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  • : 28/10/2006

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Lise se leva, ébouriffa sa jupe pour faire tomber les miettes de pain qui restaient accrochées,pris le panier,y déposa le couteau et sortit dans la cour.Avant de libérer les animaux elle se retourna vers la cuisine et du pas de la porte lança:
_Merçi Margot
D'un pas léger elle prit le chemin de l'écurie,mais avant de détacher les deux vaches beiges,elle se pencha sur le jeune veau blanc qui tétait sa mère.Il y mettait tant d'ardeur que le lait coulait sous son menton et sa mère,indifférente aux coups  de tète dans son ventre,machonnait une touffe de foin.
Les deux vaches avançaient nonchalamment,suivies de leur progéniture.Elles devaient se douter du but de la sortie car Lise n'eut aucune peine à leur faire franchir le chemin pour se rendre dans la prairie.Elle prit cependant soin de bien refermer la cloture derrière elle.
A son grand étonnement,les animaux se couchèrent.Elle pensait qu'après avoir été enfermées de longs mois elles se mettraient à folatrer,mais non.Elles se vautraient dans l'herbe tendre et parfumée.
Voyant qu'elle n'aurait pas de problème avec ses bètes,elle commança à ramasser la salade sauvage,les dents de lion ou pissenlits,mais dents de lion c'est tellement plus joli.
Ils foissonnaient,Margot avait eu raison de l'envoyer ici et en une demi heure elle eut tôt fait de remplir son panier.
Les vaches toujours tranquilles,comme enivrées par la première douceur du printemps et l'arome de l'herbe nouvelle semblaient sommeiller.
Lise s'assit contre le tronc d'un saule et son regard explora les alentours de l'étang.Il étincelait sous la lumière,on aurait dit une énorme galette de maïs encore chaude,posée dans la verdure.
La jeune fille appréciait particulièrement ce paysage des Dombes,paysage d'eau,de verdure et d'oiseaux.
Son père l'avait emmenée plusieurs fois à la pèche avec lui.Assise au fond de la barque,elle pouvait rester des heures à écouter les bruits de la nature environnante.
Elle reconnaissait du premier coup d'oeil les oiseaux de l'étang.
L'élégant canard Pilet,le belle aigrette immaculée,le col vert,les sarcelles,les poules d'eau,l'étonnant héron,la grèbe huppée qui se cache dans les roseaux et bientôt elle pourrait onserver les magnifiques nettes rousses qui venaient nidifier dans les étangs de la Dombes.Et puis selon les saisons,il y avait de nouveaux arrivants ou bien des déserteurs.Justement,hier soir,elle  avait remarqué un vol de cinq cigognes en route vers le nord.Peut-être avaient elles passé la nuit près de chez elle?
Son attention fut attirée par des remous dans la partie la plus éloignée de l'étang.Apparu un rat musqué qui tenait dans sa gueule quelques morceaux de racines ou de joncs.Il se dirigeait vers un monticule qui faisait comme verrue au centre de l'étendue d'eau.Encore un qui batissait son logis.Assurement il prévoyait de futures épousailles!
Soudain,sur la gauche des jurons se firent entendre.
Aussitôt Lise se redressa,cherchant à savoir ce qu'il se passait.Elle entendait mais ne distinguait rien.Il faut dire qu'à cet endroit,les joncs et roseaux étaient serrés comme les poils du chien de berger qui suivait partout le beau Louis.
Le haut de cette forèt miniature remuait bruyamment,on aurait dit que quelqu'un voulait sortir et c'est ce qui  se produisit.
Jean apparut,mais dans quel état!Crotté des pieds à la tète,d'étranges bruits émanaient de sa personne.Ayant atteint la rive,il entreprit d'oter ses sabots.Lise s'approcha.
_T'es dans un drole d'état.
Une odeur nauséabonde lui fouetta le visage lorsque Jean se mit debout.
_Mon dieu que tu sens mauvais lui dit-elle en se pinçant le nez.
Elle recula en riant.
_La trappe du thou était entièrement bloquée par des roseaux,des branches et des trucs bizarres commenta Jean en essuyant ses sabots dans l'herbe.
_Y a fallu que je dégage,mais y a fallu que je me mouille.Pouah,tout ça est en train de pourrir,alors pour l'odeur je suis servi.
Un large sourire fendit de blanc son visage maculé de boue.Il ressemblait à un grotesque masque de théatre antique.
_Faut que je me lave et me change sinon personne ne me voudra pour voisin à table et Margot va me sortir à coups de balai d'ajonc de sa cuisine si j'ose rentrer comme ça.Je tiens à la vie.Me faut un bon bain maintenant.
Il dégoulinait sur le prè formant tache boueuse et pouante sur le tapis vert.
_Crois tu que je peux rentrer les bètes,je pourrais t'aider à tirer de l'eau?demanda Lise.
_T'as raison,tu les parques dans le pré qui borde le chemin,là elles pourront se garder toutes seules et manger tout leur sou et puis ton aide sera pas de trop,il va m'en falloir de l'eau!
