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  • : 28/10/2006

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Le jardin était le domaine de Margot,son domaine réservé.
Son mari béchait et ratissait,mai son intrusion s'arrètait là.
Margot se chargeait du reste,des semis,du repiquage,de l'arrosage et naturellement de la récolte.
Grace à ses efforts et ses soins,depuis fin mars où cette année le printemps précoce avait réveillé la terre,elle passait tous ses moments de liberté dans cet écrin de verdure où les fleurs qu'elle affectinnait particulièrement éclataient en taches colorées et parfumées.

Par ses attentions quotidiennes,le jardin regorgeait d'une multitude de légumes divers qui faisaient le régal des habitants de la Dame Noire et de Mr d'Angers lorsque l'envie lui prenait de déjeuner avec Margot et Dominique.

Lise trouvait qu'une affection particulière liait le vieux couple à leur maitre.Elle était bien jeune,mais elle n'avait jamais rencontré ce genre de rapport entre maitre et fermier.
La vie dans les campagnes était dure,très dure.
Combien de fois,lorsqu'elle aidait sa mère dans son travail de couturière,n' avait elle entendu,pour ne pas dire surpris,les valets ou servantes,tous ces petites gens des fermes,se plaindre à son père d'un maitre trop sévère,trop rude ou trop pressant auprès des filles.
Ils se confiaient en le regardant travailler à la réparation de leurs paires de  sabots.

C'est pourquoi elle avait eu cette appréhension en apprenant que son père l'avait mis servante.
Faut dire qu'il avait guère le choix,le brave homme.
Sa femme ,Alice,la mère de Lise était couturière.Cela permettait de payer le loyer de leur modeste logement.
Le père,avec ses sabots et ses petits travaux de bricolage en menuiserie faisait bouillir la marmitte.Mais il fallait qu'il aide le grand père Raymond et son oncle le Claudius,qui étaient plus très jeunes et comptaient sur lui pour ne pas manquer du nécessaire.
Bref,les gages de Lise permettraient peut-être de mettre un peu d'argent de coté,au cas où!
Peut-être que sa soeur Marion,pourrait aller à l'école plus longtemps qu'elle.

Lise se rappelait ce jour de souffrance.
Un beau jour d'Avril,elle avait du rendre ses livres en disant à son institutrice:
_Aujourd'hui,je vous quitte!
Comme tant d'autres l'avaient fait avant elle et tant d'autres le devraient encore.
Le désarroi avait envahi sa maitresse.Une enfant si douce,si spontanée et si intelligente,quel gachis!
Mais que faire,que dire.
Lise en avait encore les larmes aux yeux lorsqu'elle pensait à son école.Elle aimait tellement connaitre,comprendre.
Son amour des livres la prenait à bras le corps.Et maintenant,dorénavant,plus rien!
Un livre prété par Madame d'Angers,"Paul et Virgine",lui avait fait découvrir des mondes inconnus,l'avait fait rire,espérer,souffrir en même temps que ces deux héros.
Mais Madame d'Angers avait repris l'ouvrage et étant d'humeur maussade,elle n'avait pas confié d'autre lecture à la jeune femme.

Comme tout est bizarre à la Dame Noire pensait elle.Rien ne semble comme ailleurs.
Elle avait l'impression d'être entrée dans un autre univers en venant vivre dans cette grande ferme.
Elle avait quitté un monde et,tel Alice passant de l'autre coté du mirroir,elle avait trouvé une atmosphère spéciale,très particulière,on se sentait accueilli dans une grande famille.
Lise réflechissait à tout cela en suivant la silhouette massive de Margot vers la cabane à lapins.

