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  • : 28/10/2006

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aperçus

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 Le matin est radieux.
Lumière fusant entre les bouleaux aux branches bosselées de bourgeons vert tendre.
Vol de cigognes,haut dans le ciel clair.
Les sapins tendent leurs doigts d'aiguilles toutes neuves au vent léger.
Un groupe de moineaux s'ébrouent dans une flaque sous les fougères.
En ouvrant les volets,j'ai le bonjour de l'oie de mon père qui se traine paresseusement dans la pelouse nacrée de rosée.
La chienne Frisquette tire sur sa chaine en m'apercevant.
Entre les sapins et ma fenètre de chambre,quelques jonquilles dressent encore leurs pétales vifs.
La dernière photo de Papa a été prise dans ce champs de jonquilles,il cueillait un bouquet!

Je respire profondément.
Besoin d'air.
J'ai passé une mauvaise nuit,entre cauchemar et insomnie.
Maman n'a pas très bien dormi elle non plus.
Sa chambre est en face de la mienne et je l'ai entendue se retourner dans son lit.
8h00,Serge doit dormir,il est 2h00 à St François.Trop tôt pour l'appeler.
Frustration,manque!
Je m'entoure d'un paréo et me fais un thé.
La maison est vide,je me sens comme elle.
Maman n'a pas bougé.
Si elle n'est pas levée à 8h30,j'irai la réveiller.
Nous allons à l'hopital vers 10h00.
Je gamberge de nouveau,Papa sera-t-il en forme?
Mon bol de thé entre les mains,je m'assoie dans un fauteuil sur la terrasse.
Il fait frais malgré le soleil naissant.
Frissons.

Odeurs de l'herbe humide et de la terre mélées.
Calme,sérénité.
Et pourtant,j'ai les yeux qui se noient,envie de me laisser aller,de pleurer toutes les larmes de mon corps d'un seul coup.
Sensation d'isolement,d'abandon.
Le ciel déroule ses camayeux de bleus,une cigogne s'éloigne en direction du Nord.
C'est incroyable,depuis l'ouverture du parc ornythologique,ces grands échassiers n'ont cessé d'augmenter.
Ce paysage d'étangs et de champs leur convient parfaitement.
Au départ quelques couples ont nidifié et maintenant il en existe plusieurs dizaines qui séjournent d'un bout à l'autre de l'année.
L'Alsace n'a plus le monopole des cigognes!
Une des conséquences de l'installation de ces grands oiseaux a été la raréfaction des grenouilles qui faisaient la réputation des Dombes.
J'entends Frisquette qui jappe.

Frisquette!
Cest la fille de Peggy,la petite chienne de mon père.
Miss Peggy était un petit batard au poil court noir et blanc,vive et super intelligente.
Papa adorait cette petite bète.
Elle l'accompagnait partout,le suivait pas à pas.
Lorsqu'encore en activité il partait la nuit au fournil,parfois elle ralait un peu et s'étirait à contre coeur,trouvant l'heure trop matinale,mais ne l'aurait jamais laissé partir seul.
C'était son chien,c'était son maître!
Peggy est morte écrasée par une voiture alors que mes parents arrivaient en Normandie chez ma tante Camille pour passer les vacances.
Papa a pleuré,vraiment pleuré!
Je crois qu'elle a été le seul animal que mon père a aimé comme un enfant.

Frisquette est restée,mais attachée.
Trop fofolle,coursant les volailles dans le poulailler,arrachant les plumes,faisant les poubelles,cette chienne a tout de suite eu une mauvaise réputation,trop indisciplinée.
Mes parents ont opté pour la facilité,la chaine!
Je ne supporte pas un animal entravé dans ses mouvements.
Chaque fois que je suis chez eux,je la détache,la surveille,la lave,la brosse.
Non pas qu'ils soient indifférents,elle est bien nourrie,mais manque de caresses.
Aprés Peggy,Papa ne pouvait avoir une seconde amitié avec un chien.

Je comprends son sentiment.
En Avril dernier,j'ai perdu ma Douce Amie,ma Doudou.
Je devrais dire,nous avons perdu,car Serge a été très peiné également.
Elle était agée,souffrait d'un cancer,le vétérinaire nous a demandé de lui laisser.
Il l'a aidée à nous quitter.
Serge s'est acquitté de cette douloureuse visite.
Aujourd'hui encore cette boule de poil me manque.