En se dirigeant vers la porte de la cloture il laissait une large trainée brunâtre.
_Faut encore que je range ces malles dans la grande maison et je peux vraiment pas y aller dans cet état.
Lise ramassa son panier,coupa une baguette de saule et s'approcha des vaches.Leur effleurant la crouppe de sa branche,elle leur fit comprendre qu'il était temps de s'en aller.Jean ouvrit la barrière et docilement elles sortirent.
Lise se porta en avant de son petit troupeau pour les faire accéder à l'enclos qui jouxtait le chemin d'aubépines.
Une fois l'entrée barricadée,elle s'empressa de rejoindre Jean qui maculait de vase noire les dalles de la cour.Elle ne put s'empècher de rire,il lui paraissait si amusant,un épouvantail dégoulinant qui aurait proté un  sabot dans chaque main.Son rire attira l'attention de Margot sur le pas de sa cuisine.Devant ce spectacle elle éclata de rire elle aussi,les deux poings sur ses hanches rebondies,sa grosse poitrine soulevant par saccades sa blouse à fleurettes.
_Et bien mon gars,te voilà beau.C'est pas aujourd'hui que tu trouveras femme à marier,pour sur.Lise,viens m'aider à sortir le grand baquet,m'est d'avis que ce gaillard là va en avoir besoin.
Riant encore,elle disparut dans la sall.La jeune fille la suivit et quelques instants plus tard elels réapparurent toutes deux,chacune suspendue aux anses d'un énorme baquet de bois,grand comme fût de foulage à la vendange.
Nous allons le mettre contre le fil d'étendage dit Margot qui comme à son habitude prenait les choses en main.
_Toi ma belle,va me chercher un drap dans l'armoire sous l'escalier.Nous le pendrons devant.Faudrait pas que ce garçon en plus de sa puanteur nous montre de vilaines choses ajouta t elle en clignant un oeil.
En disant cela elle lança un regard plein de malice à Jean qui près du puits s'apprètait à sortir un seau d'eau.
_Tu pourrais voir bien pire que ça ma belle Margot lui répondit il et ses dents blanches semblaient encore plus éclatantes au milieu de son visage grasseux.
La cuisinière et Lise jetèrent le drap de lin sur le fil d'étendage,puis ayant pris des seaux elles aussi se mirent à la tache afin d'aider Jean à remplir son baquet.
A eux trois un bon quart d'heure fut nécessaire.Jean tirait l'eau du ^puits tandis que les deux femmes faisaient la navette entre lui et le baquet.
Une fois le bain prèt,Margot appela Lise.
_Allez ma fille,viens m'aider à préparer la salade pour le repas.Les autres vont arriver et j'ai plus de temps à perdre.Il n'a pas besoin de nous pour se frotter le dos tout de même! Je vais battre une omelette au lard et faire partir une fricassée de patates.
De l'intérieur de la grande salle,elles entendaient Jean chantonner en se lavant pour se décrotter.
_Il a vraiment une belle voix ce gars là déclara Margot c'est pas comme Mathieu.
Lise s'était assise sur un bout du banc et nettoyait les pissenlits une à une puis les jetait dans une bassine d'eau fraiche.
_Dis Margot,il y a longtemps que Jean travaille ici?
La cuisinière qui s'occupait de ranimer le feu du gros poèle à bois se retourna un peu surprise.Décidément se dit elle,cette petite n'est guère timide et pourtant aucune effronterie.
_Et bien il y a presque deux ans.Il est apparu un jour,son baluchon pour tout bagage.Il vient de l'Est,de Lorraine je crois.Il était mineur là- bas.
Elle se racla la gorge et continua.
_D'après ce que je sais,sa femme et son fils sont morts dans une explosion.Un coup de grisou.
Elle parut réflechir.
_Mais tu vois,le Jean ne parle guère de tout ça et à mon avis,son chagrin a été tellemnt immense qu'il a préféré partir très loin de son pays.
Margot poussa un soupir_C'est pourquoi il est là.Mais un jour il repartira,c'est sur.Tu comprends,maintenant cet homme il sera bien nulle part.On dirait pas comme ça à le voir,si gai,si serviable,mais ce garçon,quand sa famille a disparu,quelque chose en lui est mort aussi et jamais il trouvera le repos!
Elle se tut et émit un nouveau soupir,son visage montrait une tristesse étrange.
_Tu l'aimes bien hein Margot reprit Lise sans relever la tète.
_Oui ma douce,c'est un gentil ,des comme lui ça court pas les chemins tu peux me croire.Mais j'y pense pas trop car je sais qu'un jour sa place sera vide et je perdrais comme un fils.
Lise poussa son tas de déchet végétal dans son tablier.
_Margot,t'as pas d'enfants à toi....elle n'osa poursuivre.
_Je sais ce que tu pense ma belle,mais le vieux Dominique et moi on a pas eu cette chance,alors faut faire avec. répondit la brave femme d'une voix pleine de graviers.
La jeune fille redressa la tète et voyant combien Margot semblait triste,se leva et posa un baiser sur ses joues roses.
