Mon père me tenait par la main Chapitre 3

Publié le par Marie-Laure

Dans le pays de Dombes,elles étaient trois soeurs.
Très tôt,elles avaient perdu leur mère.
En ce début de vingtième siècle,mon arrière grand père Chaudet avait placé ses trois filles dans une institution religieuse à Lyon qui recueillait les jeunes filles pauvres mais de familles sérieuses pour se charger de leur éducation et ainsi en faire de bonnes épouses.
Le pensionnat était régi par un règlement quasi militaire,mais il était de son devoir de veiller à la bonne tenue des jeunes filles.
L'enseignement était gratuit,mais il existait naturellement,obligatoirement,une contre partie.
Tous les jours,sauf le dimanche,les enfants,la majorité des protégées de ces charitables soeurs étant très jeunes,travaillaient dans l'établissement BONNET,filature et broderie.
Naturellement ce travail permettait à ces jeunes demoiselles d'acquerir un métier et de participer ainsi çà leur entretien.
En fait;j'assimilerais ces conditions de vie à l'exploitation de splus faibles,mais bien sur il s'agissait d'un autre siècle,d'une autre mentalité.
Les grands patrons d'industrie,paternalistes,mais surtout avides de garder leur main d'oeuvre bon marché à tout prix,utilisaient tous les procédés pour recruter,fidéliser et utiliser.
Les trois soeurs furent séparées par le départ de la benjamine,Camille.
Elle partait rejoindre sa marraine qui entendait se charger de son éducation dorénavant.
Ma grand mère retourna auprès de son père.
Ayant reçucette éducation,elle trouvait normale de revenir pour s'occuper de la maison.
Elle fut mariée quelques temps plus tard à l'homme qui allait devenir mon grand père,Louis Curvat.
Cette histoire me fut racontée par ma grand mère.
Louis était le fils batard d'un gros propriétaire terrien de la région de la Dombes.
Ce dernier avait engrossé une de ses servantes et,dés la nouvelle connue,avait trouvé un brave garçon pour endosser la paternité non acceptée.
Un brave homme payé par un coin de terre à cultiver et peut-être quelques monnaies?
Un homme qui pris la fille mais mena la vie dure à l'enfant de l'amour.
Ma grand mère ne fit pas un mariage d'amour.
Mon grand père était un homme certes sévère,mais juste,travailleur,curieux de tout.
Il s'était marié un peu tard après avoir vécu sa vie de garçon.
Il avait fait un mariage de raison.
Il cherchait une jeune femme de bonne mentalité,travailleuse,une épouse,pas une amante!
Ils se marièrent et de leur union naquirent quatre garçons et une fille.

Henri,l'ainé,disparait tragiquement à l'age de dix sept ans lors d'une baignade dans un étang des environs.
Une course à vélo avec son frère André et des amis sous le soleil brulant,la transpiration,envie de fraicheur,le plongeon dans l'eau calme.
Hydrocution.
Son décès marquuera une cassure,la fin de la vie tranquille.
Finies les soirées d'été à discuter avec les voisins sur le trottoir en sirotant une citronnade.
Terminées les veillées d'hiver à jouer aux cartes ou au nain jaune devant le poêle ronflant en grignotant des crèpes ou du pain perdu.
Comme l'escargot rentrant dans sa coquille pour se protéger du danger,les Curvat refermeront la porte derrière eux.
Le chagrin posera ses grilles,emprisonnant parents et enfants.
De nombreuses années devront passer pour retrouver un peu de parfum de la vie d'antan.
Ses frères auront dorénavant une angoisse irraisonnée envers l'élément liquide.
Ma grand mèer restera inconsolable et sa peine mesautera encore au visage lors de mes visites à la maison de retraite.
Henri était hébéniste.
La dame à la faux avait déjà frappé.

Hélène,l'unique fille,jolie,intelligente,mais les études c'est chèr!
C'est pour les garçons.
Elle apprendra la couture,mais rapidement mère de famille devra s'occuper des enfants.
Elle était mariée à Germain,artisant platrier peintre de talent,mais privilégiant souvent ses amis plutôt que sa famille.
Le quatrième,André sera l'intellectuel,il deviendra instituteur puis inspecteur des écoles.
Le petit dernier,le polisson au visage d'ange,Georges,l'électricien.

Mon grand père était sabotier et gagnait correctement sa vie car à la campagne les sabots restaient encore bien souvent les seules chaussures utilisées.
Et puis,il y avait le jardin qui par ses soins donnait toutes sortes de légumes.
Mon père est le troisième enfant de la famille,il est né le 28 mars 1932,il se prénomme Louis,Louis Raymond.
Sur les  photos de son enfance,on fait la connaissance d'un joli bambin aux joues rondes et au regard sérieux.