C'est bizarre les méandres de la pensée,quelques minutes de calme,un paysage reposant et l'esprit vagabonde.
Mon thé a refroidi.
J'aime le boire ainsi.

10h15,nous sommes de retour à Flériat.
Nous pénétrons dans la chambre.
Personne!
Le lit est sans drap,net,désinfecté.
Le lit est vide!

Une bouffée de chaleur m'envahit tel un raz de marée.
La boule d'angoisse tapie dans ma poitrine semble exploser mes poumons.
Maman et moi échangeons un regard d'incompréhension.
Direction la salle de garde.
Une infirmière nous rassure aussitôt,Papa a changé de chambre.
C'est quelques secondes m'ont crevée,je me sens lasse et la sueur me perle au front.
C'est pas possible,on pourrait prévenir,prendre des précautions.
Punaise,on devrait se rendre compte de l'effet que peut produire sur la famille ce genre de changement!
Merde alors,ce manque de tact m'agace profondément.
Tout en prononçant ce juron,je me rends compte que je n'ai jamais autant jurer.
Ca me soulage.

La chambre est la même,mais le lit est disposé dans un autre sens.
Papa est etendu.
Mais aujourd'hui il a un tube à oxygène dans les narines.
Il parait somnoler,il n'a pas réagi à notre entrée.
Maman s'assoie dans un fauteuil et lui prend la main,l'embrasse.
Je trouve Papa un peu pâle ce matin et pourtant en déposant un baiser sur son front je l'ai senti un peu fiévreux.
Sur la peau de ses joues,de fines veinules rosées.
Je dis à maman de lui parler,il va peut-être se réveiller.
Ses paupières frémissent,s'entrouvent sur des yeux voilés,embrumés.
Ses doigts remuent dans la main de ma mère.
C'est tout!Rien d'autre!
J'ai l'impression qu'il est sous médicament,un somnifère ou un antalgique,je ne sais pas mais une substance qui le shoote.
Je previens maman que je vais voir une infirmière pour avoir des nouvelles.

La chef me reçoit,me fait asseoir.
Silhouette blanche aux cheveux bruns coupés courts.
Je suis tellement chavirée par la peur que je ne la distingue pas réellement.
Je sens la compassion dans sa voix douce.
On a changé mon père de place pour qu'il soit plus près du bureau des infirmières.
Non,son état ne s'est pas dégradé,mais on préfère l'avoir sous les yeux.
L'oxygène,c'est pour l'aider,ce matin très tôt,il a subi un examen qui l'a fatigué.
Non,pas d'amélioration.
Mais elle enchaine aussitôt,son état est stationnaire.
Au lever,il était conscient,suivant du regard les infirmières lors de sa toilette,mais depuis qu'il est remonté de la salle d'examen il semble endormi.
Sa tension est bonne,les analyses sanguines également.
Oui,la neurologue lui a rendu visite dans la matinée.
Non elle n'a rien signalé de particulier,si ce n'est l'oxygène.
Oui,nous pouvons revenir cet après midi et téléphoner ce soir.
Il y aura toujours quelqu'un pour nous tenir au courant.
Papa a une grosse chevalière en or à la main gauche,elle demande si maman veut le reprendre,on doit lui enlever,on craind que ses doigts n'enflent.

A notre entrée,maman a levé vers nous des yeux humides.
Un oiseau tombé du nid!
Cette image m'a traversé l'esprit en la voyant si boulversée.
A l'aide de crème,l'infirmière a oté la bague du doigt de mon père,une nouvelle fois,il n'a pas réagi!
Dés le départ de la jeune femme,maman ma questionne,je réponds.
Mais une idée m'obsède.
Pourquoi cette apathie?
L'examen,et si c'était autre chose?
Il faudrait savoir quels dégats a occasionné cette saloperie de caillot.
Mais les résultats ne sont pas encore connus.
Ca,je n'y crois pas,le medecin qui lit la radio peut tout de suite voir si il y a gros problème ou pas.
Je crois que l'on ne sait pas tout et mes craintes augmentent.