_Tu es gentille ma jolie chuchota Margot les yeux brillants de larmes.
Le silence regna quelques minutes,puis la cuisinière se ressaisit et un chaleureux sourire fendit son visage rond.
_Bon allons allons,rien n'est prèt,il faut se presser.Va me chercher du persil au jardin.Tu verras,il est à coté du pied de rhubarbe?Apporte moi un beau bouquet.Haché menu dans les pommes de terre,c'est un régal pour pas cher.Allez file ma fille!
Lise se pressa de sortir et tourna l'angle de la ferme pour se rendre derrière où le jardin s'épanouissait entouré d'une petite barrière pour éviter que quelques vaches échappée ne vienne y faire festin.
Elle entendait toujours la chanson de Jean et sans s'en rendre compte elle se mit à fredonner le même refrain.
Pendant ce temps,la cour de la Dame Noire  s'emplissait du bruit des charettes et des piaffements des chevaux.
C'était Mathieu,le beau Louis et le Dominique qui rentraient des champs.
Lise,sa cueillette terminée s'en retournait à la cuisine.Le vieux Dominique la salua de la main puis se tourna pour aider le Mathieu à libérer les chevaux de leurs harnachements et les conduire à l'abreuvoir.
_Bon,maintenant Mathieu expliquait il.Tu les conduis au pré de l'étang.Ils ont besoin de repos et de fraicheur.Toi Louis,viens avec moi,tu vas me donner un coup de main pour sortir la charrue.Ensuite tu pourras souffler toi aussi.
Laissant les hommes,Lise retrouva Margot mettant la table.Le feu ronflait et une délicieuse chaleur avait envahi la salle,une délicieuse odeur de lardons grillés flottait dans l'air.
Voyant entrer la jeune femme,Margot lui lança:
_Bon,tu vas me retourner la salade.Mon dieu,mon dieu,rien n'est prèt,je suis en retard aujourd'hui.Faut dire,le Jean avec ses idées de bain et ses bétises,il me fait perdre mon temps.
Justement ce dernier s'encadra sur le seuil ,frais propre comme un sou neuf et coiffé pour une fois.
_Margot,ma bonne Margot,pardonne moi je peux faire quelque chose pour t'aider;les autres arrivent je crois dit-il d'un air taquin.
Mais la cuisinière lui jeta un oeil sombre et sans plus rien dire,foudroyé,Jean s'assit sur un banc.
Décidement se disait il quelle soupe au lait.Une brave femme,mais quelle raleuse.Dés que les choses ne vont plus à sa façon,la voilà qui prend la mouche.Heureusement,dans cinq minutes dés que tout sera rentré en ordre,elle n'y pensera plus,mais en attendant,il vaut mieux faire le dos rond.
A ce moment le vieux Dominique fit son entrée.Ayant passé la matinée au soleil,il s'arrèta net.Ses yeux avaient du mal à s'habituer à la faible luminosité de la cuisine.Il se gratta la nuque,se frotta les yeux et s'écria:
_Bon dieu,ma bonne Margot,j'espère que tu as du vin au frais,les gars et moi,on a eu chaud  ce matin,on a pas encore l'habitude et ces bouffées de soleil ça nous a surpris.
Puis remarquant Jean tout propre vétu il s'étonna!
_Et mon gars,où tu vas comme ça,y a pas idée d'être aussi pomponné en plein midi!
Alors Jean expliqua sa mésaventure,mais lorsque le beau Louis et Mathieu qui étaient sur ses talons entrèrent à leur tour,il dut reprendre son récit depuis le début.Après son explication,les trois hommes riaient à gorge déployée.
_Heureusement que tu t'es lessivé rétorqua le beau Louis.Je suis sur que Margot t'aurait mis à la porte,hein Margot!
La cuisinière étaiat en train de battre des oeufs dans une profonde jatte de grès.Avant de répondre,elle y versa une louchette de crème.
_Ce gars là rala t elle en fronçant les sourcils,l'espère qu'il fera pas une anerie tous les jours,sinon vous mangerez jamais à l'heure.Pendant que Monsieur paressait dans un bain,j'ai du courrir devant mon fourneau pour que tout soit prèt à temps.
_Ecoute ma bonne dit Dominique,y a pas de quoi s'énerver comme ça.T'es toute rouge de te remuer.On dirait un coq qu'a vu un galant dans son harem.Tu sais,on peut attendre un peu,ça nous fait du bien de souffler,de paresser.La matinée a été dure.Faut toujours que tu t'irrites pour rien.
Margot lui coupa la parole.
_Ecoute mon homme,toi,tu te mèles pas de mes affaires.Toi tu t'occupes de la ferme et moi de la maison.Et il faut que ça marche comme je veux.
Elle se radoucit un peu.
_Rien qu'à l'idée que Monsieur et sa dame vont arriver prochainement,je vois déjà le travail.Alors j'ai pas le temps de préparer un bain chauqe fois qu'un gars se jette à l'étang.Bon,à table maintenant.
Les hommes se regardèrent sans rien dire,d'un air soumis.Ils savaient trop que Margot ne pouvait être raisonné.Quand elle avait une idée,personne n'aurait pu la convaincre.
Aussi après s'être lavé les mains sur la pierre d'évier et rafraichi le visage,chacun pris place de chaque coté de l'imposante table.

