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Avec sa grand mère Elise,elle cueillait et déposait avec précaution dans une corbeille les fruits d'un superbe pècher bien agrippé à la terre par ses grandes griffes de racines.
Il dispensait sans compter durant chaque été ses fruits qui tenaient du miracle.
C'est le père de Lise,étant enfant,qui avait planté un simple noyau.
Un jour de marché,un paysan lui avait fait don d'un beau fruit rouge orange vif,gros comme poing d'un homme,parce qu'il l'avait aidé à descendre et charrier ses paniers depuis sa charette.
Pour le planter,le père de Lise avait choisi le fond du jardin,à l'ombre d'une cabane de pisè abritant d'un coté les clapiers des lapins et de l'autre les petits coins.
Tout près,adossé à un des murs,le compost du grand père Raymond où litières souillées et déchets inutilisables du jardin s'ammoncelaient et pourrissaient en strates inégales.
C'est sous cet agglomérat que son grand père et son père par la suite venaient déterrer à la bèche d'énormes vers de terre bien grassouillets lors des parties de pèche au bord de la
Chalaronne.
Est ce la proximité de ces sources d'engrais,mais l'arbre fruitier avait forçi et profité on ne peut mieux.
Depuis de nombrueuses années il récompensait petits et grands de sa généreuse récolte.
La grand mère Elise savait accommoder les fruits charnus et rubiconds de toutes sortes de façon,et l'hiver,en ouvrant un pot de confiture ou un bocal de fruits au sirop,le parfum de l'été
enchantait la cuisine et les palais des gourmands.
Lise avait une tendresse particulière pour sa grand mère.
Petit bout de femme,toujours coiffée d'une maigre natte tortillée en chignon sur la nuque où il tenait par miracle par un peigne de corne de vache.
Lorsque sa grand mère peignait ses longs cheveux le matin,Lise s'étonnait qu'une telle longueur donne une aussi pauvre tresse.
Elle avait les cheveux si fins,si doux,si blancs.
Un petit bout de femme,mais si dure,si tétue à l'ouvrage.
Levée tôt,couchée tard,jamais assise,sauf le soir à la veillée.
Le nez surmonté de petites lunettes,elle reprisait sans relache,ou bien installée devant sa machine à coudre,le seul luxe de la maison,elle pédalait des deux pieds,une main sur la roue qui entraine
la courroie,l'autre sur le tissu,au ras l'aiguille.
Lise frémissait chaque fois que la main s'en approchait de trop près.
Petit bout de femme qui vous négociait un lapin avant que vous vous en rendiez compte.
Un coup derrière les oreilles et sa grand mère devenait sanguinaire en faisant sauter un oeil de la pauvre bète.
A cette époque,le grand père était sabotier et la grand mère tenait une épicerie dans la même pièce,celle où le père de Lise travaillait aujourd'hui.
Il y avait un bric à brac hétéroclite qui allait du pavé de savon de Marseille aux pastilles de Vichy,en passant par les baleines de corset,les crayons mine et les bouteilles d'apéritif.
Lise adorait trainer devant les grands casiers qui étalaient à la vue de tous leurs trésors aux étiquettes colorées et étonnantes,et d'où d'échappaient des effluves diverses et entetantes qui
planaient à longueur d'année dans la boutique.
Dés qu'un client rentrait pour l'épicerie,le grand père avertissait:
-Elise,y a du monde,et sa femme arrivait en trottinant,s'essuyant invariablement les mains dans son tablier.
Après le "bonjour" obligatoire et souriant,on entendait le "et qu'est ce que ce sera"traditionnel.
Même si l'épicière tardait un peu à venir,ayant les bras dans la lessive,ou tournant une sauce qui ne voulait en aucun cas qu'on l'abandonne,le sabotier était là pour faire patienter le ou la
cliente en lui faisant un brin de causette.
Lise adorait sa grand mère et c'était réciproque,même si cette dernière n'était pas expensive.
Tout était dans le yeux,le sourire.
Comme Lise avait eu mal quand elle était tombée malade.
Une boule de pain s'était logée au fond de sa gorge et elle ne parvenait pas à la faire descendre.
Sa grand mère ne pouvait pas mourrir,c'était impossible.
Jamais au grand jamais,Lise n'aurait pu imaginer un avenir sans elle.
Bien sur que non,l'évidence même,une grand mère c'est toujours là.
C'est nécessaire,précieux,vital.
Oh,comme elle avait pleuré quand son père était venu lui parler.