Certaines paroles de la neurologue m'éclaboussent soudain!
Peut-être que Papa a commencé sa plongée dans les abysses du coma.
Elle a parlé d'acharnement thérapeutique.
Elle nous a posé une question!
Je sais que nous n'avons pas voulu comprendre,nous ne pouvions pas!
Le diagnostic m'explose en pleine face telle une bombe à fragmentation,enfonçant dans ma peau mille dards venimeux.
L'état de Mr Curvat va s'aggraver.
S'aggraver!
Pour le moment nous gérons la situation,mais arrivera le moment de faire un choix.
Un choix!
Voulez vous tout tenter au risque de le faire souffrir inutilement,ou le laisser partir tranquillement!!!!
Les chances sont très minces!
Partir,mon dieu,partir!
J'avais très bien entendu,mais ces mots barbares n'avaient pas incrustés leurs marques de feu dans mon cerveau.
A cet instant,devant mon père qui repose entre les draps blancs,ces mots me brulent.
Reste la blessure du fer chauffé à blanc,un tatouage indélébile!
La souffrance est là dorénavant,j'ai compris que la question était maintenant une question de temps!
Combien de temps?
Maman n'a pas réalisé je crois,j'en suis certaine même,sinon elle m'en aurait parlé.

La minute suivant je me demande s'il n'existe pas une chance,après tout,on ne sait pas comment va réagir ce patient!
Tant que mon père respire,l'espoir est présent.
J'en suis sur,absolument sur soudain.
Soulagement!

Pendant le léger en cas qui nous a servi de déjeuner,nous avons discuté maman et moi du devenir de Papa.
Nous savons que tout a changé.
Maman a réalisé que la situation était critique,Papa ne va pas bien du tout.
Pendant que je m'entretenais avec l'infirmière,elle a observé,détaillé,espéré.
Elle s'est rendue à l'évidence.
Une embollie cérébrale,c'est la mort en direct,mais son mari est encore en vie,mal en point,mais en vie.
Pour elle,le point de non retour a été franchi,la vie a gagné,maintenant il faut gérer.
Il risque de ne pas récupérer sa motricité ou peut-être pire,rester impotent,demander des soins importants et quotidiens que maman,seule,n'est pas en mesure de lui dispenser.
En rentrant tout à l'heure,j'ai prévenu Véro de cette éventualité,j'avertirai Thomas ce soir,il faut trouver une solution.

Le parking de l'hopital.
Les grands arbres aux feuilles nouvelles déposent une ombre fluide sur le bitume.
Le soleil est presque chaud,nous sommes le 30 Avril mais l'air a un parfum de juin.
Le service de neurologie est calme,peu de visiteurs,conversations feutrées.
Papa repose,sa respiration me parait difficile,peut-être est ce une impression,mais j'entends un léger sifflement,comme un effort pour remplir ses poumons.
Non,c'est une idée,le taux d'oxygène est inchangé.
Pourtant!
Maman a repris sa place.
Je m'appuie sur la barre du pied du lit,guettant le moindre geste,analysant le plus petit bruit.
Machinalement je lis la page de soins accrocchée au montant de fer blanc.
La courbe de température grimpe lentement,mais rien de méchant.
Par contre le nombre de produits qu'on lui injecte est impressionnant.
Le drap bouge.
Peu à peu Papa émerge.
Son pouce caresse la paume de la main de ma mère qui me lance un regard d'extase.
Je lui souris,oui il va bien.
Il a toujours les yeux fievreux,troubles,mais il nous dévisage,laissant sa tète aller de gauche à droite.
Il est vivant,c'est tout ce qui importe. 

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Dimanche 17 décembre 2006
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La Baie de COOK