feuilles-avocat.jpgSuite du Chapitre 1,bientôt..............

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Vendredi 22 juin 2007
commentaires (3)   

feuilles-pomme-canelle.jpg
              Voici une nouvelle histoire,celle de Lise.

              En ce matin d'avril,adossée à la porte de l'écurie,Lise releva la main au-dessus de ses yeux pour regarder au loin le soleil monter sur l'étang. Son regard se perdit au milieu de la nappe tranquille où nageaient quelques canards. Tout était calme,seul le chant du coucou nouvellement arrivé sur le terre de Dombes troublait la quiétude de cet instant.

    La matinée s'annonçait belle et chaude. Déjà la brume teintée de rose se dissipait par lambeaux s'effilochant sur le sommet des saules qui bordaient le chemin blanc d'aubépines. L'attention de Lise fut attirée par un grouppe de moineaux qui s'ébattaient dans une flaque d'eau à l'entrée du chemin qu'elle avait emprunté hier pour la première fois.

Elle suivait son père,ne voyant que ses larges épaules qui gonflaient la vareuse de toile bleue qui l'avait revètue pour la circonstance. Elle le suivait,sans rien dire,courant plus que marchant pour ne pas se laisser distancer par les sabots cloutés qui frappaient le sol d'un pas cadencé. Elle tenait d'une main son maigre baluchon. Dans ce grand carré de linge à bordure rouge,toutes ses pauvres affaires étaient serrées.

Ce matin, à l'aube,sa mère l'avait préparé pendant qu'elle s'habillait. Une paire de sabot,une jupe de toile grise,un grand tablier bleu,deux paires de bas de laine,deux mouchoirs,une guimpe blanche en coton et un chapelet de buis. Tous ses effets étaient réunis,mais pour cette sortie inhabituelle,sa mère lui avait lavé sa robe du dimanche. Une robe que sa mère avait recoupé dans une des deux qu'elle possèdait pour les grands évènements. Lise aimait cette robe toute simple,d'un bleu outremer profond que les lavages successifs n'avait pas aténué et à la garniture de fine dentelle,aux poignets et soulignant le col arrondi. Le fait de s'en vétir annonçait un changement,quelque chose de particulier. La dernière où elle l'avait portée,c'était pour l'enterrement de sa grand mère. Aujourd'hui n'était pas jour comme les autres. Elle quittait sa maison,elle quittait sa famille,elle partait travailler et vivre dans une ferme. Son père la guidait vers le domaine de "la Dame Noire".

