitre,c'est pour cela qu'il n'a jamais vraiment envisagé un séjour en Mauritanie.
Il préfère la certitude de sa mémoire,de ses photos!

Francine part de Villars.
Madame Darve,la mère de Mme Gotte lui mène la vie dure.
Cette femme ne supporte pas que ses petits enfants aient adopté aussi rapidement cette étrangère.
Brimades,mensonges,tout est bon pour la destabiliser,Francine se confie à sa patronne,explique qu'elle veut partir.
Mme Gotte comprend et la recommande chez une famille aisée de Lyon,des nobles à particule.
Elle s'occupe encore des enfants,mais habite dans un chateau,un vrai.
Elle découvre encore une nouvelle facette de la vie.
Séjours dans les stations balnéaires de l'Atlantique et du midi.
Les familles se regrouppent pendant les vacances,les enfants les accompagnent,les nounous suivent,s'entraident.
Elle fait la connaissance de Gaston Maréchal qui dirige une trouppe de théatre.
Francine s'émancipe,explore,Louis toujours à ses cotés.
Et oui,un monde nouveau,fascinant,exaltant même.
Quel délice les répétitions sur la scène,on se sent différent,vivant,important,même si c'est pour quelques instants.
Sensation d'avoir volé une seconde d'éternité!
Louis vient régulièrement rendre visite à sa "petite chérie",il n'hésite pas à enfourcher sa bicyclette après le travail pour venir la voir à Lyon.
Il est bien reçu par les employeurs,pas de chichi,la grand mère en particulier tient à lui offrir le café.

Les jours passent,les mois s'écoulent,l'amour grandit,plonge ses racines profondement dans le coeur des jeunes gens.

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jean cerrien 13/12/2006 07:54

Merçi ! je viens de faire un voyage de reves!
j\\\'ai un ami polynésien ( adopté par une famille française  en1984 ) Il aimerai retrouver ses parents; nous sommes en auvergne et j\\\'aimerais l\\\'aider! - jeancerrien@aol.com