L'ile de Moorea,l'ile soeur de Tahitià la forme stylisée d'un trèfle sans queue dont le pétale centrale serait réduit par rapport aux deux autres.
La baie de cook est la partie maritime qui avance à l'intérieur des terres entre les deux pétales coté droit.
Elle tient son nom de l'explorateur COOK qui mouilla dans les eaux de Moorea,mais en fait il jeta l'ancre de son navire dans l'autre baie,celle d'Opunohu qui est l'échancrure séparant les deux pétales gauche de ma vision simplifiée de Moorea.
C'est un lieu superbe,les navires de croisières,grands batiments au blanc lustré, viennent régulièrement faire étape.
Mais c'est aussi un port de pèche.Au quai du Ono Ono,un marché aux poissons propose les prises ramenées par les bateaux,thon,mahi mahi,espadon,dorades.
Plusieurs hotels alignent leurs bungalows de style local.Toutes les activités nautiques sont disponibles.
La végétation est omnipresente,noyant les structures dans les chevelures des cocotiers,des manguiers et frangipaniers qui essaiment leurs fleurs odorantes au fil de l'eau.
Cependant malgré cette effervescence,la baie reste un lieu privilégiée.Comme le montre la photo,eau tranquille,quelques petits bateaux sont au mouillage non loin de bord,une pirogue tangue avec souplesse dans les vaguelettes qui ondulent la surface.
La pirogue à balancier!
Le trait d'union de tout polynésien avec la mer.C'est un besoin,une priorité.Tous les jours,des pirogues d'une,deux,six places strient le lagon des iles de Polynésie.
Plaisir de ramer,plaisir de l'effort seul ou en équipe.
Certains rameurs sont des sportifs participant aux diverses et nombreuses compétitions.
De grands sportifs,endurance,régularité,fair play et plaisir avant tout.
Sur la photo,au fond au centre,c'est l'ouverture sur l'océan.
La passe,la déchirure dans la barrière de corail qui permet le passage,le voyage,l'aventure.
Le bleu est dense,sombre,attestant la profondeur.
Sur la droite,la route suivant le bord de mer file sur la bourgade de Maharepa où se situe la majorité des infrastructures administratives, médicales,bancaires de l'ile. 
Dans le creux de la baie,un petit village,Pao Pao,quelques boutiques,une route montant vers l'intérieur des terres qui grimpe vers le Belvédère dominant les deux baies.
La vue est splendide et de la-haut,la verdure a tellement noyée les habitations que l'on a une réelle impression de profiter et découvrir la Moorea d'antan,intacte et inviolée.
Cette route permet de rejoindre l'autre baie,Opunohu en passant près des sites archéologiques remarquables de l'ile.
Plusieurs Marae se succèdent avec plates formes,terrasses,élevant leurs pierres dressées,tels les dossiers d'énormes chaises.
Toutes ces constructions laissent à penser que l'on se trouve dans un endroit privilégié,un lieu où l'on cotoyait autrefois le sacré.
Les céréminies religieuses,les concours rituels tel que le tir à l'arc devait attirer une nombreuse assemblée.
Multitude aux parures éllaborées,miroitement de la nacre,reflet du soleil dans  les chevelures d'ébène coiffées de couronnes de fleurs,de plumes emmélées.
C'est un lieu magique.Tant de gestuelle,de célébration,de ferveur ont laissées leurs empreintes invisibles.
Ce point de vue donne également une possibilité d'admirer les hauts sommets qui dressent leurs dents acérées au centre de l'ile.
C'est une partie de l'ancien volcan,la génèse de Moorea.
Le volcan,l'âme,l'ossature originelle.



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Jeudi 14 décembre 2006
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Dans le hall,je propose à maman de boire quelque chose pour nous remettre.
Direction le salon de thé.
Nous n'avons pas échangé un mot en sortant de la chambre,je crois que comme moi elle est encore auprès de lui.
Nous commandons un thé citron.
Maintenant on peut se confier.
Elle a très bien compris ce que suggérait le médecin,devoir arréter tout traitement car inutile et douloureux pour Papa.
Mais pourquoi?
Mon père ne nous a pas donné l'image qu'elle a évoquée précédemment.
Nous ne comprenons pas.
Cet aprés midi,je téléphonerai au spécialiste qui le suit habilement à la polyclinique de Rillieux la pape.
Je relaterai notre tète à tète avec la neurologue,demanderai des explications.
Laissant maman quelques minutes,je rejoins les cabines Télécom.
J'appelle Serge pour lui raconter notre visite,il est tellement en attente de nouvelles lui aussi.Il se sent isolé.
Je sais qu'il a reporté sur mon père l'affection que le dien n'a jamais su ou pu lui prodiguer.
Il y a tant à dire!
Ensuite,coup de fil à Véro,elle va venir tout à l'heure.

En sortant de l'hopital,je vais faire l'acquisition d'un téléphone portable à la boutique France Télécom.
Je prends un abonnement pour pouvoir communiquer avec les Antilles.
En même temps nous échangeons l'ancien filaire que maman a dans sa chambre pour un modèle récent.
Retour à Villars.