C'était hier,et pourtant depuis ce matin,Lise se sentait différente. Elle n'arrivait pas à expliquer cette sensation ,elle ressentait un certain malaise d'être éloigné de sa famille,mais en mêm temps un délicieux sentiment de liberté lui gonflait le coeur. Elle vivait quelque chose de nouveau,une aventure.

Dés son arrivée à la ferme,sitôt son père disparu au détour du chemin après un baiser sur sa tempe et un long regard d'amour,on lui avait confié la garde d'une vache près à mettre bas avec ordre de venir chercher de l'aide le moment venu. Lise avait changé sa belle robe contre sa jupe grise et sa guimpe de coton blanc. La nuit avait avalé cette belle journée de printemps,puis s'était écoulée,longue et tranquille. Lise avait avalé un morceau de pain,un bout de fromage et une pomme rouge,bu au pichet l'eau fraiche du puits et ne s'était pas assoupie. En voyant le soleil poindre ce matin,elle avait éprouvé l'envie de se réchauffer et d'étirer ses bras menus à la lumière après avoir toute cette nuit respiré l'air moite de la respiration des bètes.

Un meuglement long venant de l'étable déchira ses pensées et la rappela à la réalité. Elle se retourna et de nouveau le même cri s'élança de l'ombre de l'écurie exalant une odeur animale aigrelette et tiède. D'un mouvement machinal,elle remit sous son fichu une mèche rebelle,fixant de ses yeux bleus la porte de l'étable. Il fallait rentrer,mais ce cri de bète apeurée lui avait pincé le coeur. Après la nuit passée auprès de l'animal à guetter son souffle lent et chaud,peut-être que le moment était enfin arrivé? Lise avança lentement vers l'intérieur sombre de l'écurie,sa vision encore brouillée par la lumière du jour naissant. La vache s'était couchée sur le flanc,ses grands yeux larmoyants et emplis d'une peur stupide. Elle regardait la jeune fille qui s'agenouilla,caressant le poil frisé de cette grosse tète sur la paille sèche frémissant sous le souffle rapide de l'animal. Soudain la vache poussa un meuglement lancinant qui fit dresser Lise d'un bond. Il fallait appeler Jean! Elle se mit à courrir vers le corps de ferme abritant l'habitation. Elle sentait son coeur cogner de plus en plus fort,de plus en plus vite,et si cela se passait mal!