Dans chacune des cages,un gros père ou mère lapine,couché de tout son long contre le mur de pierre à la recherche de quelque fraicheur,les regardaient s'approcher.
Ils connaissaient bien les deux femmes qui leur dispensaient tous les jours leur pitance et renouvelaient leur litière de foin.
Ce n'est qu'en sentant l'arome dégagé par les déchets de légumes et l'herbe épaisse ramassée dés la rosée du matin évaporée qu'ils commencèrent à tendre leurs petits nez roses et frémissants.
Pendant que Margot ouvrait chaque cage une à une,Lise lui présentait le grand panier d'osier dans lequel la brave femme puisait à pleines mains ce qui faisait le délice des lapins. 

_Dis Margot,osa Lise.Peux tu m'expliquer pourquoi le maitre est comme ça.
_Comme ça quoi s'étonna la cuisinière en fronçant des sourcils et marquant un temps d'arrèt.
_Et bien,je sais pas comment dire,reprit Lise.Mais depuis que je suis arrivée,je n'arrive pas à croire que je suis employée dans une ferme.
Margot s'étira et dévisagea la jeune femme à ses cotés.
_Mais qu'est ce que tu veux dire?
Lise semblait chercher ses mots
_On dirait plutot que je suis en visite dans une partie de la famille.Il y a le père Dominique,la mère,toi,et des grands frères ou des cousins,à part Mathieu bien sur qui me fait penser au canard noir d'une couvée de cygnes blancs et qui s'est trompé de nid.
Elle éclata de rire et Margot se mit à glousser elle aussi.

_Ah,tu me fais plaisir,ma douce,lui lança Margot avec un franc sourire.Vois tu,j'ai beau être la maitresse de par ici,je peux pas me conduire comme font les autres qui sont propères,qu'ont un peu de bien.
Elle caressa d'une main distraite le pelage d'un beau lapin couleur de miel qui grignotait nonchalamment une fane de carotte.
_Il faut que ça marche droit,c'est sur ,reprit elle en continuant sa distribution d'épluchures.Mais où irait le monde si chacun faisait à sa tète et si personne tenait les rènes.Hein ma jolie,où irait le monde,tout de travers,je te le dis,tout de travers,continua t elle en enfournant une grosse brassée de pissenlits dans une des cages.
_Oui bien sur,dit Lise,mais le maitre la dedans,il est maitre ou pas,
_Ca ma fille c'est plus compliqué,rétorqua Margot en se grattant la nuque.

Vois tu ma douce,le Dominique et moi on est chez nous ici.La maison,les terres sont pas à nous bien sur,on l'a pas acheté,mais on est chez nous.
Lise la fixait d'un air étonné.
_Oui,oui chez nous répéta Margot.Vois tu,personne peut nous mettre dehors,personne ne peut nous faire partir si on veut pas.
Elle secoua son tablier et s'appuya contre les cages.
_Bon,je t'explique.C'est le père de notre maitre qui nous a pris à son service Dominique et moi.Mon dieu que j'étais jeunette quand je suis arrivée ici,ton age,peut-être moins.Mon dieu,ça fait bien longtemps déjà!
La brave femme s'arreta en regardant au loin,par dessus la palissade de rondins,puis elle s'assit sur un banc contre le mur qui gémit sous son poids.
Elle reprit son récit d'une voix chargée de graviers,pleine d'émotion.
_Vois tu,c'est moi qui ai accueilli notre maitre,le jeune,en ce monde quand il est né.Et oui,son père avait voulu que sa femme finisse sa grossesse au domaine,au grand air,au calme.Quand notre maitre est né,quel braillard c'était à c't heure.Toujours affamé,jamais satisfait.Sacré dieu,quelles nuits il m'a fait passer.Et c'est moi qui me suis occupée de lui quand sa mère est morte un an après.