Premièrement,Rillieux,le chirurgien qui a déjà opéré mon père il y a quelques années pour des anévrismes.
Récemment,il avait diagnostiqué cette artère encrasée.
Il avait prescrit un traitement car l'analyse sanguine avait montré un taux trop élevé d'un truc qui empèchait le scanner,risques rénaux.
Quand Papa est tombé dans le jardin,normalement deux jours après il devait rentrer à la clinique !
Fatalité !
Je lui explique notre visite auprès de mon père,comment nous l'avons trouvé,puisl'analyse de la neurologue,notre choc,notre incompréhension face à sa question pressante.
Lui non plus semble ne pas saisir,c'est surtout le manque de tact de sa collègue qui le surprend.
Il a reçu un rapport de sa part.
Rien ne lui laisse penser que l'état de Papa est si alarmant,sérieux,c'est certain,mais pas plus.
Il m'assure qu'il va la joindre,il nous recontacte dés que possible.
Je ne suis même pas rassurée,j'ai comme une cassure.
J'explique ma conversation à maman,la réconforte,mais moi,il me reste un doute,et j'ai horreur de cette instabillité.
J'aime les choses nettes et claires,je deteste les mensonges,les non dits.
J'essaie d'éviter les conflits uniquement quand cela risque de peiner les personnes qui me sont chères.
Mais là encore,ma patience a ses limites !

Maman aimerait prévenir Camille.
Camille,la dernière soeur d'Elise,la mère de Papa.
Elle vit dans le Cotentin,dans une maison de retraite,elle a plus de 95 ans.
Je suggère d'attendre,pour l'instant nous risquons surtout de la perturber,l'inquiéter.
Que lui dire,que Papa est en danger !
C e n'est pas raisonnable d'annoncer sans précaution une telle information à une vieille demoiselle émotive.
Je persuade maman d'attendre,je contacterai l'infirmière qui s'occupe d'elle pour me renseigner,savoir comment dans cet établissement,il gère ce genre de nouvelles.
Après tout,il n'y a pas urgence.
Maman lui a parlé dernièrement,je ne pense pas qu'elle cherche à appeler dans les jours qui viennent.
On attend.

Maman reprend ses conversations téléphoniques.
Je prépare le thé,je suis une vraie théière !
Ayant souffert de calculs rénaux à l'adolescence,j'ai du,depuis,boire régulièrement et en suffisance.L'eau plate étant difficile à absorber pour moi,j'ai palié en ajoutant l'arome du thé et ai gardé cette discipline.

17 heure,Véronique arrive avec  Fred.
-"Comment va Papa?"
-"Bien,bien "dit-elle sans enthousiasme.
Sa réponse me parait bizarre !
-"Comment bien?"
-"Comme tu me l'as dit au téléphone,il a bonne mine,mais nous ne sommes pas restés longtemps,il semblait avoir envie de dormir."
Maman renchérit:
-"Il nous a toute de suite reconnu et a été étonné de voir ta soeur.Je lui ai dit "je t'aime" et il m'a répondu de la tète,il a même sourit quand Marie-Laure lui a dit que la pépétte s'occupait des poules et lui faisait de gros baisers".
Je surprend le regard furtif que Véro et Fred échangent.J'ai l'impression qu'ils nous cachent quelque chose.
-"Il vous a reconnu,serré la main?"
Véro répond un peu embarrassée.
-"Oui,il m'a tenu la main,mais je crois qu'il était fatigué,il somnolait un epu."
Elle est très émue.
Véro est très attachée à Papa,plus qu'avec maman je pense.
Pour elle,c'est Pouny,un petit surnom qu'elle est seule emploie,c'est son Pouny.
Je lui explique que nous retournons à l'hopital demain matin et que je la tiendrai au courant.
Egalement narration de notre conversation avec la neurologue,mon appel au chirurgien de Rillieux pour tenter de comprendre.
Attente de sa réponse.
Nous nousséparons sur le perron.
Vanille et Jimmy son frère les attendent.
Fred doit se reposer,il travaille de nuit,il est patissier.
Je téléphone à Thomas pour lui raconter notre journée,lui faire part des commentaires de la neurologue,mais le rassurer en expliquant ce que nous avons constaté par nous même.