Mon dieu,le maitre serait fou furieux,il la punirait,la frapperait peut-être.Une bète de concours était si précieuse pour lui. Elle accéléra  sa course et se précipita sur la porte de la grande salle où les valets étaient à table. 
Son irruption fit que toutes les tètes se relevèrent en même temps comme supportées par un même cou. Il y avait Margot,la cuisinière,qui près de la cheminée la regardait la louche à la main. Jean et Mathieu assis sur le long banc contre la table,le vieux Dominique,le nez dans son bol et le beau Louis qui coupait son pain. Tous la dévisageaient d'un air étonné.Le vieux Dominique se redressa:
_Et bien ma fille,que se passe donc?
_La vache,c'est l'heure,faut venir,vite,vite!
Lise tremblait en parlant,une larme coula sur sa joue tant la peur l'étreignait.
_Jean viens vite,mais viens,lèves toi! supplia t elle.
Sa peur lui enlevait toute timidité.
_Ma Lise,calme toi,c'est l'heure,d'accord,mais y a pas de quoi se retourner le sang comme ça! 
Tout en parlant,il se levait,ramassait sa casquette et la vissait sur ses cheveux en brousaille.
Lise se tordait les mains.Mon dieu,que c'était long.Il paraissait si tranquille le Jean,mais c'était elle qui devait surveiller la vache et si un problème survenait,elle serait responsable.
Enfin Jean enjamba le banc et se dirigea vers elle.
_Allons ma belle,on y va,on y va.Ne t'inquiète pas comme ça.T'as jamais vu faire le veau ma parole! Je sais bien que chez ton père c'est des sabots qu'on fait,mais quand même.Allons suis moi.
En traversant la cour dallée,Lise jetait de temps en temps un regard vers Jean.Il paraissait si calme.Il avait l'habitude.Elle s'inquiètait sans doute pour rien,essayait de se rassurer.Mais malgré tout,si l'animal mourrait le premier jour de sa place,le maitre la renverrait chez elle et son père serait furieux lui aussi.Une bonne à rien elle serait,une bonne à rien!
Ils pénétrèrent dans l'écurie.La bète respirait bruyamment dans la pénombre.
_Ouvre grand les portes ordanna Jean,il faut que j'y vois clair.Et puis va me chercher un grand seau d'eau fraiche.Allez file.
Lise s'exécuta sans rien ajouter,courrut jusqu'au puits à l'autre bout de la cour et culbuta le seau à l'intérieur .Elle se pencha au dessus de la margelle pour vérifier qu'il avait plongé dans la nappe liquide,respirant d'un coup l'haleine froide de la terre puis se cambra contre la manivelle,peinant à remonter le seau.
Qu'il était lourd à tirer ce seau.Il lui sembla soudain que ses forces l'abandonnaient.Elle avait eu tellement peur qu'elle tremblait encore.La chaîne gémissait sous sa charge.
Il fallait faire vite.Jean attendait,mais il n'en finissait pas de remonter ce seau.Enfin elle put le poser sur le rebord du puits et l'empoigna à deux mains.Son fardeau battant contre ses jambes fines,elle se dirigea vers l'étable en se dandinant sous le poids.Ses  pieds glissaient dans ses sabots humides,l'eau les aspergeant à chacun de ses pas.
Devant l'entrée elle s'arrèta stupéfaite dans le carré de lumière.Au beau milieu la vache lèchait à grands coups de langue un petit veau tout blanc au nez rose.
Jean essuyait le nouveau né avec une brassée de paille fraiche et se retoruna.
_Tu vois,tout va.Il est beau,le maitre va être content.Il veut présenter une dizaine de jeunes à la foire en novembre et je crois que celui là lui fera hommeur.
Mais le jeune homme se rendit compte que Lise ne l'écoutait pas.Elle était là,debout,hypnotisée par le jeune animal et un sourire ensoleillait son visage.
On aurait dit une enfant,pourtant elle avait déjà seize ans.C'était une jolie jeune fille aux yeux de bleuets et à la chevelure d'or et de chataigne couleurs des feuilles d'automne.Elle était peut être un peu maigre au gout de Jean,mais avec sa jupe de grosse toile,sa guimpe et son tablier elle avait un peu plus d'embompoint.
De ses pieds il n'apercevait que le bout de ses sabots.On voyait que le père était sabottier se dit-il.
Il s'était appliqué sur cette paire là,car le dessus du pied était un savant entrelas de rosaces.Il avait poussé la finition à les teinter au brou de noix,on aurait cru des sabots de cuir.
Jean releva les yeux vers le visage de Lise,mais elle était toujours perdue dans ses pensées.Il se demandait comment étaient ses cheveux,longs ou courts?C'est vrai,depuis qu'elle était arrivée à la Dame Noire,elle n'avait pas quitté son foulard.Seule une boucle s'échappait parfois de ce casque de tissu.
Elle était mignonne la Lise,douce avec son visage d'enfant obéissante.On lisait dans son regard qu'elle avait l'habitude d'être dirigée.D'ailleurs lorsqu'elle était inoccupée,il avait remarqué qu'elle enfouissait ses mains dans les poches de son tablier.On aurait dit qu'elle attendait sagement qu'on lui donne une autre tache.
Pourtant même si sa naïveté était flagrante,elle ne semblait pas soumise.
A ce moment le veau tenta de se redresser.Sa mère l'encouragea du museau,essayant de le soutenir en glissant son muffle luisant sous son ventre.Devant ses efforts,Lise laissa fuser un rire et Jean l'accompagna.
_Je crois que l'on peut les laisser maintenant dit Jean.Tu devrais venir manger un peu puisque ta surveillance est terminée.Viens à la cuisine,on va dire à Margot de nous chauffer un bol de soupe.Et puis tiens,j'ai pas fini ma croute tout à l'heure!
Lise le regarda d'un air soulagé et posa enfin son seau contre la porte de bois.