Il est curieux.
Un jour,il reçut en cadeau un petit lapin en peluche,son premier geste fut de lui ouvrir le ventre pour s'assurer qu'il était bien semblable à ceux que sa mère accommodait régulièrement.
Elise,ma grand mère,sauva in extremis le malheureux jouet.
Il est turbulent,revient souvent de l'école les genoux en sang et les vètements bons pour le raccommodage au grand désespoir de sa mère.
Il est affectueux,mais réservé,craind son père et vénère sa mère.
C'est un gentil garçon,pas compliqué,un brave gosse.
Pendant les difficiles années de la seconde guerre mondiale,il va garder les cochons pour ramener quelques sous.
Il gardera un souvenir douloureux de ces années de guerre.
Non pas qu'il ait connu la faim,à la campagne,avec les jardins,les fruits qu'offraient la nature,l'entre aide entre voisins,il y eut toujours un repas correct chez mes grands parents.
Ils arrivaient même à aider la famille habitant en ville.
Mais le fait d'être loué aux paysans pour quelques menues monaies l'avait marqué,humilié même,je crois.

Les années passant,mon grand père devra diversifier son activité.
Peu à peu les sabots perdent leur monopole,même à la campagne,on préfère les chaussures de cuir,les ventes baissent.
Il va louer ses services,faire des jardins chez des particuliers,devenir préposé à la bascule municipale.
A cette époque,les paysans,les agriculteurs viennent faire peser les sacs de grain,les animaux sur une énorme balance au milieu de la place de l'église.
L'opération est assurée par un employé de la mairie,mon grand père à cette époque.
C'est un grand pècheur de grenouilles.
Les botasses,des trous d'eau,le bord de la rivière Chalaronne,foisonnent de ces batraciens aux cuisses si appréciées.
Mon grand père part le matin,armé d'un sac en toile de jute et d'une ligne rustique au bout de laquelle pend,entortillée,la peau d'une de ces bestioles.
Il revient toujours content de sa pèche.
Sa femme prépare les bètes et les revend aux restaurants qui paient un bon prix,un revenu non négligeable pour la famille.
Malgré tout,ma grand mère va prendre la gérance d'une épicerie à l'éffigie de Docks Lyonnais,enseigne stéphanoise de la distribution.
Sa boutique est très bien située,sur la rue principale à coté d'une cordonnerie,d'une boulangerie et d'une boucherie.
Elle fait face au marché qui a lieu chaque semaine sue la place de la mairie et de la poste.

Mon père termine sa scolarité.
Il marche très bien à l'école.
Jusqu'à l'age de 12 ans,son parcours a été un peu difficile,il ne s'entend pas ave son instituteur.
Heureusement,l'année suivante,il change de classe et devient très bon élève.
Le nouvel instit le comprend,l'aide.
L'heure du certificat d"études sonne,succès!
Vient le moment critique de la poursuite des études.
Dileme!
Son frère André est dans la même classe que lui,mais il a un an de moins.
Mes grands parents ne peuvent subvenir aux dépenses de deux étudiants,ils doivent faire un choix!
Qui partira à l'école normale?
C'est A ndré qui a été élu,son age est un atout,il peut prétendre à une bourse.
Mon père devra commencer à travailler,il faut gagner sa vie tôt.
Il entre en apprentissage chez un boulanger.
Il a quatorze ans et prend goût au métier malgré la fatique due aux nombres d'heures et à la difficulté du travail.
Il faut charrier les sacs de farine de 100kg sur le dos,pétrir à la main,à l'époque,pas de pétrin électrique,tout se fait manuellement.
Bourrer le four de bois jusqu'à la gueule n'est pas non plus une sinécure,tout prend du temps et surtout de l'énergie.

Mon père arrètera sa croissance physique lorsqu'il commencera à travailler.
Maintenant encore,il est compléxé par ce qu'il juje sa petite taille,1m68,et fait preuve de suceptibilité lorsque la conversation arrive sur ce sujet.
C'est un beau jeune homme brun au visage régulier et aux yeux de chataigne pailletés d'or.
Il arbore une petite moustache,possède un joli nez et un sourire enjoleur.
Sur la pjoto prise lors de son service militaire,son regard pétillant est prèt à dévorer le monde,rien ne peut lui resister!
Il joue au foot dans l'équipe de Villars,a de très bons amis.
Après les matchs,ils viennent l'aider à préparer son four à bois,lui tiennent compagnie.
Il les fréquente toujours à l'heure actuelle,il est fidèle en amitié comme en amour!

C'est le printemps;le printemps de son existence.
Il n'a pas vingt ans et il est amoureux.
Il a fait la connaissance de Francine.
C'est une toute jeune fille,ravissante avec ses longs cheveux chatains qui déroulent leurs anglaises sur ses épaules,des prunelles d'un bleu limpide.
Elle est toute menue,toute timide et possède des jambes de reine,ne l'appelle t on pas la mome Mistinguette à cause de ses jambes!



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