Elle soupira en dodelinant de la tète et ses yeux s'embuèrent.
_C'est encore moi et mon homme qui l'avons gardé jusqu'à l'age de sept ans,ici,à la Dame Noire.Le père d'Agers était notaire à Lyon et le pauvre a été complètement retourné quand sa femme a passé.
En attendant de trouver quelqu'un à la ville pour élever son fils,il nous l'a laissé et comme le gamin,enfin le jeune maitre semblait heureux comme un roi avec nous,et bien il a pas été pressé de chercher une brave femme à la ville pour l'éduquer.
La grosse cuisinière suspendit son récit quelques secondes,retournant entre ses doigts boudinés une fleur de pissenlit.
_Mon dieu,quand j'y pense,reprit elle.Qu'est ce qu'il a pu rager et tempeter quand son père est venu le reprendre pour de bon.C'était pitié de le voir.On en avait le coeur retourné Dominique et moi.Mais il fallait bien qu'il aille à l'école,fallait bien qu'il devienne notaire comme son père.Seigneur dieu!Il était pas commode le petit,quel caractère.La nounou qui nous remplacé,elle a pas du avoir la vie rose.Tu penses,y pensait qu'à revenir ici.Combien de fois son père l'a surpris avec son baluchon,prèt à prendre la route pour la Dame Noire!
Bref,et bien quand le père d'Angers a senti qu'il devenait vieux,il a pris des dispositions comme y disait.Le domaine est au jeune d'Angers,mais il pourrait jamais nous faire partir,enfin lui c'est sur il ferait jamais une horreur pareille,mais le vieux Monsieur d'Angers pensait surtout à  la jeune madame d'Angers.On a l'usufruit que ça s'appelle.On est chez nous,mais chez lui.

Margot étira ses jambes devant elle et sembla contempler le bout de ses sabots pendant quelques secondes.Lise n'osait interrompre cet instant,attendant la suite de l'histoire.
_Remarque ma Lise,continua enfin Margot.Notre maitre nous aime Dominique et moi,un peu comme si on est de sa famille.Tu comprends,ce petit,il a connu que nous.Son père était trop occupé avec ses affaires et déjà d'un bon age,tu penses,presque cinquante ans.Il l'a eu trop tard cet enfant.Ca a tué sa femme et le pauvret a connu que son père.
Elle tendit son visage couleur de pomme mure vers la jeune fille debout près d'elle tenant son panier.
_Tu penses,presque cinquant ans,c'est tard pour avoir un gosse.On l'a nourri,on l'a soigné et surtout bécoté à tour de bras cet enfant.Le Dominique et moi,il nous a fait un don du ciel le père d'Angers avec ce gamin.Nous qui pouvions pas en avoir,il nous en donne un!
La dessus,Margot,l'oeil humide,se retourna brusquement comme si elle avait entendu un bruit,puis regarda Lise et sourit.

_Je suis une grosse betasse,tu me fais m'attendrir et notre jeune monsieur me fait tourner en bourrique avec ses idées farfelues.
La jeune fille avait écouté le récit de Margot avec interet et presque avidité.
_Je comprends mieux maintenant,laissa t elle échapper.La famille,c'est toi ,Dominique qui l'avez créé,et c'est pour ça que l'on se sent bien.
Margot sourit,ses yeux pétillant fixaient la jeune fille.
_Ah ma jolie,tu es curieuse de tout.Ma foi,dans ta petite cervelle,tu t'en poses des questions!Et bien,la bonne Margot sera toujours là et fera ce qu'elle pourra pour te répondre.Et maintenant au travail.Il faut bien les semer ces haricots,ils vont pas venir tous seuls.On reviendra tout à l'heure estourbir le gros noir,dit elle en parlant d'un superbe lapin qui n'avait pas reçu sa ration d'épluchures et d'herbe tendre.
Prenant Lise par la main,elle l'entraina vesr le fond du jardin.
_Là,ils seront à leur aise les haricots.Ce sera parfait.Tu verras,y vont se plaire ici.Y a pas,faut choisir le bon endroit et arroser quand il faut et juste ce qu'il faut,et alors on récolte tranquillement,hein ma belle.
Le sourire de Margot illuminait son visage rond et rose.
Lise se sentit fondre de bien être et de sécurité aux cotés de cette forte femme.

Prochainement la suite de "Lise",chapitre 3.........





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Samedi 6 octobre 2007
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