_Dis Jean,quand c'est que le maitre va venir?Il va vouloir se rendre compte comment est le veau.Tu sais,c'est mon père qui a fait affaire avec lui,je le connais pas,sauf de nom demande t elle en lavant ses mains dans l'eau glacée.
Ils se dirigèrent vers la cuisine.Le soleil inondait la cour maintenant et une chaleur humide leur venait de l'étang,poussée par une brise molle.
A l'intérieur de la salle,il régnait une douce atmosphère parfumée par les odeurs de chicoré,de bouillon et de pain.
La salle était de taille pour sur.On aurait pu faire un mariage de cent personnes.L'énorme table s'étalait en son milieu,entourée de bancs de bois patinés par les fonds de culottes des valets et les jupes des servantes.
Margot régnait dans cette partie de la ferme.Faut dire qu'elle en imposait la Margot avec ses hanches larges comme celles d'une génisse et des mains!Le beau Louis avait eu un jour l'audace de la taquiner dans sa cuisine.Il devait encore se souvenir de la gifle qu'elle lui avait infligée.Une gifle à assommer un boeuf,enfin presque,et pourtant elle était brave la Margot.
En voyant entrer les deux jeunes gens elle interpella Jean.
_Alors elle est plus tranquille la petite?Tout c'est bien passé si j'en juge ton sourire,hein mon Jean.
_Bien sur,mais je crois que ça l'a un peu retourné,alors je me suis dit....
_T'as bien fait mon garçon,un bol de soupe à l'oseille avec une cueillerée de crème et une tranche de bon pain,ça va vous requinquer c'est sur!Allons assied toi ma petite et laisse moi faire.T'as du lait dans le broc,la gamine vient de l'apporter,il est encore tiède.Tu en veux Jean ou tu préfères un café chicoré?
_Donne moi donc un chicoré,mais je vais me couper deux tranches de pain.C'est qu'après,je dois me rendre à l'étang.Il parait que le thou ne fonctionne pas bien et si le maitre veut assécher pour cultiver l'année prochaine,faut s'en occuper de suite.
Pendant ce temps,Lise se servait un bol de lait et se mit à le siroter lentement,essayant de retenir sur sa langue ce parfum si particulier du lait fraichement tiré.
_Tu sais Jean reprit Margot.Je crois que Monsieur d'Angers va bientôt arriver.Il faut que j'aère la grande maison,c'est le vieux Dominique qui m'a prévenu.Le chef de gare lui a envoyé un commis pour que mon homme se rende à la gare.Il a déjà ramené plusieurs malles dans la cariole.
Elle remplit une assiette de soupe d'où une brume odorante s'étiolait vers les poutres à la française et posa une cueillère de crème en son centre.
_Tiens ma fille,régale toi.dit elle en souriant.
_je te disais donc mon Jean que tu as encore de l'ouvrage.Dominique a déposé tout le chargement dans la grande entrée.Si tu as un moment,tu monteras les bagages à l'étage.Tu demanderas au beau Louis de te donner la main.Y a un coffre énorme.Le Dominique a pas pu le descendre de la charette Tu verras bien ce que tu peux faire.
Margot debout devant la grosse cuisinière à bois avala une gorgée de chicoré.
_M'est d'avis qu'il va rester un bon bout de temps cette fois et ça m'étonnerait pas que sa dame soit du voyage,avec toutes ces malles.Pourtant elle aime pas trop la campagne celle là.Je crois que la petite va pas manquer d'ouvrage dit elle en faisant signe à Lise.
La jeune fille avait écouté avec attention le bavardage de Margot tout en terminant sa soupe.
_Alors le maitre arrive lança t elle.Mon père m'a conseillé d'être sage.Il m'a dit qu'il était sévère et je ne voudrais pas qu'il me renvoie.
Elle fronça les sourcils et prit un air inquièt.
_A la maison,c'est assez dur ,avec mon grand père et ma soeur.Et puis maman est pas trop solide,alors une bouche de moins et mes gages en plus,cela va aider.
_T'inquiète pas ma douce répondit Margot en souriant.Le maitre est sévère et pas toujours commode c'est sur.Mais il est juste et généreux.Tu sais, La Dame Noire est le domaine où les employés sont les mieux traités et les mieux nourris et de loin! Le maitre tient à ses hommes,mais il faut qu'ils lui rendent et c'est vrai qu'ils doivent être durs à la tache.
_Mon père m'a dit que je devrais m'occuper des bètes,des jeunes surtout,mais si la dame vient....
_Et bien ma jolie,c'est d'elle que tu t'occuperas soupira Margot.Et pour ça faudra te changer et être fraiche tous les jours.Tu sais,c'est fragile les dames de la ville et capricieux avec ça ,surtout celle là ajouta la grosse femme en s'esclaffant.
Jean finissait ses tartines,s'essuya la bouche d'un revers de manche et s'exclama.
_Pour être capricieux,c'est capricieux.Bon sang,la dernière fois qu'elle est venue,les rosiers pompons,elle me les a fait changer trois fois de place,si bien qu'à la fin ils ont crevé les pauvres!Bon c'est pas le tout,faut que j'aille maintenant,à tout à l'heure mes belles.
Sur ce il franchit les quelques mètres qui le séparait de la porte et sur le seuil se retourna et adressa un salut de la main avant de partir vers l'étang,laissant la lumière envahir la pièce par la bouche grande ouverte de la porte.
_Ce garçon est brave ma douce dit Margot .toujours le sourire,toujours prèt à rendre service.
_Que dois faire? demanda Lise
_Et bien je serais toi j'emmènerais les deux vaches beiges et leurs veaux dans la pature qui longe l'étang et j'en profiterais pour nous ramasser une belle salade de dents de lion.Tu n'as prendre le panier près de la cheminée et le couteau sur la pierre d'évier.Mais fais attention,les bètes peuvent être nerveuses et folâtres,surtout les jeunes,c'est leur première sortie.Les laisse pas s'approcher de la rive.
                 
