Mon père me tenait par la main Chapitre 2

Publié le par Marie-Laure

L'avion est en approche.
                               Dans quelques minutes je marcherai dans cet aéroport de Lyon St Exupéry où Papa et maman sont venus tant de fois nous accueillir,mais cette fois ci....
Bon sang,j'en ai des nausées.
J'ai des douleurs dans le ventre,des envies d'aller au toilette en vitesse et puis plus rien.
J'ai les larmes aux yeux,mais rien ne sort.
Je me sens vide.

Hier,Serge m'a accompagné à l'aéroport du Raizet.
J'ai fait la brave,mais juste en apparence,pour ne pas l'inquiéter.
A l'intérieur,la déroute complète,que vai-je trouver en arrivant,est-ce que l'on ne m'a rien caché,qu'est-ce que je vais pouvoir faire?
Merde,c'est dur!
Dur de laisser Serge,surtout qu'il ne pourra me rejoindre qu'au 15juillet,après les résultats définitifs du BAC,deux mois et demi!
Dur de laisser les garçons,même si je sais qu'ils seront moins perturbés que nous.
Merde!
Jurer me fait l'effet d'un onguent mais à la vertu éphémère,le temps de prononcer le juron,une bouffée relaxante!

Le voyage,aucune idée,aucun souvenir.
Je ne me rappelle de rien,rien à signaler!
L'arrivée,l'angoisse encore plus prenante.
Je panique de l'intérieur,n'importe quoi!
Mon oncle Jojo sera-t-il là?L'état de Papa?
J'ai téléphoné de Roissy lors du changement de vol,en premier à Serge pour lui dire que tout va bien et l'embrasser,puis à maman,rien de nouveau,mais depuis....
Je m'attends au pire,pourquoi tout à coup,alors que jusqu'à présent il m'avait semblé que j'étais assez optimiste.
Le doute,toujours le doute qui enfle,me tord les intestins.
Les toilettes,l'eau fraîche sur les doigts,un peu de parfum.

L'avion s'est arrété.
Les minutes passent au ralenti.
J'ai l'impression d'avoir les oreilles pleines de coton.
La porte s'ouvre.
Le cordon des passagers est avalé par la passerelle.
Merçi,dit l'équipage,au revoir.
Un pale sourire de ma part à l'intention d'une charmante hotesse.
Je ne peux fairemieux
Bon sang encore ces nausées,j'ai chaud.
J'avale ma salive,pense à un verre d'eau.
Les bagages,attendre encore,la ronde des valises sur les tapis roulants.
J'appréhende,et s'il en manquait un!
Cela nous est arrivé deux fois.
J'espère que non!
Je ne me sens pas le courage d'effectuer les démarches,attendre son tour,car c'est toujours plusieurs bagages qui s'égarent en même temps.
Non,vraiment pas la force d'envisager ce problème.
Soulagement,tout est là,trouver un chariot.
Merde,tout me parait compliqué,difficile,alors que j'ai l'habitude pourtant.
Punaise,faut que je me secoue!

Pas de controle en douanes,c'est tant mieux,pas envie de parler.
Les portes automatiques me laissent passer et d'un coup je me retrouve dans cette cohue des familles,des amis qui attendent leur passager.
Une claque,oui,j'ai reçu une énorme claque!
La planète Terre tourne,les gens qui la peuplent continuent de vivre alors que mon désarroi est total!
Révélation:
Non,je ne suis pas le nombril du monde!
Mon père est un parfait inconnu,un grain de sable,une poussière,un atome.
L'image cliché de la fourmi importune que l'on écrase du bout des doigts me traverse l'esprit.
Ces gens pressés contre les rampes s'en fichent,même pas,ils ne savent rien de lui.
Papa n'existe que pour nous.
Est-ce de l'orgueil de vouloir que l'on partage votre peine?
Que tous partagent!
Bien sur,quelle mièvrerie!
Comme tout est dérisoire soudain!
Ce bruit,ces mouvements,j'en ai les larmes aux yeux et je ne vois pas mon oncle.
Je sors,personne,sensation d'abandon,solitude.
Je retourne dans le hall,fais demi tour.
Je l'aperçois,soulagement,je memords l'intérieur des joues pour ne pas pleurer.

Il me sourit,me colle un baiser sur la tempe et saisit le chariot à bagages,en route vers le parking.
Je ne me souviens pas de quoi nous parlons.
Je crois que nous sommes soulagés de nous revoir et angoissés d'aborder la raison de ma présence.
Nous sommes tellement perturbés que nous avons oubliés de nous acquitter de la note de parking,retour dans le hall pour trouver une borne de paiement.
Le malaise a duré.
Nous nous sommes trompés de route pour rejoindre Villars les Dombes.
Je le sens très inquiet.
Il y a quelques années,il a eu un infractus qui l'a obligé à cesser son tarvail.
Il avait une entreprise d'électricité.
Du jour au lendemain,terminé.
Dur!
Sa femme Arlette,a repris son activité de comptable.
J'ai beaucoup d'affection pour elle,c'est une femme energique qui dégage aisance et distinction.
Arlette a repris le chemin du bureau,clinique du Tonkin à Lyon après avoir veillé sur la comptabilité et la gestion de l'entreprise de son époux.
C'est auprès d'elle que j'irai chercher réconfort en cas de besoin.
Au fil des années,Jojo a raccommodé les accrocs de son coeur,du moins ce qu'il a pu.
Je les aime énormément tous les deux,on s'entend bien,même si mon oncle a un caractère qui peut parfois être excécrable,en partie à cause de ses problèmes de santé.
Il n'admet pas son état.
Il a des sautes d'humeur!
Mais je sais que je lui trouverai toujours des excuses.
Je ne sais pourquoi,mais j'ai toujours eu une énorme tendresse et patience pour les personnes possédant un caractèredifficile et fantasque,les grognons,les gentils grognons.

Mon arrivée à la villa.
Maman me serre contre elle.
Pendant qu'elle m'embrasse,elle transfert ses tonnes d'angoisse,de soucis,d'interrogation sur mes épaules qui ont pourtant déjà beaucoup à supporter.
Elle semble se redresser un peu,reprendre des couleurs et ses yeux s'éclairer.
Je la trouve si fragile.
Mon dieu,elle attend tout de moi!
C'est irréel,nous discutons de Papa,comme ça,sans a priori.
Ma petite soeur Véronique est restée auprès de maman ces deux jours durant,son mari Frédérique doit passer la chercher.
J'ai la désagréable sensation que tous se reposent sur moi!
Maintenat que je suis là la grande soeur,la fille ainée,elle va gérer,faire ce qu'il est nécessaire.
Je donne donc une telle image de force,de force tranquille même!
C'est déroutant et stressant,en suis je capable?
Pourquoi?
Je téléphone à Serge,une bouffée d'oxygène.
Oui,je suis bien arrivée.
Il est très tard ou très tôt en Guadeloupe,mais je sais qu'il attend et moi également.

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Arlette 08/05/2009 10:28

J'ai mis mes pas dans les vôtres ! Je peux comprendre certains ressentis car souvent on a déposé sur mes épaules des bagages qui n'étaient pas les miens et j'ai eu  bien des peines à avancer !