Une brulure ardente dans la poitrine accompagnant l'explosion de douleur
Sa grand mère comprenait,tout,sans exception,il suffisait de lui parler,l'amour faisait le reste.
Comme son départ vers cette destination inconnue avait été pénible.
Son petit bout de grand mère s'en était allée,mais surement pas dans ce cimetière,sous cette butte de terre,comme tous avaient voulu l'en persuader.
Non,elle n'était pas là,impossible,certitude.
Elle était partout,sauf là.
Lise était certaine que chaque qu'elle discutait avec elle dans sa tète,elle entendait.
Elle était partout.
La nuit dans les étoiles,les jours de pluie dans les gouttes d'eau fraiche,dans le souffle du vent quand ce dernier se levait,dans les plumes blanches de la neige,dans l'air chaud des jours
d'été,dans le chant des oiseaux au printemps,dans la danse des feuilles en automne.
Le soir,près de son lit et le matin aussi juste avant son réveil.
Lise en était convaincue,sa grand mère la suivait partout,comme ombre bienveillante.
Même tout à l'heure,au bord de l'étang,mon dieu,comme elle avait du souffrir elle aussi.
Quand sa petite fille avait pu s'échapper,quel air buté,outragé,dédaigneux avait elle pris en fixant l'autre débile,pensait Lise.
Oh oui,elle était bien partout,même si parfois Lise avait les larmes aux yeux et la gorge nouée de la savoir si proche et si inaccessible pourtant.
De ne pouvoir la sentir,la toucher,lui parler vraiment et non comme à un fantome,entendre sa voix,le son de sa voix,la vraie,pas celle dans son cerveau,humer son odeur de lavande.
Comme elle lui manquait,comme elle la désirait,surtout à cet instant.
Etouffant son chagrin,la jeune fille enfouit son visage et sa peine dans son oreiller de plumes,laissant glisser la pèche de ses doigts,qui en touchant le parquet renvoya un léger son mat.
Elle aurait voulu mourrir à cet instant précis,mourrir pour enfin la rejoindre,la tenir dans ses bras et lui avouer tout l'amour qu'elle n'avait pas pensé lui dire quand elle était encore présente
et éternelle.
Elle pleura longtemps à gros sanglots,puis peu à peu,la source de ses yeux se tarit et elle se calma sous les attaques sournoises du sommeil.
La peur l'avait épuisée
Son corps brisé d'émotion réclamait le repos.
Bientot,la jeune fille s'endormit,laissant échapper encore de temps en temps un gros soupir.
De petits coups tapotés contre la porte parvinrent à lui faire reprendre conscience.
-Qu'est ce ,demanda t elle en s'asseyant sur le bord de son lit,passant ses doigts dans s achevelure.
-C'est moi ma douce,Margot
D'un bond,elle fut à la porte qu'elle ouvrit en grand.
-Oh Margot,je me suis endormie,je suis désolée.
-C'est rien,je t'ai laissée tranquille,reprit la brave femme,mais tu devrais descendre.On va faire la soupe,continua t elle en riant deavnt l'air ébahi de Lise.
-Tu as fait un gros dodo,ma belle,mais tu en avais bien besoin,ça a chassé beaucoup de vilaines choses.Le sommeil ça décrasse le cerveau et après on va mieux,les idées sont plus claire.Allez
viens,rattache tes cheveux et en avant ma fille.
Parvenue dans la grande salle,le premier travail de Lise fut de tirer un seau d'eau.
Non du puits de la cour,mais de celui qui se trouvait dans la souillarde,dans l'épaisseur d'un coin de mur.
On ouvrait un épais volet de bois et d'un coup le souffle du vide,noir et froid prenait son élan pour envahir la pièce.
Quand Margot lui avait fait découvrir ce recoin,Lise avait senti l'haleine mystérieuse.
La respiration de la terre était perceptible et son fluide frais et limpide tout au long de l'année en était le don généreux.
En été,il suffisait de laisser la paupière de bois grande ouverte pour vous rafraichir la salle,si bien que malgré la chaleur dégagée par la cuisinière à bois,l'atmosphère de la cuisine demeurait
respirable.
Dans ce puits qui communiquait avec le mystère de la terre,on descendait dans un seau,les bouteilles et denrées que l'on désirait garder très frais.
Une manne ce puits à la Dame Noire,pas besoin de courrir dans le froid en hiver pour tirer de l'eau,et l'été,un garde manger irremplaçable.
Rares étaient les fermes qui possédaient une telle merveille.
Bientot,la suite de LISE Chapitre 3...........
publié dans :
LISE (roman)
Vendredi 14 décembre 2007
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