                                      Suite du chapitre 1  ..............prochainement......






 

 

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Jeudi 14 juin 2007
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Je vous propose une nouvelle catégorie"Lise".

Il y a quelque années,j'ai effectué des recherches en généalogie pour en savoir davantage sur les origines de mes grands parents paternels.Pure curiosité,un jeu plus qu'une réelle nécessité de connaissance.

Je suis remontée dans le temps jusqu'au alentour de la révolution de 1789,juste un peu avant et une constatation s'est imposée.Mes ancètres n'avaient guère l'âme d'aventuriers,loin s'en faut.Durant toutes ces années,ces siècles même,leurs déplacements,divers déménagements,mariages tiennent dans le périmètre d'un cercle d'un vingtaine de kilomètres de diamètre.Un confétis,que dis je,une crotte de mouche sur la carte du département de l'Ain.

En rapprochant la loupe sur cette région de France,leurs différents lieux de villégiatures se situent au environs de petites villes comme Chatillon sur Chalaronne,Chalamont et Villars les Dombes.

J'ai passé une grande partie de mon enfance dans cette dernière bourgade auprès de mes grands parents paternels,dont Elise ma grand mère.Cette nouvelle catégorie d'articles lui est dédiée.

                                        ________________________________________________________

DOMBES

Terre d'eau douce,terre d'eau calme,terre d'eau tranquille où se cotoyent et se pourchassent faune quatique et peuple des oiseaux.

Paysage où le ciel et la terre se confondent et s'accouplent dans les eaux métalliques des étangs endormis.

Terre d'asile pour mille et une espèces qui accaparent chaque parcelle,chaque touffe de joncs,de roseaux,de mousse.

Terre de couleurs et de contrastes,terre généreuse et prometteuse de senteurs et de vie.Terre où palpite l'étang,âme dont le souffle aigrelet transpire dans les odeurs.

DOMBES!  Dans ma petite enfance,je t'aimais d'amour,mais la bonne fée aux fins cheveux d'argent qui régnait dans mon coeur et me faisiat sentir les richesses de ton corps s'en est allée vers d'autres contrées lointaines et impalpables.Elle a abandonné tes sentiers odorants sous la feuillée.Elle a délaissé les rives paresseuses de tes rivières,déserté les roselières et les nids d'ombre douce des saules pleureurs.

Ma fée s'en est allée,vers des contrées inaccessibles et je t'ai perdu ma Dombes.Les couleurs,les senteurs,ton âme même a changé,le charme n'existe plus,l'envie s'en est enfuie,l'attrait s'est dilué,le temps a trop passé,je t'ai perdu!

A ma grand mère.......

 

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Jeudi 14 juin 2007
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Au raz de l'eau,les couleurs changent.Les turquoises s'habillent de gris.
Au raz de l'eau,le bleu revet des reflets métalliques.Camaîeu de mercure au zèbrures translucides.
Les rayons du soleil dévient,irisent les courbes des vagues.
Le ciel et la terre se séparent,se distinguent,s'identifient chacun par rapport à l'autre.
Le ciel s'étale,traversé par la course ouatinée des nuages rebondis.Le bleu resiste,s'accapare l'espace.
A même la surface,la mer varie,s'étire,s'impose.Sa matière prend de la consistance,s'emplifie.
Les couleurs perdent cette blancheur laiteuse du lagon.La transparence devient critalline,scintillante.
Fluidité des fils de lumière parcourant l'ondulation des flots.
Apaisement.
Saveur d'éternité.
L'instant en suspension.
On se perd entre ciel et terre.
 

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