Tom,mon petit frère,mon premier enfant !
J'avais onze ans lorsqu'il est né,enfant espéré,attendu.
Quand maman est rentrée de la maternité,je me suis appropriée ce bébé.
A chaque temps libre,je m'occupais de lui,le baignais,le chngeais;le calinais.
C'était un adorable enfant,beau,intelligent,calin et enjoué.
Il me menait par le bout du nez.
J'en ai construit des chemins de fer,des théatres de marionnettes,des légos et des playmobiles.
Je crois avoir joué à tous les jeux de sociétés existants sur le marché,lu tous les livres pour enfants,documentaires ou autres.
J'étais la première personne à amadouer quand il désirait quelque chose,je savais ensuite convaincre maman ou papa.

Je n'ai jamais eu cette complicité avec ma soeur.
Dés sa naissance elle a été en danger,toxicose,méningite,le calvaire de mes parents a été long.
Elle est restée fragile,nerveuse,un epu inaccessible.
Maman étant très occupée à la boulangerie,ils ont engagé une nounou à domicile pour veiller sur elle.
Véro avait quatre mois.
Madame Moncel,une jeune veuve avec deux enfants vuendra chaque matin en mobylette bleue.
Véronique en fera "sa moncel",sa seconde maman,même encore maintenant.
Ma soeur vivait avec sa nourrice,en clan.
Je me suis sentie à l'ecart de cet étrange couple,cela ne m'a pas dérangé,mais je n'ai pas cherché à m'intégrer.
J'avais quatre ans de plus,étais curieuse de tout,j'ai fais mon petit bonhomme de chemin de mon  coté,cela ne nous a pas rapproché.
Nous avions des caractères différents,le fossé entre nous n'a jamais été comblé !

A son adolescence,elle a parfois eu des réactions que je ne comprenais pas.
Etant fragile nerveusement,elle pouvait rester des heures prostrée sur une chaise à se griffer le dessus des mains jusqu'à se faire saigner.
Cette partique répétitive en cas de contrariété me choquait et me peinait énormement.
Elle rendait visiste à ma tante Arlette pour se plaindre d'être mal aimée de la famille.
Mal être,pour elle certainement,amis aussi pour nous,incompréhension.
Je me rappelle une après midi où elle est rentrée du lycée très perturbée.
Un ancien petit ami qui la poursuivait de ses assiduités et qui finalement lui faisait peur.
Il l'avait suivie jusqu'à notre domicile et Véro tremblait,n'osant l'affronter.
C'est maman et moi qui l'avons reçu.
Il a insulté ma mère en la traitant de menteuse quand elle lui a dit que Véro ne voulait pas le voir.
Je l'ai mis dehors !
Mais à partir de ce jourVéro a eu peur d'aller en classe,mes parents s'inquiétaient tant qu'ils ont pris la décision d'envoyer ma soeur chez mon oncle Dédé,inspecteur des écoles en Guyane pour continuer ses études pendant une année entière.
La distance,le temps ont permis à tous de retrouver sérénité et tranquilité d'esprit.

Je l'ai parfois sentie jalouse et ai su lors de conversations avec des connaissances communes qu'il en était bien ainsi.
Pourquoi?J'en ai parlé à maman.
Incompréhension encore.
Mais jamais avec elle.
Malheureusement je me sens responsable,j'aurais du parler.
En fait j'ai toujours craint ses réactions,comme lorsqu'elle était enfant.
Hantise des mains écorchées !
Véro a un caractère entier,mais également dissimulateur.
Ne pas dire vraiment ce qu'elle pense.
Autoprotection?
En fait j'ai craint d'en dire trop,de laisser s'ouvrir les vannes de mon coeur,demander des réponses,demander à comprndre.
J'ai peur de parler sans savoir,avoir une mauvaise approche.
Après tout,ce que je sais,je le sais souvent par"on dit",maman dit cela,untel dit ceci.
Ou est la réalité?
Mais j'ai vu vertain comportements ou attitudes.
Comment expliquer certaines demandes,réflexions et assiduités !
Elle est trop fière pour vouloir le reconnaitre et pense peut-être qu'elle sera jugée au lieu d'être comprise.
Pourtantje suis prète à écouter.
J'ai fait une tentative lors de son divorce après une de ses attitudes ambigües.
Je l'ai appelée pour lui affirmer que j'étais là,mais rien,silence.
Je n'ai pas osé réitérer le geste de la main tendue.
La cause,le manque de dialogue,la pénurie de complicité.
L'ennui,c'est ma pudeur de sentiment et maintenant ma méfiance.
Nous avons parlé depuis,de maman surtout,je me suis sentie apaisée,mais il reste tant de mots à dire.
Je suis avide de nouer avec elle des relations plus claires,mais il faudrait poir cela qu'elle m'explique pourquoi elle a eu certaines réctions !

Une seule personne a pu réellement m'apprivoiser,Serge !
En fait,nous nous sommes apprivoisés mutuellement

Je reviens à la réalité.
Thomas,sa voix nonchalante.
Avec Tom,rien n'est jamais vraiment grave,il existe toujours une solution et si par hasard il n'y en a pas,c'est que cela devait être ainsi.
Avec Tom,pas de prise de tète.
Etre ou ne pas être n'est plus une question,c'est une réponse.

Après Thomas,je contacte Bénédicte,la fille ainée de ma soeur.
Elle fait des études d'imagerie médicale et a l'habitude du jargon médical.
Je lui explique notre entrevue avec la neurologue,son horrible question,ma conversation avec le chirurgien.
Elle me propose de demander à ce dernier quand il nous recontactera si on pourrait envisager le transfert de son grand père vers un service plus spécialisé sur Lyon.
Béni est tendue,sa voix trahit son angoisse.
Mon dieu,pourquoi causer de telle douleur,je la sens si fragile,si désemparée,je suis vraiment navrée d'être celle qui apporte la mauvaise nouvelle.
Je lui promets de parler de sa réaction au chirurgien et de la tenir au courant au jour le jour.

Encore un appel,encore apporter la douleur.
Je téléphone à Geoffroy,mon fils ainé.
Il habite à Marseille ou il travaille.
Ce n'est guère le moment de l'accabler,sa petite amie l'a laissé tomber après quatre annnées de vie ensemble.
Il est seul,dans un studio,en compagnie de son chagrin,et moi j'ajoute à son désarroi.
Merde,j'en ai marre,marre du role que je joue,oiseau de mauvaise augure !
Lorsque nous sommes partis pour nous installer en Guadeloupe en juillet 1999,il venait de passer son BAC avec succès.
Il avait rencontré une jeune fille,était très amoureux.
Nous luiavons demandé malgrè tout de faire un séjour aux Antilles,s'assurer qu'il voulait à tout prix rester auprès de Céline,l'élue de son coeur.
Au bout de trois semaines,sa tristesse nous a fait céder,il a repris l'avion vers la Méditerrannée,il nous a laissé.
Il s'est assumé,a trouvé du travail,est devenu indépendant.
Il a arrété ses études.
Nous étions là en cas de coup dur.
Le problème est arrivé,il a appelé,nous avons anvoyé trois mois de loyer pour un studio et la caution.
Soucis,angoisse de ses réactions,mauvaise nuit en perspective.
Ce soir,je remets une couche dans son coeur malmené.
MERDE!!!

J'avance,je respire,mais je ne sais pas comment.
Image de force.
Image trompeuse,mais elle s'impose malgrès tout.
Je ne sais pas comment je fais.
C'est comme ça.
Je n'arrive pas à réagir autrement.
Les larmes,la douleur ne s'extériorisent pas.
J'avance.
Un jour après l'autre.

Maman et moi grignotons un plateau repas devant la télé.
Pa senvie de dresser la table,envie de rien en fait,si ce n'est ce que nous ne pouvons avoir,Papa et Serge.
La nuit sera encore longue.


 

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Mercredi 13 décembre 2006
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A même la surface
Espace,Luninosité.
Evasion,transparence.
Filaments lumineux ondulant au gré de la houle.
Les vagues deviennent bulles.
Au raz de l'eau,les couleurs changent.Les turquoises s'habillent de gris.
Au raz de l'eau,le bleu revet des reflets métalliques.Camaîeu de mercure au zèbrures translucides.
Les rayons du soleil dévient,irisent les courbes des vagues.
Le ciel et la terre se séparent,se distinguent,s'identifient chacun par rapport à l'autre.
Le ciel s'étale,traversé par la course ouatinée des nuages rebondis.Le bleu resiste,s'accapare l'espace.
A même la surface,la mer varie,s'étire,s'impose.Sa matière prend de la consistance,s'emplifie.
Les couleurs perdent cette blancheur laiteuse du lagon.La transparence devient critalline,scintillante.
Fluidité des fils de lumière parcourant l'ondulation des flots.
Apaisement.
Saveur d'éternité.
L'instant en suspension.
On se perd entre ciel et terre.
 

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